ROLE DES CHAMBRES
pratique. Il a dit que les Allemands avaient deux cerveaux, qu'ils étaient bicéphales.
Nous aussi, nous avons deux cerveaux : l'un, tout plein de rêves, de lumière et de liberté, qui ne conçoit de barrières que pour les abaisser, d'obstacles que pour les faire disparaître, très hardi, très aventureux. Nous en avons un autre très réfléchi, très calculateur : celui-là fait patiemment le compte des profits et pertes de la politique; il recherche quelles satisfactions les intérêts publics ou privés ont pu en retirer, et quand, faisant sa balance, il ne la trouve pas satisfaisante, alors il réagit sur le premier, il se porte volontiers d'un extrême à l'autre; alors, c'est la liberté qui est en péril.
Formons donc la résolution de porter et dans la conduite et dans le jugement des affaires l'esprit de gouvernement.
Avoir l'esprit de gouvernement, c'est être prudent, c'est être sage, c'est être réformateur, c'est être humain. Je ne suis pas de ceux qui croient qu'il y a des paroles magiques, des verbes miraculeux qui peuvent transformer d'un coup l'état social, supprimer à jamais' tant de douleurs et de misères. Ceux-là qui. par des méthodes empruntées aux premiers âges des peuples pour ne pas dire des tribus, songent à absorber toutes les forces vives dans le symbole de l'État, ne préparent point une œuvre de vie, mais une œuvre de mort ( Vifs afiplmuï'ixscmf'nl't). Ils ressemblent à ces alchimistes qui, pour trouver la pierre philosophale, jetaient dans leur creuset tout ce qu'ils avaient de meilleur, leurs métaux les plus précieux, pour n'en tirer que des scories informes, quand quelque violente explosion ne venait pas tout à coup interrompre leur grand œuvre ! [Applaudissements et bravos.)
Si je repousse ces rêveries dangereuses, je crois qu'il est possible et nécessaire que le travail, joint à l'ordre et à l'économie, suffise à garantir la vie de l'homme et de sa famille. Je crois qu'il y a là pour l'État un grand devoir à remplir. C'est par la direction générale qu'il donne aux affaires qu'il peut rendre le travail plus sur; cest en développant les idées de prévoyance, en mettant à côté de l'instruction proprement dite une éducation de prévoyance, c'est en rendant les œuvres de prévoyance plus sûres et plus faciles qu'il peut rendre le travail plus fécond.
Messieurs, je crois en vérité pouvoir résumer tout ce que je vous ai dit en mettant une réalité là où il n'y avait tout à l'heure que des abstractions. Je ne pense pas qu'un autre département représente mieux l'esprit de sagesse et de progrès (|ue celui qui est maintenant mon département. {Adhésions unanvnes et app laudissemen ts.)
Et c'est pour rassembler en quelques mots ce que j'ai dit en de trop longues phrases que je vous demande la permission de boire à la démocratie du département de la Loire. {Salves d applaudissements. Mouvement prolongé.)