‹ Pour la RépubliqueChapitre 81 sur 82 · Paul Bert, cocl. loc. par · texte numérisé non relu

Paul Bert, cocl. loc. par

ses temples, mais laissée absolument libre, retrouverait bientôt une richesse personnelle qui lui fait aujourd'hui absolument défaut, une influence politique? qui chaque jour s'en va diminuant, et reconquerrait tous ces édifices dont on l'aurait chassée, toutes ces situations privilégiées dont on l'aurait violemment dépouillée. »

Il faut donc qu'il y ait des rapports...

Quels peuvent-ils être? Ils ne peuvent dériver que de la convention ou, à défaut d'un régime contractuel, de sanctions pénales.

Loi de police des cultes? Personne n'en a jeté les bases ni donné la formule...

Ce qui est permis au citoyen, défendu au prêtre?... Yaura-t-il, à son égard, des délits d'opinion? Paroles tombées de la chaire — paroles tombées de la tribune des réunions? Etablira-t-on des incapacités personnelles..., une capitis diminutio?

La loi pénale punira-t-elle la nomination d'un prêtre par le chef d'une église que la loi civile ne connaît pas ?

Et si on abandonne toute cette force incommensurable à sa propre gravitation... par l'Église libre... une anarchie catholique dans un Etat impuissant.

Est-ce à dire que la société civile doit rester indéfiniment rivée au régime des Concordats? Je ne le pense pas. La séparation se fera; elle se fait par l'action lente et presque invisible du temps sur l'état des «sprits, sur l'étal des mœurs, par le progrès insaisissable, mais certain, de l'esprit de discussion, de contrôle, de critique ot d'analyse, et par la nécessité même pour le catholicisme d'évoluer vers cette conception plus moderne, qui à déjà ses apôtres, de la séparation de la conscience politique et de la conscience religieuse.

Mais, en pareille matière, quand il faut compter avec des croyances, des traditions, des habitudes, ur) atavisme séculaire, profondément enraciné, il faut, pour espérer d'une brusque mesure législative une soudaine transformation — il faut avoir les illusions et l'inexpérience parfois incorrigibles, et l'imprudence des esprits purement spéculatifs qui croient à la toute puissance du verbe légiférer. On change, par une loi l'assiette d'un impôt, des divisions administratives; on ouvre à l'activité libre des hommes de nouvelles issues ; on fournit à la prévoyance de nouvelles formules ; on modifie l'organisation d'une armée — on ne transforme pas les hommes, on ne fait pas la conquête des esprits. C'est l'œuvre patiente du temps et de la réaction qu'exercent sur la mentalité d'une nation toutes les mesures successives qui élargissent le champ des conquêtes intellectuelles.

Ces considérations et ces chiffrer féconds en conséquences fourniront des conclusions de plusieurs sortes.

S'il est une question dont on puisse dire qu'elle n'est pas mûre, c'est celle-là. Pourquoi alors cette obstination à la jeter sur la route de tous les gouvernements... à faire apparaître constamment une menace qu'on n'est point en mesure de réaliser?

Comment ne pas niôtlre en présence la vanité et la stérilité -— non de certaines réformes — mais de certaines agitations, et le poids dont elles ont pesé sur l'évolution même que l'on voudrait seconder? Le parlementarisme a été, et il est encore, violemment attaqué; mais le véritable péril pour lui n'est pas dans ces attaques ; il est dans les fautes qu'il peut commettre, et il n'est pas de faute plus grave, et au point de vue de la paix morale et au point de vue de la sécurité des

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intérêts, que d'agiter incessamment ou des problèmes financiers, ou des problèmes moraux, dont la solution reste lointaine, que de voler sans cesse des motions ou des résolutions quand on est dans l'impuissance de faire une loi, que cet art détestable de menacer loutle monde et de ne satisfaire personne.

S'il y a, dans l'état de l'opinion, quelque hésitation; dans l'épargne, de la timidité; dans l'esprit d'entreprise, un temps d'arrêt, c'est parce qu'on a, comme à plaisir, soulevé plus de difficultés qu'il n'est permis d'en surmonter dans un laps de temps mesuré.

Les procédés que je combats, celte politique hâtive, imprévoyante, fertile seulement en équivoques, peu favorable à l'action d'un parti républicain désireux de rester uni et non de se'diviser et de se subdiviser, n'a jamais été la politique du Sénat. Je lui demande, en ne lui faisant pas de- nouveau sacrifice, de rester fidèle à la haute conception q l'il a de son devoir d'initiative et de contrôle, el par laquelle il n"a pas cessé d accroître son autorité dans le pays.

Déclaration devant le Sénat.

Ceci est une analyse de la déclaration faite, le 29 janvier 1903, devant le premier bureau du Sénat par M. Waldeck-Rousseau. Elle était destinée à la presse, mais son auteur lui en substitua une autre plus brève. (Voir plus haut, pages 452 et 453, celte deuxième version.)

Les projets soumis au Sénat sont conformes à l'esprit de la loi de 1901, aux déclarations du Gouvernement, esprit et déclarations qu'aucun incident ne doit faire perdre de vue.

La loi de 1901 na pas pour objet de supprimer les congrégulions. Une proposition tut déposée, en ce sens, devant la Chambre : le Gouvernement l'a combattue et la Chambre l'a repoussée.

Elle a pour objet de les soumettre au contrôle de l'État. Elle confie aux pouvoirs publics le soin : de vérifier le but qu'elles poursuivent et l'utilité qu'elles présentent; de mesurer leur développement; de concilier l'exercice des droits individuels avec les exigences de l'ordre public.

L'appréciation variera « suivant le degré d'intérêt ou d'utilité que présentent la congrégation ou l'établissement congréganiste, le caractère de son œuvre ' ».

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