‹ Pour la RépubliqueChapitre 54 sur 82 · CRITIOLE DE LA THEORIE COLLECTIVISTE · texte numérisé non relu

CRITIOLE DE LA THEORIE COLLECTIVISTE

dénouement du rêve quon nous promet. Ce n'est plus la propriété seulement que l'État absorbe, c'est l'homme, c'est sa liberté, ce droit supérieur de disposer de lui-même. Et qui donc sera chargé du service des réquisitions? qui désignera les victimes? Comment ne pas comprendre qu'il y aura dans l'État collectiviste des partis . des rivalités, des rancunes, des ambitions, tout ce qui fausse le sentiment de la justice? Comment ne pas redouter l'usage qui sera fait de ce rétablissement de la corvée? comment ne pas apercevoir, comme dernier mot de cette prétenduerénovation sociale, l'inégalité dans la servitude et le triomphe de la plus détestable des tyrannies? [Assentiment unanime et applaiidisiements répétés.)

Messieurs, j'ai presque envie de vous demander pardon, à vous dont je sais la raison si éclairée, d'avoir donné quelque développement à des idées qui^ dans ma pensée, ne devaient être qu'une préface. Le danger que nous courons n'est pas de voir dans un temps prochain s'accomplir une révolution si funeste. Je ne redoute pas qu'on nous la propose demain; ceux-là même qui en parlent le plus volonliersn'osent pas fi.xer la date à laquelle ils commenceront leurs expériences. [On rit.)

J'imagine qu'il en est plus d'un qui éprouve quelque terreur à la pensée de mettre en mouvement un appareil qui pourrait éclater dans ses mains et dont il serait peut-être la première victime. {Vifs applaudisscmrnis. j

Le collectivisme est et sera longtemps affaire de théorie. Mais il y a deux manières de faire du socialisme : ouvertement, en confessant avec franchise qu'on entend renverser tous les principes sur lesquels vivent les sociétés modernes, indirectement

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par une stratégie plus ilangereuse peut-être, eu ébranlant peu à peu et en ruinant ces mêjnes principes.

C'est cette seconde nnélliode quil faut rpciouter et c'est elle que nous avons vu apparaître dans ces derniers temps, depuis qu'on a mis en que-lion notre mécanisme financier, et notre système d'impôts.

La Révolution Française a voulu que l'impôt fût proportionnel, qu'il portât sur les choses et non pas sur les personnes : on ne cache pas le dessein de substituer à l'impôt proportionnel, l'impôt progressif.

Il ne saurait y avoir un doute à ce sujet : le ministre des finances du dernier cabinet a déclaré très nettement devant la commission du Sénat saisie du projet de loi relatif aux droits de succession — et la commission a pris acte de cette déclaration — que ses collègues et lui se ralliaient au système voté par la Chambre parce qu'il était un acheminement à l'impôt progressif.

Qu'est-ce que l'impôt progressif? Permettez-moi, par un exemple, d'en faire bien saisir le mécanisme et l'application. Yoici deux maisons appartenant à deux personnes; chacune de ces maisons paie 50 francs d'impôt. Que ces deux maisons soient réunies dans la même main, dans le même patrimoine et chacune d'elles, au lieu de continuer à payer 50 francs, payera 60 francs. De telle sorte que les deux mêmes immeubles, par le fait de leur réunion dans une même main, paieront chacun un impôt plus élevé.

Voici deux hectares de terre appartenant à deux propriétaires différents; chacun d'eux paie 1 franc d'impôt. Par voie de succession, ils se réunissent dans la même main : chacun de ces hectares ne paiera plus 1 franc, mais 1 fr. 25. Que si, au lieu de deux

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