NI SCEPTICISME, NI IMPATIENCE
{Préface du livre de M. Mcrignhac sur la Conféret de 1S99)
L'auteur qui écrira Fliistoire du xix'' sièç apercevra-t-il nettement Timportance de Conférence internationale de la Paix? Donner? t-il à cette grande manifestation pacifique, re tée quelque peu inaperçue du grand public,|. place qui lui convient; et ne sera-t-il pou tenté d'attirer, à son détriment, l'attention si les événements retentissants qui l'ont suivi tels que la guerre du Transvaal et le soulèv» ment de la barbarie chinoise contre la civil is tion européenne? Non, à coup sûr, s'il y a t
à la fois Finstinct du philosophe, du phi- Ihrope et du juriste.
]omme philosophe, l'historien de la Confé-
ice de la Paix saura mettre en lumière, ainsi
il conviendra, la haute portée de la concep-
n nouvelle d'après laquelle les peuples, hier
:ore isolés, sont aujourd'hui réunis par une
idarité mutuelle qui leur fera dire d'eux-
îmes ce que le poète disait de son semblable :
lil hiimamtm a me alienum. C'est ce principe
solidarité internationale qui est à la base
la Convention pour le règlement pacifique
5 conflits internationaiix ; c'est lui qui a ins-
é les décisions arrêtées par la troisième Com-
I ssion, et spécialement l'article 27 dont nous
ions à citer ici le texte : « Les Puissances
jjnataires considèrent comme un devoir^ dans
I cas oii un conflit aigu menacerait d'éclater
i tre deux ou plusieurs d'entre elles,^ de rap-
1 1er à celles-ci que la Cour permanente leur
t ouverte. — En conséquence. Elles déclarent
le le fait de rappeler aux Parties en conflit
108 RÉSULTATS DES DELX COMŒUENCES
les dispositions de la présenle Convention, el le conseil donné, dans l'intérêt supérieur do h Faix, de s'adresser à la Cour permanente, m peuvent être considérés que comme actes de bons offices. »
Comme philanthrope, Thistorien de l'œuvre de La Haye ne pourra que donner une adhésior sans réserve à l'ensemble des Déclarations e Conventions votées le 29 juillet 1899. Ave( Dunant et Moynier, il louera tout ce qui a ét( si heureusement réalisé dans la sphère de k Croix-Rouge maritime; avec Rom b erg- IN isard il appréciera à leur juste valeur les améliorations notables apportées à la condition des pri sonniers de guerre; avec Frédéric Passy, Steat et la baronne de Suttner, il applaudira au> etTorlH généreux qui, entre autres créations heureuses, ont amené l'institution de celti Cour arbilrale que réclamaient depuis si longtemps les pacifiques, qu'avait vainement cher ché à organiser la Conférence inlerparlementaire de Bruxelles. Sans doute, il constater;
i;LSi;i;rATS DE la COXFÉHENCE de 1890 160
on pouvait aller plus loin en décrélant l'ar-
ragc obligatoire, dont le domaine d'abord
■itreint élait susceptible d'une extension incal-
lable! Mais il se souviendra que lare'sistanco
éductible d'un seul vint sur ce point para-
;er toutes les bonnes volontés réunies. Et,
'tiant en balance, d'un côté les résultats
[enus, de l'autre ceux qui auraient pu l'être,
reconnaîtra, dans son jugement impartial.
0 les premiers ne sauraient être effacés par
isucccs des seconds.
Gomme juriste enfin, celui qui analysera le?
1 vaux des diplomates réunis à la Maison du
[is par rinitialive de l'Empereur Nicolas li
\ iirra constater qu'en volant les trois conven-
ns sur les lois et coutumes de la guerre
^si bien que sur la médiation et l'arbitrage, i élaborant ainsi une codification qui ne Con-
I Qt pas moins de cent vingt-sept textes de
I id, la Conférence de La Haye est parvenue à
! blir, pour régler ces matières, des principes
1 tains là oii n'existaient auparavant que des
usages et opinions plus ou moins vagues. 0} regrettait, avec raison, que le Droit des gen n'eût été encore codifié en aucune de ses par ties essentielles. On déplorait que le profes seur, dans sa chaire, le diplomate, dans k congrès, l'arbitre, à son tribunal, n eusser aucun guide sûr et fussent eu quelque sort livrés aux seules inspirations de leur cob science, alors que la gravité des problème s'agitant entre les nations réclamait des règle fixes et précises. Désormais, ces regrets < ces critiques ne pourront se produire qv plus rarement. Sur des points importants d Droit des Gens, la codification est faite; < si, en exécution des vœux émis à La Hay< d'autres Conférences suivent celle de 18Î dans le chemin tracé par celle-ci, la codii cation générale parviendra certainement s'accomplir.
Cet esprit à la fois philosophique, philai thropique et juridique, indispensable pour bit se pénétrer des résultats obtenus à La Haye '
es mettre en lumière, anime, comme on s'en 'endra facilement compte, l'ouvrage de M. Mé- 'ignhac. Le jurisconsulte que ses travaux antéûeurs bien connus sur l'arbitrage indiquaient eut naturellement pour devenir l'historien et e commentateur do la Conférence de la Paix ii'est point de ceux qui estiment que lout a été manqué parce qu'on n'a point réalisé tout ce qu'on avait d'abord espéré. N'hésitant pas h critiquer, avec cette entière liberté d'esprit et sette franchise d'allures qui sont toujours le propre de l'enseignement supérieur français, les points pour lesquels il croit qu'on aurait pu faire différemment ou mieux, il met en lumière le chemin parcouru et à parcourir, le but atteint et celui qui reste à atteindre. Son livre sera d'une lecture utile à la fois pour le grand public, qui saisira vite, grâce à lui, les lignes principales de nos délibérations, et pour les travailleurs, qui pénétreront avec lui dans les détails et se mettront exactement et facilement au courant de l'état actuel du droit interna-
172 HÉSULTAÏS DES DEUX CONFÉKENGES
tional sur les questions tranchées par la Con férence de la Paix.
La part que nous avons personnellemen prise aux travaux de la Conférence nous ; permis d'apprécier, en pleine connaissance d' cause, avec quelle fidélité et quelle scrupuleus netteté de vue M. Mérignhac avait su rendr la physionomie exacte de nos délibérations Sur les points les plus importants et spéciale ment à propos de l'organisation de la Cou arbitrale, de la préférence à donner au jw'i international sur une magistrature de carrièi^ inamovible et permanente, nous nous somme: rencontré avec lui en parfaite communaul» d'opinion. Et c'est précisément cette similitud» d^idées qui nous a fait accepter avec un vi plaisir la proposition de présenter au public dans les quelques lignes qui précèdent, 1< Commentaire des travattx et des résolution di ta Conférence de la Paix.
L'un des publicistes qui ont le plus ardemment soutenu la cause de la Paix nous deman-
lŒSLLTATS DE LA CONFÉRENCE DE 1899 173
dait, il y a quelques mois, quel devait être le sentiment des hommes éclairés sur les résultats de la Conférence. Nous lui répondîmes simplement ces deux mois : « Ni scepticisme, ni impatience. » Il nous semble qu'après la publication du beau livre de M. Mérignhac, cette réponse sera celle de tous les lecteurs de bonne foi.