‹ Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907Chapitre 23 sur 29 · Bequiem.'i.. Mon Fbanc-Pahler, 3' série · texte numérisé non relu

Bequiem.'i.. Mon Fbanc-Pahler, 3' série

(32 François Coppée et les Aveugles.

Bien que nombreux nous nous perdions dans rimmense aftluence. Les si larges voies qui mènent directement de Saint-Francois-Xavier au cimetière Montparnasse étaient absolument remplies d'une foule compacte mais silencieuse, presque recueillie. Elle voulait rendre un respectueux hommage à lami des « Humbles », au poète de cœur qui disparaissait et dont tant de gens gardent quelques vers en mémoire.

Pour nous qu'il voulait bien appeler ses amis, que de souvenirs occupaient notre pensée en suivant ces boulevards, les mêmes qu'il avait suivis si souvent, à des heures bien différentes de sa vie et dans des états d'esprit si divers, au cours de ses fructueuses llàneries d'où il rapportait tant d'observations, tant d'idées fécondes!

Nons traversions la rue Oudinot,... la rue Duroc... Nous passions devant llnstitution des jeunes aveugles, sous les fenêtres de cet ancien salon de Joseph Guadet qui retentit des vers du Passant bien avant que la célébrité ne fût venue à Coppée, et alors qu'il lui était réconfortant de se sentir compris et applaudi par un auditoire restreint mais éclairé.

A chaque instant, je me rappelais : c'est ici que je le rencontrai tel jour; c'est là qu'il me dit telle

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chose... Et partout, l'idée me venait que, peutêtre bien, tel aveugle du quartier. Taisant actuellement partie du funèbre cortège, avait, un jour qu'émancipé de son guide, il voulait traverser un de ces boulevards, été aidé par un passant discret et secourable qui n'était autre que le grand poète, flâneur bienfaisant.

Mais bientôt sonnèrent les coups de cloche qui annonce l'arrivée d'un « convoi » au cimetière, et le gravier de l'allée grésilla sous nos pieds; nous entrions dans le « Champ d'Asile ». Pourquoi ce doux vieux nom est-il abandonné?

Ils sont nombreux les bienfaiteurs des aveugles qui ont leur tombe ici : la Mère Anne Bergunion et l'abbé Juge, fondateurs de la Congrégation des Sœurs aveugles de St-Paul et, avec eux, combien de religieuses de la même Communauté, parmi lesquelles les deux victimes du Bazar de la Charité, le Père Gaétan, puis J. Guadet, Gauthier, Siou, M^i'" Cailhe, Joseph Levitte, M"^'' Bassot, etc., etc.

En mai, le cimetière est plein de parfums, de fleurs et de chants doiseaux qui, abrités dans les grands arbres, ne semblent nullement effarouchés par les visiteurs, si nombreux soient-ils.

Coppée avait absolument interdit les discours.

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Les oiseaux et les fleurs étaient donc seuls à parler : ils le faisaient gracieusement, prodiguant chants et parfums pour saluer le poète, leur ami, qui venait dormir parmi eux.

Aux jours de la Toussaint, quand nous revien drons ici, les fleurs de printemps seront passées, les oiseaux seront partis, et nous trouverons le « Champ d'Asile » tel que Coppée le vit en ces dernières heures d'octobre dont il avait gardé un si intense souvenir :

Quand je vais visiter le tombeau de ma famille*, je retrouve ce coin de cimetière tel tju'il était il y a trente ans. Les arbres ont grandi, voilà tout.

Très souvent, dans Paris, je ne reconnais plus une rue, même tout un quartier. La pioche du démolisseur et la truelle du maçon ont chan^-é le décor devant h^fjuel ma mémoii'c évoquait mes rêves et mes sentiments du passé. Mais, à Montparnasse, près de Fancien moulin tapissé de lieirc, tout est resté de même. Chose mélancolique! Il n'y a plus que ce lieu funèbre où je puisse me rajeunir un pi;u par le souvenir.

i.'auti-e joui', apics avoir prié devant la j)icrre

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