LA POLITIQUE SOCIALE ET COLONIALE
mettre à sa portée des instruments d'épargne mieux appropriés aux besoins de la société moderne, créer, par conséquent, dans ce monde nouveau, tout un appareil nouveau, répondre enfin aux exigence^ d'un mouvement économique qui a transformé toutes choses et d'un incessant besoin de progrès social, né du progrès intellectuel que nous avons déjà accompli. {Apfjlaudissejnents .)
Hier, à Monlbrison, il me plaisait de rappeler que dans cet ordre d'idées nous ne nous sommes laissé devancer par personne et je montrais, par une lecture aride mais instructive, que tout ce qui constitue notre législation d'épargne et de prévoyance a été réuni par l'effort successif du cabinet Gambetta, du cabinet Ferry et des républicains de gouvernement; que c'est de 1881 à 1880 que le Parlement a été saisi des projets de loi sur les sociétés de secours mutuel, sur la protection de l'enfance, sur les accidents du travail dans les usines et manufactures, sur les délégués mineurs, sur les caisses de secours et de retraites, sur les conseils de prud'hommes.
Sans doute, si tous ces projets eussent pu être votés, ils n'auraient pas transformé d'un coup de baguette l'Élat moderne, la société actuelle, donné satisfaction à la conception chimérique d'un monde nouveau et parfait, terrassé d'un seul coup le régime capita istc, fait triompher la doctrine collectiviste avec sa conception de nivellement et de tyrannie, — mais il n'est pas un ouvrier qui n'eût pu acquérir, dès à présent, un droit certain à une pension en cas d'accident, à une retraite pour sa vieillesse.
Nous aurions accompli en partie le grand devoir social qui est d'assurer à l'initiative individuelle des résultats proportionnels à son activité et à sa pré-
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voyance. La loi, les constitutions politiques ne p^^uvent pas aller au delà.
Je voudrais montrer aujourd'hui comment il n'est pas possible de concevoir une amélioration sociale et. tout spécialement, une amélioration de la condition des ouvriers sans commencer par bannir et par exclure toutes les dangereuses utopies dont l'application, impossible d'ailleurs, ne tarderait pas à se retourner presque immédiatement contre les intérêts qu'on veut servir.
C'est surtout, je crois, dans une région comme la vôtre, où les deux facteurs de la production nationale, le travail d'une part, le capital de l'autre, sont si puiss;imment représentés, qu'il faut dire hardiment ce que l'on pense el faire apparaître ce que l'on croit être la vérité. [Apphiudisscmenls.)
Je suis persuadé, d'accord en cela avec tous ceux qui ont réfléchi sur ce grave sujet, que l'amélioration de la condition des ouvriers n'est possible que par l'augmentation, par l'accroissement progressif de la richesse nationale. Je crois encore que cet accroissement n'est lui-même possible qu'à la condition de répudier toutes les théories qui menacent la propriété individuelle, et il ne me parait pas difficile de justifier ces propositions.
Aucune des réformes qui tendent soit à constituer des assurances en cas d'accident, soit à assurer des retraites à la vieillesse, n'est possible sans que les ressources dans lesquelles il faudra puiser n'augmenteut et ne se développent.
M. Audiffred faisait très à propos ressortir, tout à l'heure, que si aujourd'hui il peut être question d'opérer des réformes que le génie si hardi et si profond de la Révolution n'a même pas pu tenter, c'est .
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parce que notre production nationale s'est accrue, qu'elle a quintuplé, qu'elle a- successivement passé de quatre à vingt milliards.
On ne peut, en effet, demander à l'impôt que des sacrifices proportionnels au mouvement de la richesse publique. Augmenter le coefficient d'un impôt pour accomplir des réformes, cela peut être une imprudence mortelle et pour l'industrie que l'on frappe et pour les réformes que l'on médite. Voici un industriel qui fait 100.000 francs d'affaires et qui paie, je suppose, 5.000 francs d'impôts; si vous lui demandez 10.000 fr. d'impôts snns qu'il augmente son chiffre d'affaires, vous tuez son industrie.
Mais si, en créant -une atmosphère saine, dans laquelle puisse s'exercer fructueusement son génie laborieu.x, ce même industriel voit doubler son chifîre d'affaires, 10.000 francs d'impôts ne lui paraîtront pas plus lourds que 5.000 francs ne l'étaient tout à l'heure. Les ressources de l'Etat, sa faculté, sa puissance de réformes grandiront, sans que la puissance de production individuelle soit atteinte.
Mais pour arriver à ce résultat, que faut-il donc? Pensez-vous que le commerçant, que l'agriculteur, consentiront à s'imposer un surcroît d'effort ou de travail s'ils n'ont point, pour cela, un intérêt de premier ordre, et cet intérêt quel sera-t-il, sinon d'arriver à une situation meilleure, d'améliorer leur propre condition?
Quel mobile, si ce n'est le développement de leur individualité, conduit les hommes à no pas se contenter du strict nécessaire, le commerçant à exposer ses capitaux, l'industriel à perfectionner chaque jour ses méthodes, le cultivateur à renouveler sans cesse des pr '"ges de patience, à conquérir morceau par
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niorfoaii la lerro qui fant de l'ois a trompé ses espéranct's?
Siip|)rimez, coiniDC on propose de le faire, la propriété individuelle, einbrio:adez dans lElat colleclivisle,el sous le niveau commun, toutes les forces, toutes les intelligences, vous aurez du même coup supprimé toute raison do travailler plus qu'il n'est nécessaire pour vivre dans une honnête médiocrité. Tout mouvement ascentionnel devient une duperie, et ce n'est pas seulement le statu guo, c'est le recul que Ion prépare.
Si la richesse publique à laquelle puise l'Etat a grandi, c'est parce que ceux qui possédaient peu ont voulu posséder davantage, el que chacun a voulu se faire une place meilleure, plus large et plus sûre, dans la société. [Viue adhésion et applaudissements.)
Il n'est rien de plus étroitement lié à l'essence même de la nature humaine que la tendance à la propriété.
L'homme est né libre, indépendant, et avec un instinct qui le pousse irrésistiblement à la propriété. A •entenilr ■ r.usonner les socialistes de l'école actuelle, il semble que la propriété soit une création des régiiiP's ou des constitutions politiques. Or, si nous n'avons pas de documents écrits sur ce qu'ont été les premieis âges de l'humanité, son histoire n'en est pas moins ceriaine, elle est écrite jusque sur notre sol.
Le [tiemier homme qui a taillé un silex a nécessairemi'iit, instinctivement, voulu en être et en a été propriétaire; il s'est rendu propriétaire de son premier butin et de sa première conquête; il a été propriétaire (le la cabane qu'il a d'abord construite. Ainsi la pro,iriélô tient à la constitution naturelle de i'homine et non pas aux constitutions politiques que les