‹ Pour la RépubliqueChapitre 79 sur 82 · L.V IJOEUTÉ D'KXSEKiXEMEXT iSH · texte numérisé non relu

L.V IJOEUTÉ D'KXSEKiXEMEXT iSH

choses qu'o.sl née la pensée d'un premier expédient; je fais allusion au projet de l'honorable M. Massé.

Oui, beaucoup d'écoles se sont rouvertes; ici, ce sont des laïques qui sont survenus; là, des congréganistes sécularisés, et les débats qui se sont déroulés devant les tribunaux autorisent à tenir pour certain que, de même qu'il y a des sécularisations sincères, il y a ou des sécularisations fictives.

Au lieu de laisser aux tribunaux le soin d'étudier les circonstances de fait et d'en tirer les plus justes conclusions, voici ce que proposait M. Massé :

Comme il était difficile de trouver un critérium immuable de la sincérité des sécularisations, on en a fait une question de lieu, do distance et de frontières. Si le sécularisé demeure dans son ancienne commune, il sera considéié comme jouant une comédie, mais, s'il s'en éloigne, il sera considéré comme irréprochable. {Sourires.) Montesquieu a dit : (* Deux degrés d'élévation du pôle renversent toute une jurisprudence. " Ici, c'est affaire de myriamètres : bonne foi en deçà, comédie au delà.

D'autres ont préféré une solution plus absolue : ce fut ce monopole qui a succombé dans la dernière séance. Comme on était fort embarrassé de discerner quelles seraient les initiatives favorables à TElat et les initiatives qui ne seraient pas favorables, on avait dit : Ecrasons sous la tyrannie de l'Etal toutes les initiatives.

Donc, le monopole a disparu. Le projet de M. Massé est gardé à vue par une commission [Sourlri's), comme certains enfants qui ne donnent pas d'orgueil aux familles. {flUtiîilé générale.)'

Mais il faut faire quelque chose. A toutes les périodes de notre histoire politique, l'opinion ambiante finit par se cristalliser en une formule; celle qui se ron-

'.84 PDLI! LA HKI'l lUJQLE

contre aujourd'hui dans les entreliens d'hommes politiques qui n'appartiennent pas au même groupe que moi, mais qui ont la même foi républicaine, c'est : il faut cependant faire quelque chose. Alors est survenu l'amendement de l'honorable M. Girard, retiré bientôt par M. Girard, mais aujourd'hui représenté, pour la plus grande partie tout au moins, par l'amendement de M. Delpech.

Que proposait M. Alfred Girard? De supprimer l'enseignement de toutes les congrégations autorisées. Et alors, messieurs, quand je tiens compte des résultats de l'observation à laquelle tout le monde peut se livrer, je me demande comment il est possible de tirer si peu de fruit d'une expérience qui constate que, loin de n'être pas assez vaste, l'effort tenté s'étant trouvé audessus des forces dont on disposait, a suffi à les absorber tout entières? Si tant d'écoles sont restées ouvertes, on conclut que c'est parce que l'on n'en avait pas fermé assez!... Et, parce que l'œuvre entreprise, s'étant trouvée trop lourde, est retombée sur nous de presque tout son poids, on nous propose de l'aggraver, de la décupler peut-être.

Je n'exagère pas. Oh! je sais bien qu'on ne manque pas de dire : « Mais de quoi s'agit-il donc aujourd'hui? Il s'agit purement et simplement de l'enseignement secondaire ; après, nous verrons. » Eh bien ! messieurs, je porte le respectueux défi à tous mes collègues d'affirmer que lorsqu'on aura dit : « L'enseignement secondaire est interdit aux congrégations autorisées », on pourra soutenir encore que le droit d'enseigner ne doit pas être nécessairement refusé aux congrégations qui donnent l'enseignement primaire. [Très bien! — C'est vrai! au centre!) Je vais plus loin. Vous partez de cette conception,

vraie ou fausse, que laisser donner l'enseignement par des congréganistes même autorisés tend à blesser la raison, le droit public, et vous aboutissez à ce paradoxe qui me confond : Tous les principes seraient méconnus si des congréganistes autorisés donnaient l'enseignement à de jeunes hommes dont l'esprit est, déjà éveillé sur tant de spectacles, qui peuvent raisonner et qui peuvent se défendre; mais il n'y a aucun inconvénient à ce qu'ils enseignent ces enfants plus petits, qui seraient, bien plus que les autres, la cire molle dont on a parlé. [Approbation sw divers bancs au centre et à droite.)

Cela n'est ni possible, ni raisonnable, et le problème que 'VOUS allez trancher, embrasse nécessairement les deux enseignements. {Nouvelle et vive approbation sur les mêmes bancs.)

Quelles seront les difficultés du problème ainsi rendu à ses termes vrais? C'est la question qu'il faut résoudre.

Combien, monsieur le ministre de l'Instruction publique, aurez-vous d'enfants à recueillir au lendemain du jour où tous les établissements congréganistes sans exception auront été fermés? On a prononcé des chiffres formidables, et s'ils sont vrais, si même ils sont seulement approximativement vrais, tout le monde comprend que vous ne demandiez pas l'ouverture d'une succession dont les charges sont si écrasantes que vous n'êtes pas en mesure de les ac(}uitter.

Combien faudra-t-il de maisons nouvelles? Combien faudra-t-il de maîtres nouveaux?

Nous discutons une question scolaire, tous les orateurs qui ont passé à cette tribune l'ont élevée à de grandes hauteurs, mais, à l'heure où je parle, il n'est pas un d'entre vous qui ait reçu des éclaircissements

48G POUR LA Itl'il'LlJLlgUE

sur un sujet aussi grave. Il ne faut pas en être outre mesure surpris puisqu'on na même pas jugé nécessaire, dans la commission, de les demander à l'honorable ministre de l'Instruction publique. [Trcs bien! très bien! au centre.)

^ Eh bien ' toutes ces choses, le Sénat a le droit de les savoir; je vais plus loin, il a le devoir de les savoir, et je me demande comment un instant il a pu sembler possible qu'un débat de cette importance fût clos par l'adoption d'une résolution qui semblerait, en vérité, avoir été délibérée partout ailleurs que dans cette enceinte. {Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.)

J'ai entendu tout à l'heure avec quelque surprise l'honorable Président du Conseil vous dire : « Mais il n'y a pas d'autre solution qui donne satisfaction à la logique, à la raison, à l'esprit de prévoyance politique; et un gouvernement qui ne proposerait pas cette mesure ne ferait pas son devoir de gouvernement républicain. »

Messieurs, je dis, moi. que la mesure qu'on vous demande d'adopter ne confère au Gouvernement aucune force dont il ne dispose. J'ajoute qu'elle lui a paru inutile, car, dans le projet déposé par le Gouvernement, elle ne figurait pas. (7Vès bien! très bien! au centre.) Je me trompe : il l'avait exclue.

M. LE Président du Conseil. — C'est une erreur.

M. Waldeck- Rousseau. — Je cite de mémoire, monsieur le Président du Conseil; la lecture du texte nous départagera. Vous dites : « Nul ne pourrait ouvrir un établissement privé d'enseignement secondaire s'il n'avait pas souscrit certaines déclarations et notamment cette déclaration qu'il n'appartenait pas à une congrégation non autorisée. »

M. LE Phésident du Conseil. — A quelle date?

M. Waldeck-Rousseau. — Et si cela ne veut pas tlire que le congréganiste dépendant d'une congrégation autorisée pouvait donner l'enseignement, je demande ce que désormais les mots signifient. [Applaudisseme.nts au centre.)

M. LE Phésident du Conseil. — Je demande, moi, à quelle date.

M. Waldeck. Rousseau. — Messieurs, je comprendrais encore ce qu'on nous propose de faire s'il y avait péril en la demeure, si^ d'heure à heure, on devait conjurer un danger présent. N'êtes-vous donc pas armés? Vous ne jugez pas nécessaire de faire ce que la loi de 1901 vous autorise à faire, et vous demandez qu'on vous autorise à faire ce que vous ne pouvez pas faire! {Très bien ! très bien! sur les mêmes bancs.)

Est-ce que, dans la loi de 1901, nous n'avons pas, avec votre concours précieux, fait adopter une disposition qui permet à l'État de demeurer constamment et à chaque instant le souverain juge de la question de savoir si une congrégation doit ^tre maintenue ou supprimée? De sorte que si, dans l'un de ces établissements, vous estimez que notre jeunesse soit en péril, un geste vous suftlt pour qu'il soit fermé, que vous pouvez procéder tout à la fois avec sûreté et avec mesure; et vous voulez vous faire donner une injonction à laquelle vous serez dans l'impossibilité de répondre! [Très binn! au centre.)

Oh ! je sais, messieurs, que la loi de 1901 a beaucoup vieilli. {Soarirf's.) On se plaît à railler son insuffisance, et c'est à son compte que l'on met les échecs subis.

Non, elle n'est pas et n'a pas été impuissante. Elle a produit des résultats, et tout le monde le reconnaîtrait

488 l'(»UU LA |{i:i'LnLlQLE

si nous avions la notion du temps et si nous perdions l'iiabitude de croire, nous, les incrédules, que par la vertu d'un texte législatif on transforme ou on supprime soudain tout un jjassé, tout un présent, toute une époque, la vitesse et la force acquises, et jusqu'aux états d'esprit les plus anciens et les plus invétérés.

Nonl la loi de 1901 n'a pas été inefficace. Non! ce n'est pas en vain que certaines congrégations ont été supprimées. Oh! sans doute, elles pourront tenter, par des artifices, de se survivre pour un temps.

Lorsqu'une source tarit, ses eaux continuent, pendant quelque temps, de glisser dans la plaine; mais bientôt leur courant s'afTaiblit et le lit se dessèche.

Non! ce n'est pas en vain qu'une congrégation ne peut plus ni s'affirmer, ni se recruter. Pensez-vous que les règles monastiques, si rigoureuses, aient été dictées par le seul caprice? Suit ut sunl, formule qui revient à dire que le lien monastique ne se relâche pas sans qu'il se dénoue.

Ce n'est pas en vain que, pour si peu que ce soit, on rentre dans le monde, que l'on participe à ses mouvements, à son agitation, à ses passions, et l'homme ne se mêle pas longtemps à la vie sociale sans lui demander bientôt toute sa part d'humanité.

La loi de 1901 n'est donc pas une loi impuissante; elle l'est si peu qu'elle vous fournit toutes les armes que vous pouvez exiger.

On nous en demande de nouvelles; on nous demande de voter l'amendement de M. Delpech : nous ne pourrons pas le voter. [Mouvements divers.)

Nous ne pourrons pas le voter parce qu'il ajoute à tant d'autres des difficultés plus graves et qu'il ne les résout pas.

En demandant que la question qu'il soulève trouve

sa place dans le projet général qui a été annoncé dans un autre débat, nous ne demandons rien que le Gouvernement n'ait proposé lui-même ; si, pour rester trop attaché à une solution qu'il avait préconisée, nous sommes, par un phénomène singulier, en état d'opposition imprévue, aucune explication ne peut affaiblir la portée de cette constatation que c'est cependant à la déclaration ministérielle lue, il y a huit jours, à cette tribune, que reste empruntée la solution que nous demandons au Sénat d'adopter. [Applaudissements répétés au centre et sur divers bancs à gauche.)

AKNEXES

M. Waldeck-Rousseau et l'affaire Humbert.

L'affaire Humbert éclata à la veille même des élections générales de mai 1902. Dès la réunion de la nouvelle Chambre, une demande d'interpellation sur ce gros incident judiciaire fut déposée. M. Waldeck-Rousseau, qui venait de remettre sa démission au Président de la République et qui allait partir en voyage hors de France, crut utile d'écrire un résumé de cette affaire et de le remettre, avec des documents annotés, à l'un de ses anciens collaborateurs avec mission d'en user, si besoin était.

Ce dossier ne fut pas utilisé. Il s'ouvrait par un télégramme circulaire de la Sûreté aux commissaires spéciaux, daté du 9 mai 1902, Jour de la fuite des Humbert, à cinq heures du soir. En marge, M. Waldeck-Rousseau avait écrit celte note :

J'ai appris le départ des H. à quatre heures, en revenant d'une promenade. J'ai fait envoyer de suite le télégramme ci-joint :

Suit un télégramme de service sans intérêt.

(1) Les documents qui suivent, extraits des papiers de M. Waldeck-Rousseau, ont été publiés par sa famille, quelque temps après sa mort, uniquement pour répondre à certaines critiques ou fausses intTprétations de ses actes et de sa pensée.

4'J4 POUH I.A liKI'riUJQUE

La noie suivante est en marf,'o d'une réquisition du procureur de la R(''[)ublique du même jour, 9 mai 1002. à la Si'ireté pour la prier d'assurer la tran-rnission d'un téléfiramme circulaire du Ju^o (rinstruçtiuu :

Le télégramme de la Sùrelé était parti depuis trois heures quand le ministère a reçu la réquisition du procureur de la République. Apartirdoroiiverlure de l'instruction nous ne pouvions plus qu'exécuter ses ordres.

M. Waldnck-Rousseau a t''crit au crayon la note suivante sur une cote qui enveloppait les noies détaillées qu'on va lire et (^uM avait écrites de sa main à l'adresse du préfet de police et de la chancellerie :

Très irrité de voir que le cambriolage des Vives- Eaux avait été possible, bien que l'airaire fût alors entièrement dans la direction du Parquet, j'ai rédigé le 18 mai les notes ci-incluses, qui témoignent de ma mauvaise humeur.

(Je me rappelle très bien avoir prié, dès avant cette date, M. Herbanx* de venir me voir et de me dire quelles mesures on prenait pour retrouver les fugitifs. Il me mit au courant de tous les télégrammes envoyés).

(Aote remise par moi le 18 mai.)

Prière à M. le préfet de police de m'adresser d'urgence un rapport en répoQse aux questions suivantes :

Quelles instructions ont été données par I« Parquet au chef de la Sûreté pour rechercher les Hurabert? — Quelles dispositions a-t-il prises de sa propre iaitiative?

Uu certain nombre de personnes étaient à leur service depuis longtemps, et avaient leur confiance:

Page 1