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LA HÉPUDLIQUE « GOUVERNEMENT » NÉCESSAIRE

Dans le monde des hommes qui font de la politique spéculative, oîi l'on perd peut-être de vue la valeur vraie des choses et la notion exacte des fails, où l'on est peut-être trop porté à prendre pour la voix du pays ce qui n'est que Técho de sa propre parole, pour le pays lui-même ce qui n'en est qu'une parcelle, et pour la voix du suffrage universel ce qui n'est souvent que l'avis d'un petit cénacle, il arrive parfois que l'on en vient à vouloir frapper l'opinion à sa propre image et que l'on fait comme les gens qui, croyant regarder à travers la vitre — passez-moi celte comparaison familière — ne font que se regarder dans une glace. (Appl'iiid'ssemenfs répélés.)

Eh bien! messieurs, le rôle d'un gouvernement est de procéder autrement pour discerner la volonté générale, dominante, du pays, et j'affirme que, si on le consultait, non pas dans certaines de ses éruptions ou dans certains de ses cratères, si on interrogeait le pays vrai, le pays laborieux, celui que l'on n'entend pas assez, parce qu'il ne parle pas assez, dont il faut surprendre l°oi)inion dans ses manifestations tout intimes et, pour ainsi dire, dans les méditations et le recueillement de son travail, on trouverait qu'au-dessus de toutes les controverses une volonté se dégage et s'affirme, la volonté de constituer enfin, après tant de souffrances, après tant d'épreuves et de sacrifices, un ordre de choses tellement définitif, tellement durable, que, n'étant plus obligé de faire face sans cesse à des incursions nouvelles, d'immobiliser aux remparts le meilleur de ses troupes, la plus grande partie de ses forces, le Gouvernement républicain pijt enfin, dans une paix qu'il n'a jamais connue, travailler à son organisation intérieure, à la rénovation que tout le monde appelle, et jeter les bases de sa grandeur à venir.

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Une volonté aussi clairement manifestée trace notre comluite et commande le devoir du (jouvernement : il doit assurer à tous cette somme de justice et de protection que peut seul donner, entendez-le bienl un gouvernement unitaire et n'ayant rien abdiqué de ces conditions qui sont Ihéritage le plus glorieux de la Révolution française : ce devoir, messieurs, c'est d'être un gouvernement. (Adfnhion gétit-rale et applaudissements répétés.)

On a dit, je le sais, que cette formule est vague, obscure, menaçante : si elle est si peu claire, comment se fait-il, messieurs, que tout le monde la comprenne? (On rit.) Etre un gouvernement, s'il faut une définition, cela consiste à penser que ce pays n'a pas revendiqué si longtemps la liberté pleine et entière de mûrir son opinion et sa volonté, de l'exprimer et de la manifester, pour que le jour où la manifestation est connue, le jour où son jugement est rendu, il ne se trouve personne pour en assurer l'exécution. {Vifs apjjlaudissements. — Tix's bien! très bien!)

Un gouvernement, messieurs, est un dépositaire : s'il n'a pas le sens et la pénétration qui permettent de rester en communauté d'intelligence et de volonté avec le pays, alors il entreprend une œuvre au-dessus de ses forces, mais il y a une chose que je n'ai jamais pu comprendre, ni admettre! c'est qu'ayant entendu le suffrage universel comme nous l'avons entendu, à certaines époques, manifester fortement et fermement ses volontés, ou ne pense pas que le premier devoir du Gouvernement républicain, c'est de pourvoir à leur exécution et d'assurer leur respect. {Très bien! très bien! et bravos.) J'ai vécu, messieurs, dans la controverse et la discussion : c'est assez dire qu'il ne m'arrivera jamais d'essayer de leur assigner des limites.

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Il faut que toutes les idées soient remuées dans le pays, que toutes les controverses soient possibles, que toutes les voix soient entendues. C'est pour cela que lu liberté n'a pas, je l'ai dit ailleurs et je le répète ici, de serviteur plus fidèle et plus exact que moi. {Applaudissements.) Mais, s'il faut laisser discuter même la Constitution jusque dans ses origines et dans ses développements, s'il faut laisser discuter même la République, je crois que nous avons aussi le devoir étroit et rigoureux de ne pas permettre qu'on l'outrage \ Adhésion prolongée. — ] ifs applaudissements), qu'on la menace par la violence ou qu'on fomente contre elle la sédition. [Nouveaux applaudissements.)

Et je le dis ici parce que, dans le département de la Charente comme ailleurs, le cabinet dont j'ai l'honneur de faire partie s'est fait un devoir d'imposer à tous le respect de la loi. Nous navons laissé et ne laisserons rien entreprendre contre elle, pas plus ici qu'ailleurs. (Très bien! très bien! — Bravos répétés.)

Je regrette, messieurs, et je vous en fais mes excuses, d'avoir ainsi mêlé des préoccupations politiques {Non! non! — Parlez!) à une solennité comme celle qui nous a réunis; mais, en vérité, il y a tant de points de contact entre les sentiments qui me guident et ceux qni ont été exprimés par les représentants autorisés de vos Sociétés, que j'avais escompté votre pardon. Nous avons les mêmes ambitions et une méthode semblable. Vous me disiez, monsieur le président, que vos Sociétés font appel à tous ceux qui aiment leur pays, qui le veulent prospère, respecté. Nous aussi, notre rêve, ce n'est pas une République fermée, mais une République ouverte; nous voulons l'accession de tous les hommes de bonne foi, de tous les hommes de bonne volonté; la République, en eifet, ne

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nous apparaît aussi nécessaire, aussi sacrée, que parce que nous la considérons comtne la saiiveganJe essenlielle de la patrie, de la France; parce que nous sommes à une époque où nul ne pourrait avoir la témérité de les séparer sans un irrémédiable déchirement.

Eo assistant aux exercices de vos sociétaires, je me souvenais de la belle devise inscrite sur une fresque que beaucoup d'entre vous ont pu admirer : Pro />a/ria.'... Oui, pour la patrie tous nos efforts, l'apprentissage de tous les devoirs, tout ce qui peut être donné, tout ce qui peut être sacrifié. Mettcns-la au-dessus de toutes nos querelles, de tous nos intérêts mesquins. Mais sachons entendre ce qu'elle veut, ce qu'exigent son avenir et son salut, et me rappelant dans celte fête — qu'il eût saluée comme un gage d'espérance — le patriote ardent en qui la France a senti battre longtemps tout ce qu'elle a de plus noble et de plus cher au cœur', et que nous avons enseveli mais avec lequel nous navons enseveli aucune de nos espérances {Apjjlaiidissements prolongés), je vous demande, messieurs, de terminer par ces paroles qu'il prononça jadis et qui résument toute sa vie : Pour la France et par la République I [Adhésion générale d ap plaudisscmenls répétés.)

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