L\ POLITIQLF, SOCIALE ET COLONIALE
seulement de ceux qui voudront suivre la carrière des armes, former ainsi un corps de troupes aguerries, obéissant non plus seulement à l'obligation, mais à la vocation, ce devrait être l'œuvre de demain.
Il appartient au pays, sur ce point comme sur tout autre, de faire connaître son sentiment. La République n'a pas donné au suffrage universel tant de libertés et tant de moyens d'exprimer sa volonté pour qu'il attende en silence qu'on sollicite une fois de plus ses suffrages, et, s'il ne se désintéresse jamais de la vie publique, il trouvera toujours le Parlement prêt à se conformer à sa pensée. [Vive adhnion et applaudissements prolongés.)
En 1897, à rapproche du renouvellement triennal du Sénat, les chefs des divers partis politiques exijosèrent leurs programmes devant le pays. M. Waldeck Rousseau était soumis au renouvellement. Le 2 Janvier, la veille même du scrutin, il prononça un discours devant le? électeurs sénatoriaux de la Loire réunis à Saint-Élienne. 11 fit d'abord ressortir les services rendus à la [République par le Sénat, puis il présenta, en un langaf,'e énergique, les idées qu'il avait émises au cours de l'année précédente et qui pouvaient se résumer ainsi ; La République doit conserver, mais progresser.
Messieurs,
Une fois de plus, demain, le gouvernement républicain recevra du pays une consécration nouvelle, et, pour que la signification n'en puisse pas être affaiblie, il faut dire bien haut que vous ne formez pas, vous les électeurs sénatoriaux, un collège recruté par des lois arbitraires, et que vous êtes l'expression vivante et certaine du suffrage universel lui-même.
C'est lui qui vous choisit parmi ceux qu'il connaît le mieux, qu'il ne perd jamais de vue, qu'il juge les plus dignes de le représenter dans la commune. Par là même que, dans l'élection de ses représentants municipaux, il obéit à des considérations supérieures, aux aspirations du moment, qu'il est retenu et modéré dans les premiers mouvements de sa politique par le
CoNSF.HVER ET PROGRESSER sn
souci de ses intérêts directs et permanents, on voit se refléter en vous non pas ses passions d'un jour, ses impulsions ou ses entraînements d'une heure, mais ses volontés profondes, sa pensée durable, sa tradition toujours constante en dépit d'apparentes variations, et son double instinct de conservation et de progrès.
Cette origine, cette communauté de vues née d'un contact incessant, cette solidarité indéniable de l'électeur et de l'élu, permettent de répondre victorieusement à ceux qui voudraient prétendre que le corps électoral sénatorial n'est pas d'institution démocratique : ée qui est vrai, c'est qu'il constitue l'organisme permanent de la démocratie, sa fidèle image, et qu'il plonge ses racines au cœur même du suiVrage universel.
Ceux qui vont répétant que la Constitution de 4875 est l'œuvre d'une assemblée monarchique, ont oublié qu'elle fut votée par 354 républicains contre 353 monarchistes. Ceux-ci. rêvaient d'instituer une seconde Chambre choisie par le pouvoir exécutif ou recrutée dans une aristocratie intellectuelle et sociale. Ce furent les républicains qui placèrent la République sous la garde des communes de France.
L'avenir ne lardait pas à leur donner raison. Je ne veux pas rappeler une fois de plus que c'est le Sénat qui a défendu notre Ccistitution contre les entreprises du néo-cé.sarisme. Plus récemment il a rendu à la République un service plus grand peut-être.
On vit, il y a moins d'un an, la séparation des pouvoirs menacée, un ministre prétendre à diriger les instructions, à donner ses ordres à la justice, à se proclamer, non pas seulement son chef hiérarchique, mais son chef judiciaire. Une seule fois, sous l'Empire, pareil langage avait été tenu par M. Raroche, et c'était un des cinq qui lui répondait : u La suprême direction
■11« P(»LI< F.A ItÉPUBLJQLE
des actions publiques n'appartient pas le moins du monde au miuislre de lii justice ! Que deviendrait la séparation des pouvoirs? Si le pouvoir judiciaire est subordonné au ministre, la séparation des pouvoirs s'évanouit. -/ Il eût pu ajouter avec la Constituante « qu'une société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la réparation des pouvoirs déterminée, na pas de Constitution. ^>
Est-ce pour sètre montré le gardien vigilant des libertés individuelles que le Sénat s'entend aujourd'hui accuser d empiétements? On serait tenté de le croire, en voyant que ceux qui veulent amoindrir ses* prérogatives sont ceux-là mêmes dont il a dénoncé et condamné les projets, et que contre eux il a défendu la liberté.
L'heure est d'autant moins indiquée pour affaiblir S)n autorité, qu'il est permis de prévoir que son rôle de défense constitutionnelle et de défense sociale ne trouvera que trop d'occasions de s'affirmer.
Tout l'édifice de la société moderne repose sur la conservation du principe primordial proclamé par la Révolution, l'égalité des droits et des charges. Elle est la garantie donnée à l'universalité des citoyens contre l'arbitraire possible des majorités. Si nous avons pu traverser tant de crises et de commotions sans que la vie même de la nation fût un seul instant compromise, sans que la paix sociale fut un seul instant menacée, c'est parce que cette égalité se traduit en une solidarité étroite, qui ne permet pas qu'une atteinte soit portée au droit de quelques-uns sans s'étendre immédiatement à tous les autres.
Or, voici que, sous prétexte de réforme financière, ou parle de diviser la nation en deux classes : ceux-ci supporteraient l'impôt, ceux-là en seraient affranchis.
CONSERVER ET PROGRESSER 3i»
On parle de rétablir des privilèges contre ceux qui possèdent plus, au profit de ceux qui possèdent moins. Jadis les partis s'adressaient moins à l'envie qu'à linstinct de justice, à l'orgueil de Tégalité, à tout ce qu'il y a de plus noble dans l'àme humaine; maintenant on parle un autre langage : « Que ceux qui n'ont pas plus de 2.500 francs de revenu viennent à nousl ils ne contribueront pins aux charges publiques! Pour eux, nous rétablirons une féodalité du nombre et une vassalité de la fortune. »
Certes, jamais appât plus grossier et plus menteur ne fut offert à la crédulité populaire. Les apôtres de l'impôt sur le revenu se gardent de dire qu'ils laissent debout tous les autres impôts les plus lourds, parce qu'ils ont dû reconnaître eux-mêmes l'impossibilité de faire entretenir toute une partie de la nation par l'autre et que le dégrèvement qu'il comporte ne dépasserait pas quelques francs par tête.
Mais ce sont là des aspects de la question secondaires et bas, auxquels je ne veux pas m'arrêter.
Ce qu'il importe de dénoncer, ce sont les conséquences auxquelles aboutirait cette folle conception : une barbarie nouvelle, le dégoût de l'épargne, la stérilité du travail, la vie publique sarrètant peu à peu avec le développement de la richesse.
Pense-t-on que ceux-là qui gagnent péniblement 2.500 francs à remuer la terre ou à travailler dans l'usine accepteront longtiMups de payer pour ceux qui touchent aux guichets des trésoreries générales moins de 2.500 francs de rente? Ils regarderont au-dessus d'eux et ils diront à leur tour que ceux-là seulement paieront le tribut qui ont 3.000, 4.000 ou 5.000 francs de revenus! Alors, de jour en jour, d'échelon en échelon, le privilège s'élèvera jusqu'au moment où la
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raison, l'utilité d'acquérir s'affaiblissant sans cesse, les capitaux étant fl(''|ir«''ciés, tonte lortnne apparente poursuivie, tout ciiiiilal dépassant le chiffre marqué par la progression proscrit, le prolétariat, suivant la parole de Proudhon, n'étreindra plus qu'un cadavre !
Et ce n'est rien encore. Une telle possibilité ne vivrait pas une heure. On ne ferait pas admettre un instant à un peuple civilisé que ceux-là votent et mesurent linipôl, qui ne doivent pas le payer. C'est contre le principe même de la démocratie, c'est contre le suffrage universel que conclurait une aussi criminelle conception, et la logique implacable des faits conclurait à son tour à une réaction formidable, qui balayerait le Gouvernement assez faible pour avoir permi> à ces morlelies chimères de sexprimer autrement que par de vaines déclamations.
Je n'imagine pas que le suffrage universel tombe dans une pareille erreur; mais, s'il pouvait en être ainsi, gardons comme une ressource suprême les institutions |)ar lesquelles il s'est à l'avance prémuni contre ses propres égarements.
En voici bien assez pour justifier la prévoyance de la Constitution, ses origines démocratiques, sa nécessité constitutionnelle, l'intérêt supérieur de la République à ne point l'affaiblir.
Mais ce n'est pas assez de conserver, il faut progresser, et, à vrai dire, ces termes sont inséparables. La vie est faite de mouvement, de croissance, de transformations, et la politique n'obéit pas à des lois différentes.
Nous avons longtemps profité de l'admirable élan que notre parti avait reçu tout à la fois des circonstances tragiques qui l'avaient uni dans une même pensée de salut et de concorde, et de la discipline que son chef incontesté avait su établir.
CONSEIIVER HT PliOGlJESSEH :521
L'éveil croissant des ambitions personnelles, une trompeuse sécurité, une lutte incessante pour le pouvoir, un oubli trop fréquent des devoirs généraux, ont peu à peu tendu à immobiliser le parlementarisme dans une agitation sans résultats, dans un tumulte d'affirmations contradictoires et impuissantes. 11 y a des heures où on peut se demander si tout son effort ne se borne point à élever et à détruire des ministères, et non point à donner au pays la direction et les satisfactions que réclament son activité et son ardeur de vivre...
La législatui'e actuelle a tenu 367 séances et elle a discuté sans le moindre profit 244 questions ou interpellations!... Une guerje d'embuscades sans dignité; et sans profit suspend à chaque instant les discussions utiles. Au moment de voter le budget, la Chambre s'interrompt tout à coup pour reviser le Sénat. Il eût mieux valu reviser son règlement. Le devoir de demain est de donner au fonctionnement législatif une méthode grâce à laquelle la volonté d'aboutir devienne enfin supérieure à l'ambition de parvenir.
Ce n'est pas seulement en substituant aux abus actuels une réglementation rationnelle qu'on rendra au régime parlementaire son activité et sa force. Il faut qu'il demeure la fidèle expression de l'opinion publique et pour cela il faut aussi que tous les pouvoirs publics s'exercent dans leur plénitude, avec le souci des responsabilités qu'ils imposent.
Nous vivons sous l'empire d'un aphorisme funeste qui veut que le mandat donné à la Chambre ne puisse être abrégé; l'habileté, le sophisme ont peu à peu accrédité cette opinion que ramener l'élu devant l'électeur et le mandataire devant le mandant, c'est manquer de respect au suffrage universel.
aaâ POmi LA liKI'UBLloUE
La vérité est qun la souveraineté nationale ne s'aliène pas, ni pour toujours ni pour un temps, et que la démocratie n'est qu'un vain mot si elle est fatalement dessaisie, fût-ce pour quatre années.
S'il arrivait qu'une Chambre se montrât impuissante à réaliser les vues du pays, c'est le devoir étroit du pouvoir exécutif, gardien en cela des droits de la souverainiilé nationale, de la ramener devant le suffrage universel.
D'autres réformes sollicitent toute l'attention des pouvoirs publics.
Dans l'ordre administratif, il faut que la tutelle nécessaire de l'État s'exerce de façon à hâter et non point à ralentir la solution des affaires départementales ou communales.
Dans l'ordre économique, l'importance vitale acquise par le commerce extérieur exige la constitution d'une organisation coloniale et d'une armée coloniale.
Dans l'ordre social, il faut faire aboutir les lois de prévoyance, développer l'esprit d'association par la liberté. Il faut offrir aux syndicats professionnels des buts pratiques moins spéculatifs et moins abstraits, développer leur capacité commerciale et industrielle.
Dans l'ordre financier, avant d'ébranler davantage nos institutions budgétaires, il faut aj^profondir promptement la question du dégrèvement des contributions actuelles par la réforme du régime de l'impôt sur l'alcool.
Voilà, certes, beaucoup plus de questions qu'il n'en faut pour absorber l'activité parlementaire. A quelles conditions peut-on espérer de les résoudre? C'est se demander quelle doit être la tendance générale de la politique républicaine.
Toutes les revendications de l'heure présente^ la
nécessité de ne point tromper les espérances que la République a fait naître, d'empêcher que le parlementarisme ne s'expose au reproche d'impuissance, tout concourt à démontrer de quelle nécessité il est de conquérir au gouvernement républicain l'adhésion de la nation tout entière. On peut même, dans la division qui naît de la lutte des partis, réaliser des réformes politiques, car la loi du nombre y suffit.
'On ne réalisera jamais de réformes sociales ou économiques que par le concours de toutes les forces, de l'union de tous les intérêts qui soutiennent et constituent une société.
Pour y parvenir, il n'est nul besoin de rien céder lie nos principes, ni d'abandonner aucune de nos conquêtes. Il faut placer l'idée de justice et l'idée de liberté au-dessus des misérables intérêts de parti, voir en elles la raison d'être du gouvernement républicain, considérer que, s'il ne doit confier le dépôt de ses institutions ou de ses pouvoirs qu'à des mains éprouvées, il doit à tous les intérêts la même protection, à toutes les convictions k même respect. Il suffit d'être juste et de n'être point sectaire.
Il n'e3t pas nécessaire, pour se fortifier dans cette opinion, de puiser des enseignements ailleurs qu'aux sources de la Révolution française. Si on la juge non pas dans les convulsions et les crises qu'elle a traversées, mais dans sa doctrine, c'est la suprématie de lâ> liberté de penser, c'est l'indépendance absolue du for intérieur, c'est le respect de l'individualisme q.ui s'en dégagent comme les articles de sa foi. C'est en restant fidèles à ces maximes que la République achèvera la conquête des esprits. "
Je n'ignore pas que certains politiciens ont prétendu nous dicter les règles de conduite qu'ils jugent h-s
32i poil! I.A KKPLISIJOI K
plus appropriées aux besoins de leur op[)Osition. Ilont condamné le parti des républicains de gouvern»rncnl à ne se composer que des républicains de la première heure, et ils se sont réservé, eux, d'ouvrir leurs rangs, non point même aux repentis, mais aux impénitents, non point aux républicains du lendemain, mais aux réactionnaires irréductibles d'hier, d'aujourd'hui, de demain.
Kst-ce que dans la Gironde nous n'avons pas vu se former une coalition des bonapartistes, des cléricaux, des boulangistes, des radicaux-socialistes et des socialistes?
Est-ce que dans le Gers, qui demeura longtemps la dernière citadelle de l'Empire, l'un de ses anciens représentants ne pouvait pas montrer, il y a quelques jours, ses amis « passant sur le ventre des républicains modérés et des opportunistes » pour se joindre aux socialistes et aux radicaux? A ceux qui recrutent de pareils auxiliaires et subissent, s'ils ne la recherchent, cette promiscuité, faut-il appliquer l'épithète de dupes ou celle de complices? N'avons-nous pas le droit de dénoncer le mensonge et Thypocrisie de leurs syllabes? Qui donc serait assez pusillanime pour ne pas secouer le joug d'une logomachie dénuée de sincérité? Quand pour la première fois j'ai pris la parole dans ce département, à Montbrison, j'ai dit que la ligne de conduite que nous voulions suivre était simple : qu'elle consiste à demeurer fidèle à nos idées, à nos principes, à les appliqeer dans un large esprit de liberté et de tolérance; que, si nous étions assez heureux pour recueillir des adhésions nouvelles, nous nous en réjouirions; que, si elles nous étaient refusées, nous nous garderions de l'esprit de secte et que, sans défaillance, nous continuerions de travailler à l'unité poli-
tique de la France. Républicain de naissance et de raison, je n'ai qu'un médiocre souci des excommunications qui partent d'un zèle trop nouveau pour que je leur reconnaisse la moindre autorité.
Je persiste à penser que la République doit poursuivre un autre but que de diviser pour régner, que d'animer les uns contre les autres. C'est un emploi insuffisant de sa force que de réitérer seulement par l'ostracisme les affirmations de sa victoire. Ceux-là étaient de médiocres conquérants qui passaient la charrue et semaient le sol là où des civilisations séculaires avaient vécu. Tout ce que la France produit d'énergies, de bonnes volontés, d'initiatives, de forces intellectuelles et morales, nous voulons le conquérir à la République, non pour réagir, mais pour agir, non pour reculer, mais pour progresser.
Nous voulons en un mot achever l'œuvre de la Révolution et, tandis que se réduira de plus en plus le champ d'opposition ou la réaction s'unit à la démagogie, c'est en restant fidèles à ses principes que nous demeurerons les fondateurs persévérants d'une politique vraiment nationale.
Le 24 février 1897, à l'Hôtel Continental, eut lieu une réunion de commerçants et d'industriels auxquels s'étaient joints un grand nombre de personnages poUliques. n s'agiss.iil de constituer un " Comité national républicain du Commerce et de l'Industrie ». M. Waldeck-Housseau prononça un discours dans lequel il définit la mission du futur Comité.
Messieurs,
Les organisateurs de cette réunion mont prié d'être leur interprète auprès de vous, d'abord pour vous remercier d'avoir répondu à leur convocation, et ensuite pour préciser très simplement et très brièvement l'objet de cette réunion.
Si l'initiative en appartient plus particulièrement à l'une de nos associations républicaines, je tiens à dire immédiatement qu'elle n'a pris cette initiative que d'accord avec toutes les autres. Ce n'est pas seulement l'Association Nationale Républicaine qui est représentée ici, c'est encore l'Union Libérale dont vous connaissez tous l'honorable et éminent président M. Barboux. Moi-même, je tiens à le dire, je représente encore une autre association républicaine, qui s'est fondée quelque temps après la mort de Gambetta pour
défendre sa mémoire, pour perpétuer sa tradition politique, et dont le but actuel, déjà presque réalisé, est de reconstituer dans chaque arrondissement de Paris des comités résolus à prendre part à toutes les luttes électorales et à s'efforcer de donner à Paris, la ville-lumière, une représentation en harmonie avec son niveau moral et intellectuel {Applauaissements.)
Nous n'avons tous qu'une même et identique préoccupation, c'est celle qui nous réunit aujourd'hui, et je vais vous l'indiquer d'un mot : nous considérons que les prochaines élections générales seront d'un intérêt décisif et d'une gravité exceptionnelle.
Elles mettront, en effet, en présence des principes tellement contraires, elles verront en jeu des questions si primordiales, que de leur résultat peuvent dépendre et l'avenir du gouvernement républicain et l'avenir même de ce pays; j'exprime en parlant ainsi une conviction qui chez moi est très profonde. (Très bienl très bien ! \
Après 1870, les élections générales ont d'abord mis aux prises le principe monarchique et le principe républicain. Plus tard, la lutte s'est engagée entre des fractions diverses de l'opinion républicaine. 11 s'agissait de savoir, — et j'emploie ici un des termes de la logomachie parlementaire, — si Ion irait plus à gauche, plus vite ou plus lentement, si le gouvernement serait plus modéré ou plus avancé; toutes questions, tontes controverses extrêmement graves, mais qui cependant ne mettaient en péril aucun des principes essentiels sur lesquels repose notre société démocratique.
Or, nous croyons, Messieurs, et je parle ici au nom de tous ceux qui m'entourent, qu'aux élections générales prochaines, par une conséquence inéluctable des
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questionsjqui ont été posées, nous aurons h combattrenon plus pour des méthodes, mais pour des idées el des principes essentiels; nous aurons à défendre la liberté individuelle, le droit à ja propriété, le droit à la liberté du travail, en un mot, Messieurs, tout ce qui est -la grande tradition de la Révolution française, [Afyplaudixsements). la démocratie elle-même, contre les entreprises d'une démagogie infiniment dangereuse. [Trrs //ien, Très bien\)
Je ne fais pas allusion par là à ce que Ton pourrait appeler le péril collectiviste. Je ne redoute pas à brève échéance, je l'ai dit ailleurs et je le répète, une réalisation, même partielle, de la chimère collectiviste. La nationalisation du sol, l'appropriation par l*Etat de tous les moyens de travail et de production, ce sont là des promesses inscrites sur des drapeaux qu'on déploie pour entraîner les foules; mais il est visible qu'une révolution aussi profonde et aussi radicale, j'ajoute aussi déraisonnable, nest pas à craindre dans un avenir prochain.
Ce qu'il faut redouter, c'est un certain socialisme déguisé, — officiel à de certaines heures, — et financier. Nous avons vu se produire un des événements les plus graves peut-être qui aient marqué ces dernières années, quand, non pas un particulier, non pas môme un ministre, mais le président d un conseil des ministres a formulé et livré à l'opinion cette pensée que l'impôt devrait être un moyen de rétablir l'égalité dans la lutte entre ceux qui possèdent plus et ceux qui possèdent moins. Tout le socialisme est en puissance dans cette formule.
La Révolution française nous avait enseigné que l'impôt ne peut être demandé par l'Etat que dans la mesure des besoins publics, et qu'il doit être demandé
à chacun dans la mesure de ses facultés. On vient, tout au contraire, nous dire qu'il doit être un instrument de réparation des injustices sociales en constituant une sorte de déversoir au-dessus duquel le travail, l'épargne, la fortune, la richesse, restitueront ce qu'ils auront acquis en trop.
S'il est vrai que l'essence du socialisme soit de faire intervenir l'Etat dans la répartition de la fortune, j'ai bien raison de dire que dans cette formule il y a le socialisme tout entier.
J'ajoute qu'elle contient aussi une reconnaissance déguisée de ce que le socialisme a souvent appelé la guerre des classes. Il est aisé de prévoir à quelles conséquences une pareille doctrine peut conduire.
Nous vivons dans un pays de suffrage universel, dans un pays, par conséquent, où le nombre fait la loi, et si quelque chose est demeuré la garantie de la liberté, c'est que la loi ne peut pas être faite contre quelques-uns sans se retourner immédiatement contre tous.
Le jour où le plus grand nombre pourrait imposer au plus petit sa volonté, son arbitraire, ses caprices, déplacer le fardeau des charges publiques et le faire incomber seulement aune catégorie sociale, nous toucherions à la plus détestable, à l'a plus abominable •les tyrannies. {Applaudissemenls .)
J'insiste sur cet ordre d'idées parce que je parle d'élections et parce qu'avec des formules variées, diverses, plus ou moins précises, plus ou moins hardies ou plus ou moins prudentes, l'impôt progressif sera très certainement une 4es plateformes électorales des élections générales do 1898. Je vous en montre le péril -^ c'est une menace formidable dirigée contre tous ceux qui travaillent, petits et grands, car, il faut bien se le
:;:;ii I'mi i; i. \ uij'i.ni.hji i,
dire, le jour où (tn ciitif dans la voie de larbitraire el de linjustice, il n'y a pins de liiiiites. Vijs opplaudissemenls.)
II esl donc do toute nécessité, Messieurs, de se préparer à un coiiibal dont les résultats pourront être aussi décisifs. Ce n'est pas seulement parce que les questions portées devant le suffrage universel seront plus graves que les élections de 1898 seront plus importantes; c'est encore parce qu'il me semble que tout le monde, que tous ceux qui, par leur travail, leur commerce, leur industrie, contribuent à la vie et à la prospérité du pays, souffrent de l'état d'indécision et d'impuissance qui a pesé sur ces dernières années.
Je ne veux pas parler avec amertume ni en termes sévères de l'œuvre de la législature actuelle ; je fais la part des circonstances et des événements, mais je constate que presque toutes les questions sur lesquelles le pays éprouverait le besoin d'avoir de l'apaisement, de la certitude et de la sécurité, ont été tour à tour effleurées sans qu'aucune soit résolue.
Je ne sais si je raisonne bien à votre point de vue, à vous, Messieurs, qui êtes surtout des industriels et des commerçants, mais il me semble que ce que vous devez exiger avant tout, ce qui vous est plus indispensable que tout le reste, c'est de savoir ce que sera le lendemain, et tout particulièrement ce que sera ce lendemain au point de vue financier, au point de vue de ce qui constitue votre atmosphère vitale, et je ne sais pas si j'exagère et si l'on pourra m'accuser de paradoxe, mais il me semble qu'il vaut peut-être mieux dans l'intérêt de l'industrie être certain que pendant dix ans un régime même insuffisant et même médiocre sera maintenu, que de rester pendant ces mêmes dix
années dans un état de perplexité et d'incertitude qui. à certaines heures, peut aller jusqu'à l'anxiété. (Applaudissements.)
Il faut donc constater comme une vérité essentielle que la conservation du régime républicain, Taccomplissement de son grand devoir vis-à-vis du pays, exigent qu'on sorte des tâtonnements, des incertitudes et des essais qui n'aboutissent jamais.
Or, pour cela, Messieurs, il faut une majorité gouvernementale capable de lormer un Gouvernement sachant ce qu'il veuf et où il va ; et si les élections se font sans préparation, sans précautions, sans une direction intellectuelle et politique, nous sommes exposés à voir recommencer une. expérience qui ne s'est poursuivie que pendant trop longtemps.
De ces quelques réflexions la conclusion à tirer est bien facile. Il faut, de toute nécessité, que ceux-là qui représentent les intérêts en France se sentent défendus, il faut qu'ils pourvoient eux-mêmes à leur propre" défense. (Applaudissements .)
Il est de toute nécessité de ne- pas laisser à la bonne volonté ou à l'initiative de chacun les préparatifs de la guerre, il est indispensable, et dès à présent, de commencer une œuvre de propagande, de polémique etde préparation électorale qui réponde à une pensée fondamentale dans laquelle puissent se réunir tous les hommes de bonne volonté.
Eh bien! aux prochaines élections, je ii'aperçois pas qu'il puisse y avoir entre les républicains désireux de fonder un Gouvernement de dissidences capables de les diviser; elles st! feront, je le maintiens, sur une question de conservation sociale et démocratique. [Approhalion qônéralc.)
Par conséquent l'étendue de la plate-forme, lecarac-
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1ère élevé et supérieur <le la cau-^e pour laquelle nous sommes appelés à cotnballre, rendjent facile Taccord unanime de tous ceux qui ont un même vœu, une même pensée, une même ambition, la grandeur de ce pays et la fécondité des institutions républicaines. {Applaudisseiiieii Is ré/j et es.)
En quoi, Messieurs, peut et doit consister cette propagande?
Il y aurait une très grande injustice à considérer que rien n'a été entrepris. Avec des ressources extrêmement méthodiques et tout à fait insuffisantes, les associations dont j'ai parlé tout à l'heure ont déjà fait de très grands efforts et obtenu de sérieux résultats.
On a fait des conférences qui ont eu un certain retentissement. Je dis un certain retentissement et je m'explique, j'entends par là qu'elles n'ont pas eu le retentissement quelles devaient avoir, car les associations républicaines qui ont fait imprimer ces conférences, qui les ont distribuées sous forme de brochures, ont été limitées dans leurs moyens d'action et de distribution ; des études sur le socialisme — je ne parle que de celles-là parce que les noms de ces deux orateurs viennent en ce moment à ma mémoire — comme celles de M. Barboux et de M. Deschanel, auraient dû être répandues, non pas à 10 ou 20.000 exemplaires, mais par centaines de milliers d'exemplaires.
Il faudrait, en outre, que ces conférences si utiles ne fussent pas faites exclusivement par les gens d'initiative et de bonne volonté qui spontanément, et les premiers, se jettent dans la mêlée. Là aussi il faut une organisation. Nous avons autour de nous beaucoup de bonnes volontés; mais, pour qu'il se fasse sur tous les points du territoire une agitation salutaire sur ces questions de conservation sociale, il faut nécessaire-
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ment faire face à des frais, à des dépenses ; il y a là tout un système d'organisation à créer et à faire vivre.
Voilà une des premières branches de la propagande qui nous paraît indispensable.
Il y en a une autre. Nous n'avons pas songé, Messieurs, à créer des journaux nouveaux. Il en existe beaucoup ; faire un journal ou des journaux e.st une œuvre extrêmement coûteuse ; mais il y a sur toute la surface d-u territoire et dans tous les départements des journaux qui sont des journaux amis, quiont les mêmes préoccupations que nous, qui demandent seulement à être bien renseignés. L'Association Nationale Républicaine a fondé une correspondance qui est envoyée déjà à un très grand nombre d'entre eux; mais comme ses ressources sont extrêmement minimes, cette correspondance est seulement hebdomadaire; elle est par conséquent très insuffisante. J'ajoute qu'une correspondance, pour avoir de l'action sur le pays, devrait, si on en avait les moyens, être une correspondance télégraphique.
Je vais ici vous soumettre une réflexion qui est née chez moi d'une longue expérience.
II serait très à désirer que le public français continuât de se j)assionner, comme il l'a fait autrefois, pour les articles dans lesquels se trouvent de grands et de nobles développements : mais la presse a changé d'allures, de caractère, et, soit que le public ait exigé un aliment plus léger, soit qu'en lui présentant cet aliment de préférence on ait modifié ses goûts, il faut constater qu'aujourd'hui l'influence de la presse est une affaire d'informations et que la polémique des journaux dans laquelle nous devons faire entendre notre voix est faite presque exclusivement au moyen tl'informalions. Il y a tant de moyens de rendre
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com|tlf! du môme fail, en en rendant le récit favorable aux uns ou aux antres.! ifîires)
Pour vous en convaincre, vous pouvez consulter an hasard un des journaux qui combattent l'ordre social, le bon ordie social, et vous y verrez quelle tournure on sait donner aux événements en apparence les moins de nature à servir le parti dont ils se réclament.
Ce n'est pas tout encore, Messieurs. Dans les circonscriptions électorales oîi nous avons des amis, qui sont représentées par des députés attachés aux idées que nous défendons nous-mêmes, notre rôle est très simple; il consiste avant tout à nous mettre à leur disposition et, dans la mesure où ils le jugent nécessaire, à leur donner notre concours. Mais il ne suffit pas de conserver, et c'esi déjà une œuvre difficile, les positions qui ont été acquises, il faut encore conquérir des positions nouvelles. Pour cela, il faut trouver et se créer dans les départements des correspondants; avoir là des agents qui corrt^spondent à notre pensée, fonder des comités, encourager des publications, payer de la publicité. C'est encore une œuvre qui demande des ressources, et des ressources très considérables.
Je ne fais qu'esquisser une partie d'un plan de propagande, et tout à l'heure le président de rAs.>ociation Nationale Républicaine vous indiquera avec plus de détails ce qui a été déjà fait et ce que nous pouvons faire dans la suite. Je ne veux ajouter à ces explications qu'une très courte observation.
Quel doit être le but de celte propagande par la parole, parles imprimés, par les écrits, en un mot par tous les moyens de publication et de publicité? Il doit être double.
Nous avons une première mission à remplir. 11 faut
LE CO.MMIÏHCE, LIXDUSTRIE ET LA UÉPLBLIQUE 335
partir de cette idée qu'il y a infiniment de bonne foi dans le périple français et infiniment de bon sens; mais qu'il y a aussi infiniment de crédulité; aucun peuple n'est plus accessible au charlatanisme des mots, et, par conséquent, il ne faut pas craindre d'aller à lui. d'analyser devant lui les idées, les projets, les prétendues réformes avec lesquels on berce, je devrais dire on berne sa crédulité. [Très bien! très Oien !]
Il faut y porter l'analyse, y mettre le scalpel ; il faut lui montrer ce que valent certaines prétendues rénovations financières, et, pour ne parler que du projet de l'impôt progressif sur le revenu, il faut montrer quel mensonge il est, à quoi il aboutit, comment il laisse debout tous les impôts les plus lourds el, dit-on, les plus vexatoires, comment il n'est pas un département où il se traduise par une exonération pour le contribuable de plus de 1 franc ou de 1 fr. oO; il faut, en un mot, opposer la réalité des choses à la fiction, et, qu'on me passe le mot, au mensonge.
Et puis, il ne suffit pas de montrer en quoi pèchent les conceptions de nos adversaires; il faut dire qui nous sommes, ce que nous avons élé et ce que nous voulons demeurer. Il faut refaire l'histoire de notre parti, rapprendre aux générations nouvelles; il faut montrer le rôle qu'il a joué dans la constitution et dans le développement de la troisième République et comment il n'est pas une réforme politique, économique, qii il n'est pas une amélioration sociale qui n'ait été son œuvre patiente, mûrie et réfléchie. 'Vifs applimdi^si'inenis.)
Il faut montrer notamment que dans l'ordre des questions qu'éveille l'instinct de l'humanité, tout ce qui a élé fait pour l'amélioration du travail, nous
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l'avons lait, et il faut ajouter, bien hardiment, qu'il n'est pas de progrès qui nous effraie, pas de réforme qui nous répugne, à condition que ce soient vraiment des progrès et des réformes, à condition que la raison les accepte. ( Tri-s hien! très hien! el applaudissements.) Et il faut ajouter enore que nous avons, nous aussi, soif de justice sociale, mais à une condition, c'est qu'on la cherche dans la conciliation des intérêts, dans la nécessaire harmonie du capital et du travail, et non pas en les ameutant l'un contre l'autre iJSouveaux applaudissements .)
Or, pour réaliser ces vues, Messieurs, il faudrait arriver à faire dans notre France une très grande révolution. Elle consisterait à obtenir de ceux qui représentent les intérêts de ce pays, qui le font vivre, qui sont ses nerfs, ses muscles, sa moelle, son sang, de tous ceux qui travaillent, qui produisent, qui constituent cette réserve admirable qui se traduit par une épargne annuelle, même dans le présent, de 2 milliards et demi, qu'ils veuillent bien se défendre euxmêmes. {Très hien ! très bien !)
Ce que je vais dire. Messieurs, je le dis sans précautions oratoires, bien certain que les critiques que je puis formuler ne s'appliquent à aucun de ceux qui sont présents à cette réunion, car leur présence ici marque assez leur bonne volonté. Eh bien! dans le commerce et dans l'industrie, on vit trop éloigné de la politique. On voit en elle une spéculation quelquefois peu honorable, dictée par des ambitions personnelles; on est frappé surtout des retentissements fâcheux que ses crises exercent sur le travail national; on s'en éloigne et on s'en détache. On y a cependant la perception très nette que le gouvernement républicain doit à ces grands intérêts sa protection, son attention, sa vigi-
lance; et voici où on raisonne très mal. On raisonne très mal, parce que le gouvernement républicain n'est pas une entité invariable; il est tel que le font les chambres, et les chambres sont telles que les font les élections. De sorte que si le commerce et l'industrie veulent avoir un gouvernement qui les comprenne, qui leur réponde et qui les défende, il faut de toute nécessité qu'ils se mêlent aux élections. {Applaudissements.)
Tenez, Messieurs, je relisais ces jours derniers la statistique des élections générales dernières. Elle est à la fois extrêmement affligeante et extrêmement consolante, parce qu'elle montre le remède en même temps que le mal.
Savez-vous quel a été le chiffre des abstentions dans les dernières élections tegislatives? Il a dépassé 30 p. 100. Dans le département de la Seine, sur 645.834 inscrits il y a eu 191.770 abstentions, c'est-à-dire le tiers. Si vous prenez l'ensemble des résultats électoraux de la France, vous voyez que les abstentions ont atteint 3.018.824 voix. Si on rapproche maintenant de ces chifires ceux que je vais vous donner, l'attention est immédiatement appelée, je dirai volontiers surexcitée.
Savez-vous par combien de voix ont été élus à Paris les socialistes? Par 54.609, et il y a eu 191.000 abstentions! {Mouvements.)
Ajoutez aux voix des socialistes celles obtenues par les radicaux et vous trouverez encore un chiffre sensiblement inférieur à celui des abstentionnistes.
On peut faire le même raisonnement pour le département du Nord; on peut le faire pour tous les départements de France; et, pour ne pas vous fatiguer par des détails, voici les derniers chiffres que je veux vous confier ;
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Alix dernières ('-lections gt'nérales, les députés radicaux ont obtenu 1.143.()()0 voiv, je néglige les fractions; les radicaux socialistes, 171.000; les socialistes. :)98.000; au lotal, 2.2 J 3 000 voix; et, à côté de ces 2.'213.00<) voix qui se sont poi'lées sur dos radicaux et des radicaux socialistes, 3.018 000 électeurs n'ont pas volé!
On a dit souvent que ceux qui ne volent pas ce sont les errants, les gens qui passent, qui ne s'arrêtent (|u"un instant.
(^'est une erreur! Celte question des abstentions ne me frappe pas aujourd'hui pour la première fois; je l'ai examinée à une époque où j'avais des moyens d'investigations que je ne possède pas aujourd'hui. La vérité est que le plus souvent ces errants, ces gens qui ne se fixent pas, ne se font pas inscrire sur les listes électorales et que, par conséquent, il ne faut pas chercher l'explication des abstentions dans des absences, des déplacements ou des décès.
Alors pensez-vous que ce soient les électeurs socialistes qui s'abstiennent? Non! n'est-ce pas? Ce ne sont pas non plus les électeurs des députés radicaux socialistes, et je pourrais même dire que ce ne sont pas non plus les électeurs des députés radicaux, car toute cette masse électorale est toujours tenue en haleine, secouée, chaufl'ée à outrance. Ceux qui s'abstiennent, ce sont les gens tranquilles, les gens qui ont pour la politique cet éloignement et cette aversion que j'indiquais tout à l'heure, aversion que je comprendrais s'il suffisait de ne pas faire de politique pour ne pas en ressentir les effets, mais que je ne comprends pas, parce qu'il suffit de ne pas faire de politique pour que la politique soit faite par ceux-là qui sont v^os adversaires. ( \ ppla udissrmf:n ts.i
Li; (.D.M.MliUCE, I.IXDLSTKIE ET LA HEPL'BLIQUE 33!)
Eh bien! Messieurs, il résulte de cet aperçu sur lequel je n'insiste pas plus longuement, qu'il iaul faire sortir de leur recueillement, de leur inaction ou de leur timidité ces bataillons profonds, compacts, auxquels appartient d'avance la victoire. S'ils entrent en ligne, si nous pouvons réaliser tout ce que nous avons projeté, si nous pouvons entretenir dans le pays les communications qui sont nécessaires, nous faire entendre, organiser une incessante propagande, j'ose dire, sans prendre un engagement téméraire, que les élections prochaines donneront enfin à ce pays une Chambre répondant à toutes ses aspirations. Mais pour que les électeurs viennent à nous, il faut aller;» eux; il faut avoir qualité pour leur parler; il faut appartenir au même monde, avoir à défendre les mêmes intérêts; et c'est pour cela que nous avons accueilli avec tant d'enthousiasme la généreuse pensée de quelques-un.s d'entre vous de faire ici une réunion de commerçants et d'industriels.
Il faut, pour faire la guerre, des ressources; il faut dépenser, je ne dis pas beaucoup, mais assez; il faut avoir les ressources nécessaires pour entretenir sur le pied de guerre l'armée qui décidera du sort de la bataille.
Nous vous demandons. Messieurs, de rendre au parti républicain, à la cause de l'ordre social républicain, cet immense service de chercher autour de vous ceux qui voudront bien nous donner leur collaboration et leur aide. [Trôslnen! irrs Inen !)
Vous aurez à examiner quels sont les meilleurs moyens i)our y parvenir. Pour l'instant, je vous demande la permission de laisser la parole à M. AuililTred, (pii, on vous faisant connaître quels ont été iios efforts et ce que déjà nous avons pu faire, vous
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indiquera par là même tout ce qui nous reste à faire, tout ce qui nous reste à entreprendre. Nous faisons appel à votre bonne volonté avec celte franchise, avec cette absence d'arrière-pensée très naturelle chez des gens qui n'ont pas d'autre ambition que de bien servir leur patrie. {Très hien! lri:s bien! ri triple salve (Tapplaudissemenh.)