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dabord devant la féodalité; il a fallu des siècles l'iicore pour que la monarchie vînt s'asst^oir sur les ruines de !a féodalité ; il a fallu toute la poussée du xW siècle, tout Tessor historique et littéraire du wii*, toute la critique philosophique du xviii'^, pour faire la Révolution. Et il faudra, Messieurs, des siècles encore, des générations d'hommes politiques, lie penseurs, de moralistes, une culture des esprits autrement ^t plus complètement formés, des moissons d'idées tombant l'une après l'autre sur le sillon toujours impatiemment retourné, avant que nous arrivions à constituer une société qui ne sera pas parfaite, puisqu'elle sera humaine, qui traînera derrière elle l'inévitable cortège de bien des misères, mais qui pourra remplir complètement le grand et le plus difficile devoir des s<i:iétés qui est d'assurer au libre développement de toule activité individuelle la plénitude de ses résullats. [Applaudissement s prolongé^. )
Cependant, Messieurs, s'il convient de reconnaître les dilficultés que nous avons traversées et les lenteurs que nous avons subies, il faut savoir être juste pour le jiassé, et, parmi les résultats obtenus, il en est un qui me frappe d'une façon particulière, parce qu'il iwi". semble marquer le point de dé|)art d'une ère nouvelle.
Il y a déjà près de douze ans, je disais, avec une hardiesse ap|iarente, dans un département divisé entre tous — c'était à Angoulême — : « Le Gouvernement de la République sera le Gouvernement universellement reconnu de toute la France, aussi certainement, aussi falalemenl que les jours succèdent aux jours, les saisons aux saisons. » Eh bien! il me semble que nous sommt'S Idut près dj3 voir se réaliser un événement (jui semblait alors si lointain.
Itio l'i»Ull l-.V lihl'LlilJOLh;
A l'heure où je parle on peut dire, Messieurs, et c'est un grand houiniage à rendre à la sagesse <lu pays, qu'il n'y a, jiour ainsi dire, plus d'opposition dynastique et que nous louchons à cet état meilleur el plus fécond qui s'ap|)elle l'unité politique. On peut prévoir déjà l'heure prochaine où il n'y aura plus «n France qu'une opposition constitutionnelle. (7'/rs b ien ! App la u d iss emenh. i
Je sais que ce phénomène n'est pas sans prêter à beaucoup de réflexions. Quelques-uns en sont effrayés ; ils l'observent surtout dans ses manifestations parlementaires, et, comme parmi les nouveaux venus, ils reconnaissent beaucoup de visages entrevus autrefois dans la mêlée, ils éprouvent quelque défiance. Il faut voir au delà du Parlement, plus loin, dans le pays luimême, considérer qu'à chaque fait correspond une cause, et la cause d'une évolution aussi décisive, elle est dans un mouvement du pays lui-même, supérieur à tous les calculs, dans une perception chaque jour plus nette de l'inanité des combinaisons dynastiques et dans la conviction chaque jour mieux affirmée que le Gouvernement de la République est celui qui se prête le mieux à la défense de tous les intérêts. [Bravos et applaudissements.^
Loin de m'en alarmer, je m'en réjouis. Assurément parmi ces ouvriers de la dernière heure, il y en aura qui ne comprendront pas le Gouvernement de la République comme nous le comprenons nous-mêmes, mais c'est là, Messieurs, le fait de tous les pays libres, c'est le jeu naturel de la liberté. Il n'est besoin que de traverser l'Atlantique pour voir des républicains en face de démocrates et il suffit de traverser la Manche pour voir des whigs en face de torys.
Si un homme politique se laissait troubler par un
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phénomène aussi inévitable, il manquerait, à mon sens, de raison et de sagesse. La ligne de conduite qui lui est imposée me parait être bien simple, elle consiste à demeurer fidèle à ses idées, à ses principes, et à les appliquer dans un large esprit de liberté et de tolérance. Si alors, Messieurs, il est assez heureux pour recueillir des adhésions nouvelles, il s'en réjouira. Et si elles lui sont refusées, il se gardera de l'esprit *de secte, et il ne devra pas dire que ceux-là seulement sont des républicains qui pensent sur toutes les questions comme il pense lui-même. (Mouvement prolongé.)
Je considère, quant à moi, que ce fait de l'accession à la République de toute une partie de notre pays qui vivait comme retranchée dans son re^ssentiment politique, alliée méprisante mais dangereuse de> pires ennemis de la République (j'entends de ceux auxquels on faisait allusion tout à l'heure), donnant trop souvent la main à ceux-là mêmes qui ne prêchent que la haine et la violence, est un fait historique sans précédent, l'événement le plus considéraide de notre histoire politi'|ue, et qu'en apportant à la République tant de forces nouvelles il lui permet d'env sager l'avenir avec une inaltérable confiance. {Ap lauUssements unauimi's.)
C'est à hâter l'heure de cette conquête définitive que tout notre effort devra tendre. Pour y parvenir, je ne crains pas de me répéter, il faut d'abord un Gouvernement ayant le courage ae se mouvoir dans la sphère d'indépendance et d'autorité que la Constitution lui assure et qui n'exclue aucunement le contrôle, ayant des vues précises, cherchant la vie et la durée non point dans des combinaisons éphémères ou dans une stratégie misérable, mais dans l'exposé loyal et
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clair d'une politique inspirée par los besoins du mo ment et par les inanifeslations du pays Ini-inètne.
J'ai dit aillt'urs, iMessieurs, dans ipinlles conditions jinnagine qu'un Gouvernement puisse se former. Permettez-moi de vous dire maintenant quelle devrait. à mon sens, être sa première préoccii|)alioM.
Elle devrait être, si je ne me trompe, d'affermir, dans ce pays laborieux et économe, la conviction que le régime républicain ne sépare pas et ne séparera jamais le principe de l'ordre du principe de la liberté. [Bi-aons et app'andissemenls.)
G est là une très vieille formule. Mais. Messieurs, les règles qui commandent la vie des peuples et qui l'assurent sont vieilles aussi parce qu'elles sont éternelles. L'ordre et la liberté sont deux choses si inséparables ]ue c'est à peine si on peut, scientifiquement, arriver à les dislinguer. L ordre, c'est clii (ue chose à sa place, c'est la possession tranquille du gain du jour et du gain de la veille, c'est être souslrnit à toutes les tyrannies, ou individuelles, ou collectives, c'est le droit de gouverner sa vie, c'est, en un mot, la mise en action de cet aphorisme que. si les hoin(nes se sont réunis en société, c'est pour ne pas avoir à faire leur police eux-mêmes.
Il est dès lors visible, Messieurs, qu on ne saurait séparer ces idées de celles qu'éveille la liberté. Il y a donc entre ces deux principes essentiels une alliance nécessaire, et il faut dire avec les leçons de l'expérience que, si la liberté pouvait être menacée, ce serait le jour où le sentiment de la sécurité viendrait à s'affaiblir, ce serait le jour funeste où des déclamations furieuses, où l'appel à la guerre de classes, où la dénonciation de toute une catégorie de citoyens au mépris des autres cesseraient d'être le fait de quelques-
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uns pour devenir un foit plus général. [Applaudissexienls rpp'Hés.)
Je voudrais également que le gouvernement fût de plus en plus frappé de tout ce qui a été perdu dans l'opinion par les spéculations d'ordre purement abstrait, par les discussions exclusivement doctrinales, et de tout ce qui a été au contraire gagné par le sens vrai, juste, de certains besoins, de certaines lois nécessaires sans lesquelles tout ce qui constitue les ^rands intérêts du pays peut être compromis.
Il y a quelifues années, on ne voyait paint s'écouler une législature, à plus forte raison une session, sans qu'on ni^ portât à la tribune la question de la séparation des Rglises et de l'iEtat. Qui est-ce aujourd'hui qui y pense?' Mais, en revanche, on s'inquiète de savoir quelles mesures seront i)rises pour que notre pays ne soit point dans des conditions d'infériorité inquiétante au moment où la lutte économique prend les proportions d'une bataille.
On se demande aussi quelles précautions seront prises pour mettre un terme à des tentatives d'anarchie sociale qui ne peuvent pas être tolérées. On se demande encore si c'est un état régulier, celui qui permet tant d'appels à la violence, celui qui tend à diviser une nation dont toute la grandeur historique a consisté dans son unité.
1. La qiipstion de ta séparation des Eglises et de i'Élat fut en etl'' t écMrtée des discussions parlpiiientaires pen lant de longues années. Elle ne fut reprise qu'au lemlem.iin de la la cri?e nationale de 1897-18Î)!), en raison de l'infférencf^ Hclive des d'H^Tévatioiis et du clergé dans les lutfe< (uilitiques. M. Waldfck-Rousscau eut a l'examiner devant la Chainhre, à l'occasion du bii'iget descultt-s, le M déccml)re 11)01, dans un discou's im[)ortant qu'on trouvera dans te volume intitulé : l.d Défeiific liépiihliraini'.
H\\ l'olli LA lti:!'ritLlOL'E
Co si^ra, Messieurs, li- rôlf nécessaire d'un gouverneriKMil (lisrne de ce nom que de faire réirner un peu de paix, un peu d"apaisenient, là où tant d'autres ■cherchent à mettre la division, les haines, les colères. [Applaudissements < .
Il y a en ce moment, Messieurs, ou je me trompe beaucoup, dans l'immense majorité de la nation, un double sentiment très vif. C'est d'abord un grand besoin de concorde, c'est ensuite le sentiment dunr grande nécessité de défense.
C'est, Messieurs, parce que d'aussi nobles aspirations ne seront pas méconnues, c'est parce que l'opinion en France exerce toujours une influence qu'on ne peut point méconnaître, que je garde dans l'avenir une entière confiance.
Il y a dans notre pays infiniment de sagesse, et c'est à la sagesse de la France que je vous demande tout d'abord de boire.
Je n'aurai pas, Messieurs, besoin d'autre transition pour porter la sanié de l'arrondissement de Montbrison, de la municipalité, de ses représentants, qui m'ont fait ici un accueil dont je leur garderai une profonde reconnaissance, parce que toutes les idées d'ordre et de progrès nous sont communes, et parcequ'il n'est pas certainement dans cette généreuse population de plus haute ambition que de trouver dans le développement normal de toutes les libertés la garantie nécessaire de tous les intérêts [Double salve d'applaudissemenls . )