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pements, elles présentent les plus grandes ressources; comment se l'ait-il qu'aucune d'elles n'ait encore produit ce qu'où était en droit d'en attendre? C'est parce que nous n'avons pas eu, dès la première heure, de méthode colouiale.

Nous avons cédé à des préjugés, abandonné beau coup au hasard, à l'inspiration du moment. Nous avons trop souvent confondu 1 organisation et la conquête. Dans des pays traversés plutôt que conquis, nous avons eu hâte de croire qu'on pouvait agir, se maintenir, comme en un département français; au lendemain du jour où nous avions pénétré dans une capitale, alors que nous laissions derrière et autour de nous des populations attendant, avec une passivité tout apparente, l'heure de la revanche, alors que le dernier coup de fusil était à peine tiré, nous avons entendu dire, dans un sentiment de défiance que rien ne justifie : « II faut se hâter de diminuer l'action de l'élément militaire et constituer tout de suite une administration civile! >■ Ces/ cela! — Très bien! — Apptaudissonenls.)

On se battait encore au Tonkin que l'autorité suprême, qu'il eût été si indispensable de maintenir dans les mains qui avaient commencé la con(|uête, était déjà disputée, morcelée. Ici on a partagé les attributions, là on est passé du gouvernement militaire au gouvernement civil pour revenir au gouvernement militaire. Ceux de nos compatriotes qui s'expatriaient arrivaient en pleine bataille, ils ne trouvaient rien de préparé, et tout était si instable et si précaire que ce qu'ils avaient obtenu un jour leur était contesté le lendemain.

Il faut prendre un parti, adopter une règle; di'rrière les armées doivent venir les ingénieurs; avec

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eux doivent se construire les routes, les voies ferrées; alors seulement peuvent se fonder des exploitations, des maisons de commerce et des comptoirs.

J'ai souvent entendu dire que si nos colonies ne se sont pas développées, c'est par la faute de notre caractère, que le Français aime mieux son pays que d'autres peuples n'aiment le leur, qu'il s'y trouve plus heureux, qu'il répugne davantage à le quitter. Dans cette peinture, il y a des traits de grande vérité, mais tout n"y est pas exact. N'est- il pas vrai que, dans cette région même, beaucoup de négociants ont, pour fonder des établissements coloniaux, fait des sacrifices considérables ; envoyé des missions, fait étudier sur place ce qu'il y avait à faire, exposé des capitaux, et que cependant le résultat n'a pas répondu à leurs espérances? Est-ce faute d'initiative? Non, sans doute ! C'est avant tout faute de méthode, faute d'une organisation coloniale faite en vue d'ouvrir nos colonies au commerce, faute d'esprit commercial dans notre administration coloniale.

Le patriotisme de nos fonctionnaires à l'étranger est hors de contestation : en est-il de même de leur activité? Sont-ils assez familiers avec le commerce, l'industrie, pour l'aimer, pour en comprendre les besoins ? un commerçant de plus, un industriel de plus, ne sont-ils pas, du moins pour certains d'entre eux, un surcroît d'embarras et de responsabilité?

Au lieu de choisir le personnel colonial parmi les plus distingués et les plus capables, n'a-t-on pas envoyé dans nos possessions des hommes que rien n'avait préparés à la plus difficile des carrières?

A l'heure actuelle, on se demande à quoi va semployer l'activité du Parlement. Il ne peut rien faire de plus utile, de plus vivement réclamé, que de mettre à

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l'étude Forganisation et la mise en valeur de notre domaine colonial. (Applaudissements.)

La clef de ce problème, c'est la constitution d'une armée coloniale.

Après 1870, on a demandé au pays d'accepter le service obligatoire, et comme nous avions une grande tâche à accomplir, comme il s'agissait de la défense nationale, de la sauvegarde de la patrie et de sa grandeur, il n'a marchandé aucun sacrifice ni d'argent, ni de personnes; et si la dette est lourde, elle est payée par tous avec un courage et un entrain dignes d'un peuple qui a été si grand par ses armes. ( Mfs applaudissements.)

On peut se demander cependant si, en employant notre armée nationale soit à conquérir des colonies, soit à défendre celles qui sont en notre possession, on ne commet pas une faute grave, s'il est habile et prudent d'envoyer cette armée dans des pays, dans des climats si différents des nôtres, si la parcimonie dont il faut alors user, si la nécessité de ne point laisser se prolonger un si grand sacrifice, n'ont pas été pour beaucoup dans les tâtonnements et dans les déceptions de certaines entreprises, si, à de certaines heures, on ne s'est pas exposé à ébranler, ou affaiblir tout au moins, notre système de défense nationale. [Nouveaux applaudissements.)

Je sais bien que, lorsqu'il nous a fallu aller où que ce fût, au ïonkin ou ailleurs, lorsqu'on a demandé un bataillon, il s'en est présenté dix. Non ! notre race guerrière n'a pas dégénéré ! mais il n'est pas toujours patriotique d'accepter les sacrifices que le courage des citoyens est prêt à leur imposer.

Une armée coloniale est appelée à opérer, à se battre, à établir la domination française dans des

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climats absolument différents du nôtre ; pour résister à ces milieux nouveaux, il faut un à^'o. une endurance que n'ont pas des jeunes gens de vingt ans. Un homme de vingt-cinq on trente ans résisterait davantage. Ceux-là seront moins exposés aux maladies propres à certains pays, qui sont nés sous des latitudes plus voisines. Bref, une armée coloniale est indispensable. On le reconnaît, on le proclame et on est encore à en discuter les conditions, la formation, l'importance !

Les idées que j'expose ne sont pas d'aujourd'hui ni d'hier; la pensée de constituer une armée coloniale a été l'une des premières pensées de celui qui fut l'organisateur de la défense nationale en 1870 ; il y a des années et des années que les projets les plus divers ont été déposés devant les Chambres. Et quand on pense que s'ils eussent été votés plus vite, nous eussions économisé tant d'existences, épargné tant de deuils, on excuse aisément ceux qui, frappés de ce qu'il y a de périlleux, de criminel, dans de pareils retards, accusent l'obstruction parlementaire d'être un fléau national et de menacer les intérêts vitaux de ce pays. J'espère que de nouveaux retards ne se présenteront pas, et que, pour adopter un projet si nécessaire, l'unanimité se rencontrera dans le Parlement. {Applaudisse men Is.)

Ce sont, en effet, des pensées de grandeur nationale, des pensées d'avenir qu'il faut mettre en commun, et, chaque fois qu'il s'agira de la grandeur du pays, je ne doute pas que tous les républicains, tous les représentants du pays ne soient d'accord. {Asse-)itimenl unanime et applaudissements.)

Constituer une armée coloniale recrutée tout ,i la fois dans nos- éléments indigènes et par le libre con-

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