LE LIBRE-ÉCHAN'GE ET LE PROTECTIONNISME
Vous avez dans les chambres de commerce des interprètes d'une hante compétence, mais elles sont surtout les défenseurs des intérêts généraux. Vous avez vos chambres syndicales, dont chacune a toute autorité pour parler sans cesse au nom de l'industrie qu'elle représente, et pour tenir toujours ouvert sous les yeux de l'État le compte de leurs opérations, de leurs besoins et de leurs intérêts. C'est de cet instrument d'études, d'informations, que vous ne sauriez faire un trop grand usage.
La méthode que je préconise a, je le reconnais^ quelque chose contre elle. Il est très simple de dire : Pas de droit. Il est très simple aussi de dire : Des droits partout! Cela ne deriiande aucun effort. Il est au contraire très délicat de prendre une à une toutes les industries françaises, de comparer leurs droits, de connaître leurs intérêts, et c'est seulement par une étude minutieuse, par une enquête permanente toujours ouverte, qu'on peut arriver à tenir la balance égale entre toutes.
C'est pourquoi, sans doute, on n'a pas été également juste pour tout le monde. Si on a fait de légères concessions au régime des traités de commerce, on les a faites à regret, pour si peu d'années, pour une durée si précaire qu'elles ressemblrtut beaucoup plus à l'aumône faite à un importun^fli' à un secours véritable. {Àssp.nliment unanime et (ipplaudissements.)
Dans ces conditions, un industriel peut-il former des projets d'avenir? Peut-il, en vue d'une période de trois ou quatre ans, avoir des pensées durables, rêver de grandes choses, quand il ne sait pas môme sous quel régime il vivra le lendemain?
Il est encore une déclaiation qu'il ne me coûte pas de faire. Quand on voit une industrie, dont les pro-
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duils sont frappés d'un droit de douane intérieur de 20 p. 100 d'abord, puis à lélranger de droits de 100 p. 100 et de 200 p. 100, il faut savoir confesser qu'on a commis une faute grave, une véritable injustice, et qu'un résultat de celle nature n'est véritablement pas défendable!
Vous avez de ce côté de i,'randes réparations à obtenir, et de grands efforts seront nécessaires.
Les plus petites choses sont difficiles. On en citait tout à l'heure un exemple dont je veux vous parler à mon tour. Je ne vais rien vous apprendre : vous savez ce que je vais dire mieux que moi. Mais tout le monde ne le sait pas. il n'est pas mauvais que tout le monde le sache.
Un fabricant de Saint-Élienne envoie des rubans en Allemagne, il les enroule avec un soin élégant autour de petites bobines de bois enveloppées d'un papier brillant. C'est leur parure et comme leur toilette. Son envoi arrive à la frontière, on lui réclame 15 p. 100. Est-ce sur le ruban seulement? Non, on lui dit : nous voulons bien déduire l'emballage; mais la bobine, mais le papier sont pour nous comme le ruban, ils paieront, eux aussi, 15 p. 100. C'est la théorie du droit sur le demi-brut.
Voici maintenant un Allemand qui fabrique, lui aussi, des rubans; au centre de ces rubans il place la même bobine de bois; le tout arrive à notre frontière. Notre douanier français, qui est un esprit pénétrant, ne s'y trompe pas, il ne prend pas le bois pour du ruban, il déduit et le poids du papier et celui de la bobine, et c'est le ruban seul qui est taxé à notre frontière.
Eh bien! M. Brossy est venu nous entretenir de cette question. Avec mes collègues nous sommes allés