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IL FAUT QUE LE CAPITAL TRAVAILLE ET QUE LE TRAVAIL POSSÈDE

Le 30 avril 1898, à Roubaix, devant six mille ouvriers, M. Wiildeck-IJousseau fit une conférence sur les syndicats ouvriers. Loin de renier, comme reitains républicains timorés lui en prêtaient la pensée, la loi qu'il avait fait voler en 1884, il s'en fit, au contraire, et avec raison, un titre de gloire, et il montra tous les avantages ijui en pouvaient résulter au point de vue de la prospérité et de la paix sociales.

Messieurs,

Je ne saurais vous exprimer à quel point je suis reconnaissant et ému de Taccueil sympathique que vous avez bien voulu me faire.

Je vous demande une faveur, c'est de ne point interrompre mes interrupteurs {/i'res), c'est de les laisser à leur isolement, de répondre à leurs protestations, si elles se produisent, par le silence: grâce à celle mélhode, il ne sera pas dit que vinjjt personnes ont inipo-é leur tyrannie à six mille citoyens. {A})plaudssi'ments.)

Messieurs, en me demandant de venir au milieu de vous Iraiter un sujet qui n'a pas cessé d occuper mon esprit, les organisateurs de cette réunion savaient à

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merveille qu'ils ne rencontreraient dé ma part ni li<'.sitation ni résistance.

C'est d'une œuvre modeste en apiiarencc, déjà très féconde cependant, et dont l'avenir dégagera toute la portée sociale, que je suis appelé à vous entretenir : je veux parler de la loi sur les Syndicats proff'ssiornie's dont les résultats forment, dès à présent, un contraste saisissant avec toutes les promesses décevantes ou mensongères du collectivisme révolutionnaire.

Beaucoup d'oppositions se sont manifestées, en 1884, quand il s'est agi de faire triompher cette réforme. Elle a rencontré de nombreuses hostilités. Aujourd'hui les partis pris se sont détendus, les préjugés se sont évanouis, et il est facile de parler de l'esprit qui l'a dictée et des résultats quelle a produits, avec justice, avec impartialité, avec sincérité.

C'est ce que je vais faire.

Je n'ai qu'une raison d'éprouver quelque embarras: il m'est difficile de parler de la loi sur les syndicats professionnels sans parler de celui que les circonstances d'abord, une conviction ardente ensuite, ont porté à la défendre et à la faire triompher. Elle est un des meilleurs chapitres de ma vie. Je l'ai défendue avec une opiniâtreté que rien n'a découragée. L'avenir dira si je me suis trompé. [Vifs applaudissements.;

Si l'on pense que le travail, — et j'entends par là l'ensemble de ceux qui ne vivent pas de la rente, mais de la dépense de leurs forces, — si l'on pense que le travail n'est pas susceptible de transformations, qu'il est rivé, pour ainsi dire, à une loi inflexible, on aura raison de dire que nous avons été téméraires en lui proposant une constitution nouvelle, en sollicitant son effort et en éveillant son espoir.

Mais si on croit — et je crois — qu'il en est des sociétés comme des individus, qu'elles obéissent à une véritable loi de croissance, que, plus elles vont, plus elles s'élèvent, plus elles avancent dans la voie du progrès, alors, messieurs, nous aurons eu raison de briser des liens, de faire tomber "des entraves, d'arracher le travail à ce dilemme : la résignation ou bien la révolte. Nous aurons eu raison de croire au bien, au mieux, au progrès. {A/i/ifnudissemenls répi'lés.)

En 1884, tout homme à rnème d'observer devait aisément reconnaître que la plus grande partie de l'œuvre politique républicaine était accomplie, et, s'il avait quelque souci des épreuves et des angoisses d'un monde singulièrement tourmenté, il devait comprendre aussi, dès celte date, que' la république avait un rôle social à remplir.

C'est une des abominables calomnies dont on a essayé de salir la mémoire de Gambetta que de lui prêter cette iiarole : « Il n'y a pas de question sociale ». Gambetta a dit : « 11 y a des questions sociales ». Et il voulait exprimer par là que le charlatanisme révolutionnaire seul peut considérer le problème social comme un problème unique, et se vanter de le résoudre par des formules magiques ou par des verbes miraculeux. Il considérait, lui, que ce problème était complexe, hérissé de difficultés multiples, et que chacune d'elles devait être abordée, examinée, résolue, séparément et avec méthode.

11 ne manquait pas, dès celte époque, de théoriciens très avisés, convaincus qu'avec un peu d'encre et un peu de papier on construit des sociétés comme les ingénieurs peuvent construire des machines nouvelles.

Persuadé que c'est là une vaine entreprise, convaincu que les inlérèts sont clairvoyants, qu'ils trouvent eux-

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mêmes les institutions qui leur .sont nécessaires, il m'a paru plus sûr d'observer ce qu'avait su faire le travail lui-même. J'ai vu qu'il s'était formé d'innombrables associations, unies par le lien lofjique de l'intérêt professionnel, qu'après avoir conquis l'existence de fait elles cherchaient à conquérir l'existence de droit, et que de la tolérance elles tendaient à s'élever à la légalité. [Tr(';s bkn ! Irna bv'n ! et. bravos.)

Lorsque les hommes politiques vous parlent, messieurs, vous pouvez penser qu'ils tiennent un langage de circonstance, et que c'est pour conquérir ou vos suffrages ou vos applaudissements qu'ils font étalage d'opinions toutes récentes.

Voici, je liens à le dire, comment je m'exprimais sur cette question dès 1884.

Je disais :

« On ne transforme pas un état social par la magie des mois et des formules. On ne transforme pas une société. Elle se modifie graduellement, lentement. On ne traite pas les hommes comme on ferait d'une monnaie démodée qu'on met au creuset, pour la frapper à une effigie nouvelle. Je ne crois pas à ce que j'appellerai l'alchiniie sociale, je crois qu'il y a une science sociale... 11 faut habituer les travailleurs à réunir, à concentrer, à solidariser des forces qui sont impuissantes dans l'isolement, et qui seront merveilleusement fécondes dans leur groupement, dans la communauté d'une entente et d'une action raisonnée. »

J'invitais la Commission qui procédait alors à l'enquête sur les Associations ouvrières, à rechercher un type d'association aussi élémenlaire que possible, et qui put seconder cette grande évolution sociale. Ce type, nous l'avions sous les yeux; c'est vous, oserai-je dire, qui l'aviez créé; et il suffisait, pour en arrêter

les traits, de s'inspirer de ce que l'initiative individuelle avait elle-même su faire.

L'enquête sur les Associations ouvrières a soulevé d'abord une certaine défiance. C'était du ministère de l'Intérieur que partaient autrefois toutes les surveillances, et toutes les répressions. On avait de la peine à imaginer qu'il pût devenir une maison amie et ouverte." {On vil.)

J'ai eu. messieurs, le grand honneur de voir peu à peu ces défiances s'effacer, de voir les représentants du travail dans toutes les industries répondre à notre appel, formuler leurs vœu.x, leurs plaintes, dire leurs besoins. Et c'est ainsi que s'est formée chez moi la conviction que c'est par l'association que peut et doit être rétablie l'harmonie entre toutes les forces sociales, et que par elle peut et doit s'accomplir l'évolution qui entraînera le travail vers des destinées meilleures. [Asseniimenl unanime et applaudisseinents.)

La loi de 1884 a rencontré deux espèces d'adversaires. Les premiers étaient de très bonne foi. Ils se rattachaient au passé. On leur avait appris à considérer le travail comme une force immense et tumultueuse incapable soit de se donner des lois, soit de les respecter; ils pensaient qu'il fallait la maintenir dans une impuissance relative en l'émiettant et en la morcelant à l'infini Je pensais, moi, qu'il fallait la coordonner, et la porter à son ma.ximum d'elïet utile.

On me disait alors : « Mais les syndicats n'auront d'autre but que la grève », et je répondais que je savais l'histoire des grèves, que j'avais pu me convaincre qu'elles sont un instrument meurtrier plus encore dans la main qui les dirige que pour ceux contre lesquels elles sont dirigées. Mais j'ajoutais que

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la grève était un droit, et qu'il fallait (,'n définitive choisir entre la liberté ou la tyrannie (Applaudlssemenls.)

On me montrait enfin, messieurs, la loi et la société elle-mùmc débordées par le prolétariat; et je répondais que la société française n'était pas distincte du travail, qu'il s'absorbait en elle comme elle s'absorbait en lui.

Ces raisons, Messieurs, triomphèrent, et, en 4884, la loi sur les syndicats professionnels fut votée.

Elle supprimait toutes lés formalités, toutes les autorisations. Elle rencontra cependant une nouvelle opposition plus ardente. Ceux-là qui se préparaient à exploiter son échec dénoncèrent son succès. Il se fit immédiatement une sorte de départ, de partage, entre ceux qui l'avaient demandée avec bonne foi, avec ia volonté de s'en servir, et ceux qui n'avaient vu là qu'un moyen do plus d'exploiter les passions populaires.

Le travail, Messieurs, n'échappe pas à la loi commune; et, lorsqu'il souffre, il a tout de suite son parasite : ce parasite, c'est le politicien... ( Vive adhé- . s'ion et applaudhsements unani>n<^s)^ c'est le faiseur , d'agitation sociale; ce parasite, c'est le professionnel ■. de la déclamation révolutionnaire. {Nouveaux applau- \ dissements.) j

Ouvrier? pas souvent [On ril) ou, s'il l'a été, il y | a longtemps que ses mains ont perdu les glorieuses 2 cicatrices du travail... [Bravos répétés), ouvrier en | réunions publiques, peut-être ! [Rires.) |

On imagina de faire contre la loi de 1884 des 1 meetings d'indignation, et on vota à mon adresse des 1 ordres du jour de flétrissure. Ils ne m"ont pas beau- | coup ému ; ils m'ont... comment dirai-je?... vacciné | [Rires), et j'ai pu aujourd'hui, d'un œil très tran--^ quille, lire certaines affiches qui demain contribue-

ront, par leurs vives couleurs, à embellir la fête du premier mai. [Nouveaux rires.)

Il y eut, à Lyon, en 1886, un Congrès organisé spécialement pour protester contre la loi des syndicats professionnels, qualifiée de loi bourgeoise. A ce congrès on arbora le drapeau rouge, et la loi sur les syndicats professionnels eut l'honneur d'être traitée elle-même comme le drapeau glorieux qui réveille toutes nos espérances parce qu'il rappelle toutes nos gloires [Applaudissemenls répétés). Or, le président de ce Congrès put dire, sans être démenti, qu'il avait obtenu du fliinistre du commerce un subside de 5.000 francs. A Paris, ce fut une recommandation pour entrer à la Bourse du travail que d'avoir violé la loi de 1884.;.

Elle n'imposait cependant aux membres des syndicats qu'une seule condition : appartenir à la même catégorie professionnelle. Elle était calquée en ce point sur l'organisation même que spontanément les intéressés avaient adoptée. Et combien, en agissant ainsi, l'initiative corporative, ouvrière ou patronale, avait été bien inspirée! Ce n'est pas une condition arbitraire que la communauté de profession, c'est pour les syndicats une condition d'existence, d'avenir et de salut. Si on la méconnaît, on méconnaît la loi de solidarité qui est le lien indispensable. Une association ouvrière ne sera forte que si chacun de ses membres doit nécessairement subir le contre-coup de chacun de ses actes, souffrir ou bénéficier de ses résolutions... Et, si j'ai un conseil à donner aux syndicats, je leur dirai : Gardez-vous de ceux qui ne partagent ni votre travail ni vos souffrances ni vos risques... Gardez-vous de leur confier jamais la direction de vos affaires ! Acclamations prolongées).

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En 18S7, il n'exislait encore que fjOi syndicats régnlièremenlfonslitués. Bientôt la raison reprenait ses droits. En 1890, le nombre des syndiqués réguliers s'élevait à 1:^9.692. En 1897, 2.453 syndicats représentaient 419. n!2 membres.

C'est un grand résultat, mais très insnlfisant encore, si l'on considère surtout à quoi s'est réduite leur action sociale. Le syndicat doit être une association primaire d'oîi essaimeront des associations secondaires.

Avant de montrer ce qu'a été l'œuvre des syndicats ouvriers, laissez-moi vous dire le parti que tiraient de la loi de 1884 les syndicats agricoles.

Leur nombre était porté bientôt à 1.700. Ils créaient toute une organisation en vue de l'acbat en gros, et à prix réduit, des matières premières. — en vue de l'exécution des grands travaux en commun; ils organisaient des caisses d'assurances en cas d'accidents, des ofûces de ventes, des meuneries, des distilleries, des laiteries coopératives; ils organisaient le prêt sur récoltes sans dé|)lacement ni dépôt dans les magasins généraux A l'heure actuelle, ils ont fondé 800 associations de crédit faisant des avances aux agriculteurs syndicataires.

Pendant ce temps, les syndicats ouvriers ne restaient pas inactifs : 280 ont organisé des caisses de secours mutuels; 399, des bibliothèques; 298, des bureaux de placement; 30, des caisses de retraites pour la vieillesse; par leur initiative, 40 sociétés coopératives de consommation et 19 sociétés coopératives de production ont été fondées; ils ont institué des cours d'instruction professionnelle. C'est beaucoup. Ce n'est pas assez.

Ils ont à jouer un rôle décisif dans le développement des associations ouvrières.

De ce côté, un mouvemenl considérable s'est produit et l'élan donné en 1884 ne s'est point amorti.

Il existait, à la fin de 1896, 213 associations ouvrières représentant nn capital versé de 11.715.000 l'r., un chiffre d'affaires de 29 millions de francs, un bénéfice de 2.340.234 francs.

Il résulte de leurs comptes rendus qu'elles ont versé à leurs membres un salaire au moins égal au salaire courant, lequel s'est trouvé grossi par les bénéfices de 17 p. 100. Il n'est pas de grève qui ail jamais donné pareil résultat. J'ai suivi attentivement le mouvement des grèves.. J'en ai vu de justes, j'en ai vu d'injustes, je n'en ai jamais vu de fécondes, i .\fonrem''nl prolonge.)

En 1896, il y a eu 476 grèves. Elles ont entraîné un chômage de 644.168 jours de travail, et, en calculant sur un salaire moyen de 3 francs, une perte de près de 2 millions en chiffres ronds. Si on ajoute l'indemnité de 1 franc par jour distribuée aux ouvriers grévistes, on arrive au chiffre de 2.644.000 francs.

Quel a été le résuhat de cet énorme sacrifice? 11.579 ouvriers ont obtenu une majoration de salaires de 0 fr. 25, soit pour l'ensemble un bénéfice quotidien de 2.894 francs. Le plus simple calcul montre que, pour retrouver les 2.644.000 francs perdus par la masse, il faut compter 900 jours ou trois années !...

Le contraste entre les résultats donnés par l'association et la grève en vue d'obleuir la hausse des salaires devient plus saisissant encore si on n'attache aux exemples fournis par quelques-unes des associations ouvrières.

La « Lithographie parisienne» a distribué, en 1896, 57.734 francs de salaires et 30.987 francs de bénéfices, soit une majoration de plus de 50 p. 100 du salaire normal.

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La Société des charpentiers de Paris a fait en IHUti plus de deux millions d'affaires... Je pourrais multiplier les e.vemples. En voici un encore. La Société <■ Le Travail » formée par des ouvriers peintres a fait, on 189G, 1.0O2.000 francs d'affaires, réalisé un bénéfice net de 105. UOO francs, soit 10 p. 100 et distribué .118.000 francs de salaires.

Ces résultats peuvent-ils être généralisés? Oui, *en eénéralisant les causes auxquelles ils sont dus.

Une institution nouvelle, la Chambre cnumllalivc des associations onvrii'-res, a grandement contribué à Fexpansion de ce mouvement. Formée en vue d'offrir à toutes les sociétés adhérentes des types d'associations vérifiés par l'expérience, de leur épargner ainsi les tâtonnements et les faux pas du début, elle avait, à elle seule, fait surgir 105 associations à la fin de 1896, soit près de la moitié des sociétés ouvrières actuellement existantes.

Elle avait fondé une Banque coopérative qui leur ouvre des crédits, escompte leur papier, assure leur fonctionnement et leur essor. Elle leur a rendu par là un immense service, car le succès ou l'échec tiennent à l'organisation prévoyante ou imprévoyante, rationnelle ou illogique des associations.

On en peut donner comme preuves la Verrerie ouvrière, dont il ne reste que des ruines, les.mines de Monthieux frappées d'impuissance, tandis que la Verrerie stéphanoise a pleinement réussi.

L'expérience de la Verrerie ouvrière mérite d'être rappelée avec plus de détails.

A la suite d'une grève très retentissante, celle de Carmaux, un certain nombre d'ouvriers verriers se sont concertés. Ils ont songé à former une association

ouvrière et à fonder une verrerie dont ils seraient à la fois les ouvriers el les propriétaires.

Ils ont rencontré, messieurs, une très juste sympathie et des concours très généreux.

Ils avaient en mains tout ce qu'il faut pour réussir. Mais ici est intervenu un élément dont il est tout naturel de parler aujourd'hui, et au milieu de vous.

Voilà des ouvriers qui veulent fonder une association, ils recueillent des souscriptions, ils trouvent du crédit. L'usine sera donc leur usine. Ce crédit qu'on leur a fait, ils vont donc en profiter. Oh! non pas; car ici est apparue — et nous allons voir avec quels résultats — la véritable, la grande doctrine collectiviste!

Comme nous ne verrons probablement jamais le collectivisme s'exercer en grand, il n'est pas mauvais de le voir s'exercer en petit.

La fédération ouvrière décida qu« l'usine ne serait pas aux verriers; et, en effet, disait-elle, si l'usine est aux verriers, ils vont devenir de petits capitalistes, de petits patrons! Leur situation s.era meilleure. Que deviendra le Credo collectiviste? L'usine sera à nous, à nous la Fédération. Nous choisirons les dirocleurs de l'usine, nous réglerons ses mouvements, Sun évolution; nous percevrons les résultais; puis nous ferons aux ouvriers qui auront travaillé une éiiuilable ré^ partition. Celait bien là l'application de la théorie collectiviste, et la Verrerie ouvrière d'AIbi a élé, visà-vis de la Fédération, exactement dans les mêmes rapports économiques où seraient tous les établissements industriels et commerciaux vis-à-vis de l'Étal, dans le même système.

Qu'en est-il advenu? x\pros une année de douleurs, on peut dire de misère, après des salaires sans cesse

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amoindris, après des détresses sans nombre, après une tyrannie qui n'avait jamais été si rude à l'ouvrier, de la verrerie collectiviste il n'est resté que des ruines. {ApplaudUsemenls répélés.)

Il appartient aux syndicats, isolément ou par groupes, de faire ce qu'a fait pour la cause d^s associalions ouvrières la chambre consultative de Paris.

Pour qu'ils puissent pour.suivre légalement cette tâche, il faut, sans hésiter, élargir leur capacité.

Il y a moin-i d'un an, après certaines grèves retentissantes, ce fut un lieu commun de dire et d'imprimer que je rêvais Tabrogation de la loi que j'avais fait voter. J'ai répondu à Reims en demandant qu'on élargît les attributions des syndicats et qu'on leur donnât la capacité civile, industrielle et commerciale :

« Nous voulons accroître la puissance du travail, en donnant à l'association des intelligences et des forces les mêmes libertés qu à l'association des capitaux, — la considérer comme un contrat ordinaire et ne la soumettre qu'aux règles qui dominent tous les contrats.

« Dans le domaine spécial de l'association ouvrière, il faut, non pas restreindre, mais élargir la loi sur les syndicats professionnels. S'il est en elle une cause de faiblesse, c'est qu'elle a dû — et à ce prix même, quelles difficultés pour la faire voler! — ne donner aux syndicats qu'une capacité intellectuelle et philosophique. Il faut leur donner une capaciié industrielle et commerciale, et leur permettre ainsi de prendre une place de plus en plus large dans l'essor de notre activité nationale. »

J'ai la conviction profonde que, devenus capables de recevoir et d'employer les capitaux d'épargne, profitant des expériences faites, représentant une solva-

bilité incontestable, les syndicats professionnels doivent devenir des yénéraleurs d'associations o ivrières, les agents décisifs de la grande évolution qui est à mes yeux la solution de l'avenir : l'accession du salarial à la propriéié industrielle et commerciale.

Le mouvement économique qui a tout transformé depuis moins de cinquante ans rend cette évolution possible. Trois faits surtout doivent attirer Tattention.

La nécessité de produire à bon marché a développé rapidement l'importance des entreprises. La fortune d'un seul ne i^lll^t plus à les soutenir. Elles doivent faire appel au crédit, remettre à chaque intéressé un signe, un titre représentatif de sa part de propriété. Ainsi entre de plus en plus en circnla;ion, sous la forme de l'action, la majeure partie du capital industriel; il se fr ctionne, il devient une monnaie de mines, de chemins de fer, de trans|torts, de forges, de filatures, et tandis que nul ne sera ass'^z riche désonnais pour posséder seul une industrie loiite une usine ou tout un comptoir, réparg.ne individuelle sera assez efficace pour en acquérir une Iraction. [Ap/jlaudisstmcnls eA brivos.)

Le second fait, c'est l'abaissement progressif du taux de l'intérêt de l'argent. 11 ne suffira plus bientôt au capital de produire des intérêts, il faudra qu'il s'expose pour produire des gains. Obligé de s'offrir, il s'offrira à un taux de plus en plus bas.

Le troisième fait, c'est la puissance d'épargne du travail. Ce n'est pas ce qu'on appelle, en un certain langage, la féodalité financière qui dépose ses économies aux caisses d'épargne : c'est le travail. {Ap/tlaudissemcnls r<; (•lés.)

Chaque année il leur verse près d'un milliard :

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en 1895, les dépôts se sont élevés à 839 millions, les retraites à 830 millions.

Ce sont là des laits nouveaux, on, tout au moins, de plus en plus accentués, qui ouvrent au travail des voies nouvelles. Pour qu'il s'y engage, une impulsion est nécessaire. C'est aux syndicats qu'il appartient de donner et de régler cette impulsion. Il est nécessaire pour cela qu'ils puissent acquérir, constituer, sans perdre leur physionomie propre, de vastes participations dans lesquelles chacun de leurs membres ait sa part d'intér-^t; qu'ils se groupent, par affinité, en vue de faire en grand ce que la Chambre Consultative, par exemple, a fait en petit; qu'ils tracent à l'initiative collective les règles essentielles au succès de ses entreprises ; que ces groupes constituent des banques coopératives destinées à favoriser le développement des associations et à leur procurer le crédit.

Ainsi, pour rassembler, en terminant, des formules que j'ai trouvées sur ma route, le travail doit s'élever de l'isolement à l'organisation collective; c'est par l'association que peut et que doit être assurée l'harmonie des forces sociales, et que se réalisera sûrement et progressivement l'accession du travail à la propriété; et c'est aux syndicats qu'il appartient de hâter celte grande évolution.

Il y a, dans cet ordre d'idées, une grande tâche à remplir, toute une législation à élaborer; c'est l'œuvre à laquelle il faut convier le Parlement. {Applaudissements prolongés.)

Alors, messieurs, sans bouleversement et sans ruines, sans caresser des rêves qui ne se réalisent jamais, nous aurons fait faire un pas décisif aux problèmes sociaux.

Ce n'est pas là du socialisme, c'est du progrès so-

■cial. Nous ne rêvons pas de supprimer la propriété, mais de la répandre et d'en faciliter la conquête.

Il faudra, dans un avenir prochain, que le capital travaille, et, par une réciprocité certaine, il faudra que le travail possède. {Longs applaudissements.)

Le collectivisme révolutionnaire, en rêvant de supprimer la propriété, poursuit une vaine entreprise, car il se heurte aux instincts les plus profonds de l'humanité, j'allais dire aux forces mêmes de la nature. L'homme tend à la propriété comme il tend à l'indépendance, et lui promettre d'édiûer sa prospérité sur des ruines, c'est, messieurs, ajouter un mensonge à d'autres mensonges, [^^ifs aiiplaudissements.)

Toutes les écoles socialistes qui se sont succédé depuis plus d'un siècle et' demi sont restées impuissantes. Au travail qui s'impatiente et qui souffre, elles répondent : « Patience! Quand nous aurons pris le temps de renverser la société et de la reconstruire, nous améliorerons votre situation. » l/iires imniques.)

Pendant ce temps, messieurs, il n'est pas une infortune, il n'est pas une détresse que le socialisme ait amoindrie ou soulagée.

Notre œuvre est moins bruyante; mais elle est meilleure. Par elle, plusieurs centaines, plusieurs milliers d'ouvriers ont enfin brisé la formule, en apparence inflexible, du Salariat pur et simple. Ils travaillent chez eux; ils travaillent pour eux. L'usine à laquelle ils donnent leur effort est leur usine, l'atelier auquel ils donnent la force de leurs bras est leur atelier 1 Et quand je regarde, messieurs, ce résultat, j'ai la conscience du moins de n'avoir été ni un égoïste, ni un inutile, {liravos et applaudissements.)

Le socialisme révolutionnaire va, par des chemins

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OÙ soufflent la haine et la colère, à la détresse et à la servitude. Nous allons, nous, à la liberté, à la paix sociale, et à l'émancipation! [Applaudiisements ^t hravQS répétés.)

Le Grand Cercle Républicain donnait, le 6 juillet 1898, un banquet où était surtout représenlée la jeunesse républicaine — publicistes et orateurs — qui avait fait campagne dans les récentes élections générales. M. Waldeck Housseaii, dans un toast chaleureux, engagea les nouvelles générations à faire triompher l'éternel idéal républicain.

Messieurs,

C'est la jeunesse qui nous reçoit ce soir, et c'est à la jeunesse que je vous demande de boire. Je salue en elle ces ardeurs généreuses, cette foi confiante, ces longs espoirs, cette volonté dont l'éloquence de M. Cobrat nous montrait tout à l'heure toute la puissance; tous ces dons et toutes ces forces qui l'entraînent vers un avenir que nous aurons souhaité, que nous aurons préparé peut-être, mais que, sans nul doute, il ne nous sera pas donné d'atteindre.

Nos deux générations, séparées, hélas I par trop d'années, sont arrivées à se former les mêmes convictions politiques dans des circonstances et par des raisons bien différentes.

C'est en souflrant de l'oppression que nous avons appris à aimer la liberté. Les tristessiis du moment nous portaient à vivre beaucoup dans le passé. Nous savions bien un peu les discours que Tive-Live a

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placés dans la liouchc d(^s oraltMirs romains, mais nous savions bien mieux l'histoire de la dévolution, les harangues de liarbaroux et de Vergitiaud, nous admirions la fougue de Danton, et nous avions une aversion profonde pour la tristesse de Robespierre. ( Itires et appiaudissKjnetUs. :

l'ius près de nous, la Révolution de 4848 nous attirait : nous aimions à revivre avec Lamartine ces journées de l'Hôtel de Ville où la plus incomparable éloquence savait apaiser les fureurs populaires et relever aussi les courages. Par ces exemples, par une éducation où le sentiment occupait une large place, nous apprenions à tenir l'humanité en grande estime, le peuple en grand respect, et la France nous semblait être, à travers cette grande évolution qui transformait peu à peu la société moderne, l'éternel agent nécessaire et prédestiné de tous les progrès d'où sortira un monde nouveau. [Applaudissements .)

Vous, Messieurs, vous êtes entrés de plain-pied dans un état politique où le Gouvernement se tournait de plus en plus vers un but utilitaire, pratique, où Ion commençait de tout juger par le profit ou par la perte, où le suiîrage universel était de plus en plus incliné vers le réalisme des intérêts, le bien-être apparent, où l'art de se faire élire se substituait à l'honneur d'être choisi. [Rires et applaudissements.)

Gambetta, suspect de vouloir aider à la justice immanente, Ferry, coupable d'avoir fait briller dan» l'Extrême-Orient l'épée de la France que l'on croyait rivée au fourreau par la défaite, tous deux, calomniés, méconnus, avaient disparu. La politique se faisait très prosaïque et, permettez-moi de le dire, très laide. (Très bien! Très bien!). Et vous avez connu le grand péril, auquel vous avez échappé, d'être éloignés

de la vie publique par le dégoût qu'inspirent aisément à votre âge les choses médiocres, intéressées ou vulgaires. N'est-ce point ainsi que plusieurs parmi ceux de votre âge se sont réfugiés dans un dilettantisme sceptique et traitent de lieux communs vieillis tant d'idées, tant de rêves dont nous avons vécu? [Vifs applaudissements.)

Et, en effet, la politique, Messieurs, peut être ou la plus noble des fonctions ou le plus méprisable des métiers. Circonvenir peu à peu une commune, un canton, une circonscription; déchaîner les appétits en promettant de les satisfaire ; aiguiser, exciter les souffrances en promettant de les soulager ; décrier les hommes qui ont le mieux servi la patrie, calomnier ceux qui se refusent à porter, je ne dis point le drapeau, mais la livrée de la démocratie, ce sont là des besognes qui ne sont point pour faire battre des cœurs de vingt-cinq ans. ( Vive adhésion el applaudissements.)

Vous avez été témoins de choses plus décourageantes encore. C'est à coup sur un spectacle peu moralisateur que de voir combien les programmes les plus absolus sont en réalité ceux dont il est le plus aisé de se défaire à l'antichambre de quelque palais national. [Rires et applaudissements.)

Des contradictions toutes récentes tendent des pièges à votre foi. A trois reprises un homme politique a connu la défiance d'une Chambre ; il est chargé de former un ministère ; des négociations s'engagent, on échange des portefeuilles comme des gens qui depuis longtemps n'ont pas eu l'occasion de recevoir échangent des politesses. [On rit.)

Un parti décimé par le suffrage universel, et réduit à 70 unités, est chargé de fournir tout le contingent ministériel.

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Il avait inscrit flans son programme, comme nn article de sa Coi, la nécessité de la révision : il l'offre en holocanste sur raulcl de la cruelle déesse du pouvoir. {JSoui-paii.v rires.)

Il avait affirmé que l'impôt sur les signes extérieurs de là richesse est un expédient dérisoire et digne au plus des progressistes : voici qu'il le préconise.

H avait traité dafTameur un homme d'État qui venait de suspendre les droits sur les hiés ; il les rétahlit sans vergogne. [App/nudUsemenis reppirs.)

Un ministère affirme qu'il se propose de combattre impitoyablement le socialisme, et le socialisme monte à la tribune pour lui jurer obéissance et fidélité. {Hilarité générait'.]

Un ministre déclare qu'il ne se sépare point de ses collègues, et voici qu'un nouveau groupe lui déclare qu'il les soutiendra, mais à la condition qu'il les domine ou qu'il les remplace.

Tels sont les paradoxes qui s'étalent. Di^vant eux, la raison se déconcerte, l'intelligence se refu-e à comprendre, la conscience se trouble et c'est la chronique qui cherche à expliquer l'histoire. [Ap, lavdissemeuts et rires.)

On part de là pour vous dire : Voilà donc ce régime parlementaire si vanté!

Ah! Messieurs, vous n'aurez pas de peine à répondre que de pareils faits — je pourrais dire de pareils phénomènes — ne sont pas les fruits d'un parlementarisme sincère, mais la résultante inévitable d'une longue méconnaissance, d'une longue violation des principes les plus essentiels et des règles parlementaires les plus évidentes.

Wais ce ne sera pas assez. Messieurs, de redresser ce qu'il y a d'erroné dans de pareilles apprécia-

lions. Vous avez à remplir une missioQ plus noble.

Pendant la canapagne électorale, vous avez été partout oîi l'on sollicitait votre concours porter la parole^ démasquer les mensonges, rétorquer les sophismes. Sans négliger celte tâche, il faut porter plus haut votre regard II faut revenir à la tradition de noire parti. Il y aurait une véritable déchéance à continuer de suivre, dans roroière où elle se complaît, la polémique radicale ou socialiste, à opposer toujours au.v promesses trompeuses les engagements que uous avons tenus. Il faut vous adresser aux nobles instincts du pays, élever sou éducation morale. Il faut oser lai dire qu'au dessus des droits il y a des devoirs... {Àppinndisseynents) que lout ne se résout pas en une question de doit ou avoir; il faut lui dire surtout que pour tous les peuples — entendez-le bien — il y a une raison de vivre supérieure à la raison de mieux vivre, de recevoir plus de laveurs ou de supporter moins décharges, que tous ceux qui ne savent pas trouver dans la notion du devoir le courage du sacrifice, périront méprisés et misérables...

Une loi invisible, mais certaine, subordonne la prééminence matérielle à la prééminence morale. Croyez-vous donc qu'une fureur brutale ail seule, pendant des siècles, poussé les nations les unes contre les autres? N'est-ce point qu'en définitive ce qu'on appelle la gloire, et qui ne peut être obtenu que par la complète expansion de toutes les forces inlellectuelles et matérielles, est le meilleur, sinon le seul gage d une sécurité dui-able?

Pariez donc hardiment au cœur, à l'âme de la France, parb-z à son ambition, parlez à sou orgueil! Puisez à pleines mains dans le trésor de son histoire, faites revivre devant elle tous ses jours glorieux, celte

'.'.8 l'OUH LA UK PUBLIQUE

unité viclorieiisc qui ne distinguo pas entre Fontenoy et Vairny et qui continue les Maurice de Saxe ou \(t- Turenne dans les Hoche et les Marceau. (Bravos ni oppla iidissem f, n Is.)

Dites-lui que si, pendant des siècles, des générations ont gémi, souffert, se sont épuisées à assurer son affranchissement, elle doit rendre à l'avenir, et au centuple, ce qu'elle a reçu du passé. Demandez- lui de donner au relèvement de la patrie ses meilleures années et le meilleur de son épargne!

Mettons dans notre politique l'impérissable idéal. (Applaudissements.)

Nous pourrons alors laisser les chantres du radicalisme célébrer les beautés de l'impôt global. Le pays nous départagera.

C'est à la jeunesse républicaine que je bois, et, dans le toast affectueux que je lui porte, je mets tous nos vœux pour l'avenir, toute notre reconnaissance pour le passé. (Applaudissements unanimes et bravos répétés.

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