‹ Pour la RépubliqueChapitre 39 sur 82 · ICI. l'oUli LA lil.l'Ilil.K,»! I · texte numérisé non relu

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vonu ici pour m'instniire, et nnlloment, vous le comprenez bien, pour donner des conseils.

Je crois cependant être dans une situation d'esprit assez propre à recevoir avec impartialité l'enseignemeat que j'attends de vous. Je ne suis, en effet, engage dans aucune querelle économique, et je suis tout di.sposé à profiter des leçons de la sagesse et de l'expérience.

Il m'est arrivé, dans ma carrière politique, de chercher à résoudre certains problèmes particuliers, de considérer. que l'Etat a des devoirs à remplir vis-à-vi^ certains intérêts, qu'il doit les aider dans lt;ur essor, et, chaque fois, on m'a démontré, textes en mains, que j'avais violé toutes les règles de la foi économique. iHircs et npp I nudissemenls .)

Les reproches que j'ai encourus ne m'ont pas changé. Je n'appartiens à aucune école économique exclusive. Je ne voudrais pas cependant passer pour un homme sans principes, et je n'éprouve aucun embarras à vous dire quel est mon état d'esprit.

Ce qui a ébranlé ma confiance, ça été de voir deux écoles afûrmant l'une et l'autre, d'une façon tout aussi impérative, des doctrines absolument opposées, prétendant l'une à l'envi de l'autre qu'en dehors d'elle il n'y a pas de salut. — C'est ce qui fait que je n'ai jamais pu me dire, dans le sens habituel du mot, proteciionniste ou libre-échangiste.

Je crois que les événements auxquels nous assistons, le temps que nous traversons, ne se prêtent pas à des solutions aussi simples, ni aussi radicales.

Le protectiouni.sme absolu a eu sa raison d'être il y a de longues années ; le libre-échange absolu trouvera lui aussi son application nécessaire dans un très grand nombre d'années, pour ne pas dire de siècles.

LE LIBRE-ECHANGE ET LE l'HOTECTIONXISME 1(.7

- A l'origine, l'homme a été, à la fois, son producteur et son consommateur; il semait un peu de blé, de liii, de chanvre, et ce qu'il culiivait, ce qu'il produisait, lui suffisait. 11 est arrivé un jour qu'ayant semé un peu trop de blé, de lin ou de chanvre, la récolte a été plus forte qu'il n'élait nécessaire pour ses besoins; il en a cédé une partie à son voisin pour de l'argent; puis, comme ses besoins se sont multipliés avec la civilisalion, il est arrivé qu'aucun homme n'a pu produire tout ce qui lui était nécessaire. Alors chacun a pris une spécialité, il s'est fait une division du travail, et ce jour-là est né le commerce.

Mais il est manifeste que pendant bien longtemps le commerçant, comme l'industriel, a trouvé à côté de lui, sous sa main, toutes les matières premières qui lui étaient utiles. 11 a trouvé aussi dans le marché de sa province, et, en tout cas, dans le marché de son pays, tous les débouchés nécessaires, et, comme il n'avait rien à faire entrer ni rien à faire sortir, il a tout nalurelhMiient fermé ses portes.

Mais franchissons beaucoup d'années-, portons notre pensée très en avant : il n'y a plus de Pyrénées nulle part, plus de barrières, plus de frontières; les conditions économiques se sont nivelées, elles sont devenues uniformes; tous les pays supportent les mêmes charges, toutes les races ont la même force de production Ce n'est plus seulement la division du travail entre individus qui s'est opérée, mais la division du travail entre nations, diacnne d'elles produisant de préférence ce qu'elle peut pioduire le mieu.v. Dans cet état de choses idéal, chaque nation sera 'naturellement et nécessairement libre- échangiste. {Trèn bien! 7'irs bien!

— App/aud'Sxf))ieiils.)

Malheurei. sèment, nous sommes très loin de ce mil-

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lennium^ et, en atlondanl quil se réalise, l'oliSeivation atlontive des faits nous montre qui! existe iMicore des rivalités liistoriques, des différences économiques, des inégalités dans les charjres. 11 a fallu produire à bon marché, puis à meilleur marché, et ce n'est pas à des commerçants comme vous, Messieurs, que j'apprendrai que, quand on produit à très bon marché, il faut produire de plus en plus. C'est une loi économique à laquelle on ne peut se soustraire. Aussi est-il advenu que pour beaucoup d'industries, pour les plus grandes, le marché national s'est trouvé insuffisant. Elles ont besoin d'air, d'espace, de liberté; il leur faut étendre leurs ramifications à l'étranger, chercher au delà des mers et des frontières de nouveaux consommateurs; et nous voyons alors s'éveiller en elles l'instinctimpérieuxde la liberté commerciale. iAp/ilaudissements.)

Mais il s'en faut de beaucoup que tous les intérêts obéissent à la même loi. Les intérêts humains sont infiniment variés et multiples. Pour prendre comme exemple l'agriculture, nous avons vu qu'à une époque relativement récente des peuples tout nouveaux, chez lesquels la main d'oeuvre est à très bon compte et les charges presque nulles, ont menacé les cultivateurs français d'une véritable avalanche de céréales. Ils étaient mal préparés à subir ce choc. lisent eu besoin de protection. On la leur a accordée; on a bien fait. On n'a pas fait assez encore, en ce sens que ce n'est point une protection suffisamment efficace — et l'expérience l'a montré — que d'augmenter le prix de revient de nos concurrents, et la protection vraiment décisive consisterait à diminuer le nôtre.

L'agriculture française succombe surtout sous le poids de ses frais généraux. On serait effrayé si l'on

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