DU SCULPTEUR AVEUGLE VIDAL
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année, vous voulez les augmenter encore par vos largesses, et, cette année, comme l'année dernière, voilà que les termes me manquent pour remercier notre chère bienl'aitrice. M™" Davaine, de son nouveau don de cinquante mille francs. Elle accueillera avec bonté l'expression très émue de notre reconnaissance, et j'ose promettre une récompense encore plus douce à sa bonne action : c'est la pensée que son nom est béni par tous les pauvres aveugles et qu'ils le répètent tendrement dans leurs prières.
Cependant, malgré les sources inépuisables de générosité qui entretiennent l'Association Valentin Haiiy, malgré la sagesse avec laquelle elle est administrée, malgré le zèle et le dévouement de tous ceux qui s en occcupent et surtout de l'admirable homme de bien qui en est l'âme, M. Maurice de la Sizeranne, chaque année, vous reconnaissez, non sans tristesse, combien votre budget est insuffisant devant tout le bien qui reste à faire. Beaucoup d'excellents ouvrages de littérature et de musique ne figurent pas encore au catalogue de votre bibliothèque; à tous vos clients vous ne pouvez pas, suffisamment du moins, assurer du travail ou distribuer des secours; et tout à l'heure encore, n'avez-vous pas eu le cœur serré, quand
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votre rapporteur vous a dit qu'à Chilly-Mazarin, dans l'asile des plus à plaindre de vos protégés, il n'y a que quatorze fillettes et pas un seul petit garçon?
Hélas! c'est là le constant sujet d'inquiétude de toutes les œuvres de bienfaisance, et moi qui ai pour rôle et pour devoir de vous le rappeler tous les ans, je suis à peu près dans l'état d'àme des disciples de Jésus, alors qu'ils se demandaient comment nourrir la foule qui avait suivi le divin Maître i)our écouter sa parole dans le désert. Comme eux, je dirais volontiers : « Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons ». Mais j'aurais grand tort de manquer de confiance. Car je n'oublie pas que, maintes fois déjà, j'ai assisté à la multiplication de vos bienfaits et je sais que votre charité fait des miracles.
Pour l'extension de notre OEuvre, Mesdames et Messieurs, j'ai d'ailleurs à vous annoncer une très bonne nouvelle. Grâce à la généreuse hospitalité du Petit Journal, qui veut bien nous prêter sa salle des fêtes, nous offrirons au public parisien, les 15, 16 et 17 de ce mois, c'est-à-dire dès aprèsdemain même, de 2 à 6 heures, des auditions musicales dont l'exécution sera due exclusivement à des artistes aveugles, et nous lui montrerons-—
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spectacle plus nouveau et extrêmement curieux — un atelier d'aveugles des deux sexes agissant et
travaillant.
On pourra se convaincre alors que beaucoup d'entre eux, sur lesquels on s'apitoie volontiers, mais en les considérant comme incapables d'une besogne utile, ne méritent pas d'être aussi légèrement classés parmi les non-valeurs sociales.
Allez, ces jours-ci, au Petit Journal et entraînezy vos amis. Tous seront stupéfaits, je n'en doute pas, en voyant combien peuvent se développer les autres sens chez celui à qui manque la vue, et en admirant les progrès accomplis depuis le temps lointain où Diderot s'émerveillait devant l'aveugle du Puiseaux enfilant une aiguille.
A votre exposition de mardi, des aveugles liront et écriront d'après le système Braille, montreront des cartes géographiques, accorderont des pianos, manieront l'appareil dactylographique, joueront aux cartes, aux dominos, aux échecs. D'autres, les musiciens, toucheront du piano, de l'orgue, déploieront leur virtuosité sur toutes sortes d'instruments, exécuteront, le jeudi 17, à 3 heures, un véritable concert.
Cette partie intellectuelle et artistique de notre exposition n'étonnera le public qu'à demi, sans
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doute. Il sait depuis longtemps que, dans le domaine de la pensée et de l'art, un grand nombre d'aveugles sont allés très loin, ont atteint même les régions supérieures. Mais où la surprise des visiteurs deviendra très vive, c^st quand ils verront des hommes et des femmes aux yeux éteints exercer, à force d'attention et par la force de l'habitude, un certain nombre de métiers manuels dans lesquels il ne se montrent ni moins prompts ni moins habiles que les clairvoyants.
Là seront groupés, sous la direction d'un de nos collaborateurs les plus zélés, M. le comte de Marcieu, des ouvriers et des ouvrières aveugles garnissant des chaises de paille et de canne, fabriquant des sacs en papier, des brosses, des filets, de la vannerie, cousant, tricotant, que sais-je encore, et vendant aussi bon marché qu'ailleurs, au « prix du commerce », les objets sortis de leurs mains.
Leurs mains! Laissez-moi m'arrêter sur ce mot et me rappeler la locution dont le peuple se sert pour désigner un aveugle : << Il n'y voit plus qu'avec ses mains! » On ne l'entend guère prononcer, cette petite phrase, que nur le ton de la pitié ; elle veut dire que le malheureux dont on parle ne peut se servir que de ses mains pour se
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g-uidor à talons dans^ les ténèbres auxquelles il est condamné pour toute sa vie.
Eh bien, allez les observer à notre exposition, ces mains de l'aveugle, d'une physionomie si attachante, ces mains bien plus sensibles, bien plus impressionnables que les nôtres et où semble s'être réfugié quelque chose du sens qu'il a perdu. Ce ne sera pas alors seulement de la compassion que vous éprouverez. Non, ce sera d'abord, sansdoute, le respectetla reconnaissance qui sont dus à la main du travailleur, puisqu'elle pourvoit à tous nos besoins ; mais à ces sentiments se mêlera une admiration attendrie devant l'aveugle, devant l'infortuné qui serait en droit de ne demander son pain qu'à l'aumône, mais qui fièrement, noblement, veut le gagner de ses mains, et tâche qu'elles égalent celles du clairvoyant en activité, en adresse, en courage.
J'attends beaucoup pour notre OEuvre, Mesdames et Messieurs, de ce spectacle saisissant et, comme on dit aujourd'hui, de cette leçon de choses. Elle nous attirera de nouveaux bienfaits et permettra à notre chère Association Valentin Haûy de franchir quelques étapes de plus vers son but principal, qui est de faire vivre de leur travail les aveugles en aussi grand nombre que possible.
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Tâche bien difficile, à coup sur, et qui, en dehors des obstacles accoutumés, en rencontre parfois d'inattendus. Cette année, par exemple, la fermeture des écoles tenues par des religieuses a privé de leur emploi plusieurs jeunes filles aveugles qui y donnaient des leçons de musique. C'est une douleur et une tristesse de plus, en ce temps où nous en sommes accablés.
Mais vous nen sentirez pas, j'en suis certain, le moindre découragement. Dans la république des fourmis, quand le pied brutal dun passant a détruit leur demeure commune, les laborieux insectes se mettent immédiatement à la besogne pour la reconstruire. Il en est de même chez les gens de bien comme vous. Quand le mal est accompli en votre présence, vous le déplorez, mais sans perdre une heure à vous plaindre, infatigablement, vous entreprenez aussitôt de le
réparer.
Courage donc, et poursuivez votre route. Vous êtes guidés par une étoile qui n'est visible qu'aux yeux de l'âme et dont vos chers aveugles peuvent, comme vous, contempler la splendeur : l'étoile de la charité chrétienne. Quoi qu'on dise et qu'on fasse, on ne l'éteindra jamais, cette étoile divine; car, en la suivant, on est sûr d'aller vers le bien
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et, comme l'astre voyageur qui mena les Mages d'Orient vers Bethléem, elle nous entraîne vers Celui qui changea la vieille humanité, il y a dixneuf siècles, en lui dictant cette douce loi : « Aimezvous les uns les autres ».
Assemblée générale du 11 mars 1906.
Mesdames, Messieurs,
J'ai d'abord des excuses à vous faire. Une série de bronchites m'ayant exilé loin de Paris, l'hiver dernier, je n'étais pas là le jour de l'Assemblée générale de notre chère Association. Mon ami Denys Cochin, qui est un orateur du plus haut talent, m'a remplacé très avantageusement pour vous, je n'en doute pas. Les regrets sont donc pour moi seul ; car, d'abord, j'ai été privé du plaisir d'entendre Cochin et de l'applaudir, et puis cela ma manqué, je vous assure, de ne pas voir, groupés devant moi, les sympathiques visages de nos fidèles amis et de nos inlassables bienfaiteurs.
Je les retrouve avec joie aujourd'hui. Mais à mon bonheur de les reconnaître se mêle, comme d'habitude, un grand embarras, celui de trouver, pour eux, une formule de reconnaissance que je n'aie pas plusieurs fois répétée.
Voilà M°^^' Davaine. Sans elle, notre budget,