‹ Pour les belles personnesChapitre 15 sur 28 · LE MARQUIS DE VIANE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE VIANE

Il rentra chez lui, un peu avant le jour, très ivre. Oh ! se tenant bien sur ses jambes, trouvant, sans hésitation, le bouton des portes : la chemise à peine froissée, la cravate pas défaite. C'est bon pour les ouvriers qui reviennent de chez le marchand de poivre, de tituber, de vouloir enfoncer la clef dans le mur, d'être un tas de loques déchirées. Un clubman ne ressemble pas à un malotru. Il j

a cette légende de Gavarni : « Arsouille, tant qu'on voudra, mais, canaille, jamais. » Cette nuit-là, cependant, le marquis de Viane était un peu plus soûl qu'il ne convient, oui, soûl, à cause des vins mêlés, et de cette fille qui le trompe avec tout le monde, et de la déveine aubaccara. Des tournoiements sous le crâne, une pesanteur dans la poitrine. « Je ne vais pas bien, disait une fois au docteur Delton un viveur enfin mal en point ; il me semble que j'ai un poids sur Pestomac. — Dites sur la conscience », répondit l'illustre praticien. Il est fâcheux qu'on ne puisse pas vomir les remords. Le marquis de Viane était tout à fait mal à l'aise. 11 entra, — la première fois depuis un an, — dans la chambre de sa femme; peut-être pour le plaisir bête de la réveiller en sursaut : une fantaisie d'ivrogne qui, ne dormant pas, ne veut pas que les autres dorment ; peut-être pour une autre raison. Il y a des moments où n'importe quelle femme, même la vôtre, est une femme ; et une secousse

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