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LA CONSCIENCE UNIVERSELLE

A roccasion du banquet du 28 novembre 1904 offert par le Groupe parlementaire français de l'Arbitrage international en l'honneur des Délégués des Parlements Scandinaves, M. Léon Bourgeois adressa la lettre suivante au Président du groupe, M. d'Estournelles de Constant :

Mon cher Sénateur et Ami,

Jamais, plus vivement qu'aujourd'hui, j^ n'ai regretté d'être retenu loin de toute manifestation publique. J'aurais été, en effet, pro-. fondement heureux d'être auprès de vous, comme nous fûmes côte à côte à La Haye, pour recevoir la délégation que les trois parlements

càndinaves font au parlement français Fhonleur de lui envoyer pour témoigner de l'estime 't de la sympatliie réciproques qui chaque jour 'accentuent entre leurs patries et la nôtre, et )Our rendre hommage aux principes de justice t de solidarité internationales pour lesquels lous avons lutté de notre mieux à la Conférence le la Paix. •

Que de chemin parcouru depuis cette année 899 où beaucoup, même parmi les esprits les dus libres, traitaient de chimères les espéances fondées sur les conventions de La Haye ! 1 a fallu deux ou trois ans pour qu'un premier raité d'arbitrage fût signé entre deux grands )ays en exécution de ces conventions. Mais, lepuis, c'est presque chaque jour que nous ipprenons la signature de quelque nouveau raité de ce genre, et l'on peut prévoir le temps )ù la législation internationale enveloppera îomme d'un réseau pacifique l'ensemble des ïeuples civilisés.

'Et quel triomphe plus éclatant encore de

nos idées dans cette convention toute réceift par laquelle la Russie et l'Angleterre vienner de soumettre à une Commission d'enquêl* constituée conformément aux articles de l Haye, ce grave incident de Hull, d'où pouva sortir la plus terrible des conflagrations!

Certes, l'œuvre qui reste à faire est immensi Il y faut travailler sans cesse, et sans cesf chercher les moyens de développer, de perfe< tionner, de rendre plus eflicace et plus rigoi reux ce droit nouveau de la paix dont h bienfaits se font pour la première fois seat au monde.

Et c'est pourquoi nous devons applaudir rinitiative récente du Président des États-Un, d'Amérique et nous réjouir de l'accueil dei fait par tant de puissances à son générei projet.

Mais les bons ouvriers de celte grande tàch si rares il y a cinq ans à peine, sont aujou d'hui légion Au-dessus des gouvernemen eux-mêmes, une puissance souveraine a pr

naissance, qui disposera bientôt des destinées du monde. Il a toujours existé une puissance de l'opinion, mais on n'entendait par là qu'une force passagère et dont la direction variait sans cesse selon les passions ou les intérêts du moment. La puissance nouvelle est née d'une tout autre origine; elle doit porter un a utre nom : elle s'appelle /a conscience universelle ; ell^ puise ses inspirations dans les principes mêmes de la morale et du droit; elle en a la fixité et la force, et c'est à eux qu'elle doit sa constante et bienfaisante action.

C'est là qu'est la signification profonde de la visite que font à la France nos collègues du Danemark, de la Suède et de la Norvège ; c'est là ce qui doit doubler pour nous la joie de les recevoir. Nous les saluons comme ils doivent l'être, non seulement comme les délégués de leurs parlements et de leurs pays, mais encore comme les représentants de cette conscience universelle dont nous nous efforcerons avec eux d'assurer l'empire sur le monde.

Je sais, mon cher Ami, que les pensées qu< j'exprime imparfaitement ici sont les yôtrese que nul n'en saurait être l'interprète plu; éloquent et plus convaincu. ^

Voulez-vous en transmettre l'expression |i nos collègue^ et agréer, pour eux et pour \om l'assurance de mes sentiments les plus dévouée

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