I. M. René Goblet, député de Paris
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Je trouve, dans ce second programme, (pielque chose de plus, la décentralisation.
C'est là une id(^e qui, n'étant ni socialiste, ni radicale, ne peut vraiment pas être radicale-socialiste! Elle appartient à l'école libérale tout entière.
Les projets de décentralisation ont été agités bien avant la fin de l'Empire et ils n'avaient pas, à cette date, de défenseurs plus ardents et plus distingués que les orléanistes libéraux.
Le gouvernement républicain, celui de M. Jules Ferry, reprenant un projet de M. de Marcère. a fait voter une grande loi de décentralisation. La loi municipale de 1884, actuellement en vigueur, a donné au.x communes de France une activité et une indépendance dont elles n'avaient pas joui jusqu'alors.
Nous ne prétendons pas que le dernier mot soit dit encore. Nous prétendons, et nous avons toujours soutenu qu'il fallait concilier deux choses : l'initiative des communes et le droit supérieur, je me trompe, le devoir supérieur de l'Etat de maintenir intacte notre unité nationale. ( Vifs applaudissements . ]
Ce n'est donc pas par la décentralisation qu'on est, ou que l'on n'est pas radical, ou radical-socialiste.
Je trouve encore dans ce second programme la liberté d'association. Eh bien! en 188^2, il y a quatorze ans, j'ai eu l'honneur de saisir le Parlement dune proposition de loi élaborée aussi pendant le ministère Gamhetta et relative à la liberté d'association 1\L Dufaure en avait déposé une autre dont M. Jules Simon était le rapporteur. Ni M. Dufaure, ni M. Jules Simon n'étaient des radicaux, et je ne crois être ni radical, ni socialiste !
J'y rencontre encore l'idée de l'exploitation par l'Etat lui-même des chemins de fer. Est-ce là une cou-
oe|)tion radicale? Mais il n'est pas besoin d'aller bien loin — il suffit de passer la frontière qui nous sépare de la Belgique — pour y trouver un gouvernement non pas radical mais monarchique et constitutionnel dans lequel l'exploitation des chemins de fer est confiée à l'Etat! C'est là une question d'administration, d'adaptation au milieu. On se ralliera à l'exploitation par l'Etat si elle paraît plus avantageuse pour le public et pour l'Etat. On s'en détournera, au contraire, si elle est onéreuse pour le public et pour l'Etat ; il n'y a rien dans une question de ce genre qui fournisse un critérium radical, si ce n'est que l'exploitation par l'Etat ayant été combattue par le ministère Ferry, les radicaux s'y sont ralliés tout aussitôt!
Le même document propose la séparation des églises et de l'Etat. Est-ce encore une conception originale et propre au radicalisme? Elle relève de la pure doctrine ultramontaine. L'ultramontain, en efiet, n'a jamais accepté ni reconnu le Concordat. Il nie que l'œuvre de la Révolution ait été légitime, que le clergé ait pu être dépouillé de ce qui composait son patrimoine, il se refuse à admettre qu'un contrat valable ait pu intervenir qui jilace l'Eglise sous le contrôle de l'Etat. Il réclame pour elle le droit d'acquérir et de subvenir aux dépenses de son culte avec ses seules ressourcesà condition de reprendre sa liberté. C'est donc une idée cléricale tout autant que radicale!
De ces idées plutôt politiques, nous passons aux idées sociales et nous rencontrons la réglementation des conditions du travail.
Si l'on entend par là tout ce qui touche à la prévoyance, tout ce qui concerne l'hygiène, la sécurité des ouvriers, ce n'est pas le parti républicain seulement, c'est tous ceux dont le cœur n'est pas desséché
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par Tégoïsme qui voiidronl qu'on réglemente les conditions du travail.
Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ce qu'on préconise, c'est l'intervention de l'Etat dans la formation du contrat de travail soit par lui-même, soit par des collectivités, et ici encore, ce n'est plus le radicalisme, c'est le socialisme qui parle.
Enfin, l'homme politique dont j'analyse les idées se rallie à l'impôt global sur le revenu, celui à l'occasion duquel se sont produites les discussions que vous connaissez, celui que les conseils généraux, dans leur immense majorité, ont condamné, celui qui marque le mieux la première et la plus décisive conquête sur les principes de la Révolution.
C'est par cet ensemble de projets et de vues que se caractériserait le programme radical-socialiste. En quoi diffère-t-il de l'autre, sinon en ce qu'il dit plus haut ce que le premier dit plus bas? Comment ce qui dans l'un conduit à être radical-socialiste peut-il servir dans l'autre à être seulement socialiste ? N'est-il pas vrai de dire que le radicalisme n'est plus qu'un mot, une étiquette, et que, soit qu'il l'avoue, soit qu'il le taise, c'est à condition seulement de s'absorber dans le socialisme qu'il conserve quelque consistance et quelque vitalité?
S'il en est ainsi, je ne me suis pas trompé en disant que nous avons obtenu un résultat décisif, qu'il est permis de regarder l'avenir avec confiance, et de l'interroger avec la certitude que la réponse qu'il fera aux questions qui lui seront posées sera conforme à nos espérances, à nos plus chères ambitions, à tout ce que nous considérons comme essentiel au fonctionnement du gouvernement républicain.
Débarrassé de l'obscurité qui se dégageait de cer-
LES REPUBLICAINS DE GOUVERNEMENT -m
taines appellations ou vaines ou inutiles ou fausses, rais en présence de réalités saisissantes, le suffrage universel comprendra qu'il est maintenant placé entre deux alternatives parfaitement distinctes que la séduction des mots, les habiletés ou les périphrases, ne peuvent dissimuler aux yeux les moins clairvoyants; il faudra, je l'ai dit et je le répète, qu'il choisisse entre les idées de conservation sociale et les idées de destruction sociale, entre le progrès et la contre-révolution.
Or, il faudrait bien mal connaître ce pays pour redouter qu'il se trompe. Il faudrait ignorer son admirable histoire, son génie personnel, ne pas savoir à quel point il est épris de liberté, combien chez lui l'individualisme est puissant. Je pense souvent que si, à beaucoup de travailleurs qui n'aperçoivent pas assez où on les entraîne, plus désireux de s'élever que d'abaisser les autres, le songe socialiste paraît si beau, si doux et si grand, c'est que, à leurs yeux abusés, il conclut à la propriété elle-même ; que parmi ceux qu'on exalte et qu'on excite contre le capital, il en est plus d'un qui, aux heures de détente, forme des pensées d'avenir et rêve d'une vieillesse assurée, des quatre murs d'une maison qu'il aurait pu bâtir, et des quelques mètres de jardin qu'il pourrait cultiver.
Ce sont là des biens que peut assurer la prévoyance, des résultats auxquels la société peut contribuer en donnant au travail des lois et des instruments d'épargne. De tels progrès valent mieux que d'attendre, dans l'obstination à ne point accepter ce que la vie peut donner, que le collectivisme ait régénéré le monde.
Ce qu'il y a de plus criminel en politique, c'est
d'acheler la faveur de ceux qui souffrent en les berçant de promesses qui ne se réalisfront jamais. Cette politique n'a jamais été la nôtre. Ce remords, nous ne le connaîtrons pas. et si nous n'obtenons pas, en demeurant fidèles à la vérité, les applaudissements que soulèvent des déclamations plus qu'imprudentes, souvent coupables, du moins obtiendrons-nous ce témoignage que nous n'aurons jamais cherché à tromper personne! (Applaudissements el bravos i-épélés.)