‹ Pour la RépubliqueChapitre 69 sur 82 · L'UNION REPUBLICAINE · texte numérisé non relu

L'UNION REPUBLICAINE

Les 14 et 15 novembre 1897, M. Waldeck-Rousseau, sur les instances des républicains de la Charente, se rendit à Blanzac et à An^'oulême. Il venait de dire, dans son discours de Bordeaux, que la République devait être ouverte, mais il n'entendait point par là qu'elle dût être livrée. C'est ce qu'il précisa devant les républicains de la Charente, en les engageant à s'unir contre les adversaires de la République, à n'accepter que le concours des hommes qui étaient franchement et sincèrement ralliés à la Constitution. A Blanzac, il dénonça les manœuvres et les programmes équivoques de la réaction, il mit ses auditeurs en garde contre l'esprit boulangiste, lequel survivait dans certaines régions au boulangisme lui-même : « L'esprit boulangiste vit encore, dit-il. On le reconnaîtra dans la bataille électorale à des signescertains : césarien, il réclamera nécessairement la revision de la Constitution ; démagogue, il préconisera un socialisme vague et indécis qui devra fatalement se traduire par l'établissement de l'impôt global et progressif sur le revenu... La revision n'est qu'un piège plébiscitaire; l'impôt global et progressif n'est qu'une formule d'autant plus dangereuse qu'elle est plus mensongère... >> Mais, s'il ne fallait pas se laisser prendre aux mots trompeurs des ennemis de la Révolution française, cela ne voulait pas dire qu'il n'y eût aucun progrès à réaliser : « Il n'y a pas d'humanité, ajoutait M. Waldeck-Rousseau, il n'y a pas de civilisation sans mouvemeni, sans un effort incessant en avant : or. la politique doit être l'image de la vie. »

A Angoulême, parlant devant le Comité républicain. M. Waldeck-Rousseau s'exprima ainsi :

406 i>oi i< LA iti;i»ri{MorH

Mkssiki.'hs.

Je veux (l'al)ord ronvnior M. Miilac' des parolos qu'il n)'a adressées tout à rheiirecl f|ni m'ont rappelé des souvenirs si précieux.

Je ne pouvais revenir au milieu de vous sans me reporter moi-môme à la visite que je vous ai faite, il y a malheureusement trop longtemps, et aux paroles que j'avais alors prononcées. Le langage que j'avais tenu en 1883 ne me donnerait-il point ou des regrets ou des déceptions?

Je sais quelles épreuves vous avez traversées depuis cette époque, les luttes que vous avez soutenues et qu'il vous faudra encore soutenir, et je ne crois pas cependant m'ètre trompé quand j'annonçais qu'ici même la République deviendrait le gouvernement incontesté.

Des événements imprévus ont retardé cet événement; ceriaines difficultés ont surgi, communes au pays tout entier, mais qui devaient dans la Charente prendre un caractère de gravité exceptionnelle. C'est au moment où vous étiez le plus près du résultat que se produisit ce mouvement singulier, cet effort de toutes les réactions, qui, joints à un aveuglement passager, semblèrent remettre en question jusqu'aux institutions elles-mêmes.

Je rappelais hier devant un autre auditoire ce qu'avait été, et combien dangereuse, la conspiration boulaiigiste, et c'est à elle, en effet, qu'il faudra toujours remonter chaque fois qu'on voudra expliquer l'obscurité présente de certaines situations politiques et l'équivoque pernicieuse dans laquelle se réfugient tous ceux dont la foi n'était ni assez ferme, ni assez

Page 1