LE MARQUIS DE VIANE
pas le conduire la veulerie de son âme, et le besoin d'argent, et cette nécessité qui prime tout : les gros pourboires aux garçons des restaurants nocturnes, et les affiches de vente, après signification^ collées des deux côtés de la porte de l'hôtel ? Il ouvrit un tiroir et prit un revolver. Justement, chargé. Mais non. L'idée d'une autre mort, moins hautaine, s'empara de lui, par je ne sais quelle analogie. Tl essaya de la main la solidité d'un bras de bronze accroché au mur ; il arracha, d'un coup brusque, le cordon de la sonnette. En vérité tout ce qu'il faut pour se pendre. Déjà il attachait le cordon au bras de bronze, posément, avec méthode, — aucun trouble, la lucidité presque somnambulique des lendemains d'ivresse. — lorsque la porte s'ouvrit. « Monsieur a sonné? » demanda le valet de chambre en écartant les rideaux de la fenêtre. Le marquis était debout, le cordon de sonnette dans les mains, sous l'éclaboussement de la lumière matinale. Il donna l'ordre de seller la
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jument alezane et passa dans son cabinet de toilette. Une heure plus tard, il galopait dans l'allée des Poteaux. Il y rencontra la marquise de Viane. Après le bal chez M™^ de Rosavène, elle n'avait fait que passer à l'hôtel, — le temps de mettre une amazone, — et revenait de la Vacherie où tout le monde s'était donné rendez-vous, mais où elle n'avait trouvé que M. de Marciac. Tous trois ensemble, très salués, très enviés, ils continuèrent leur promenade, causant, dans les entretemps des trots, de la plage mondaine, du château, de la montagne à la mode, où ils iraient passer les ennuyeux mois d'été, et de cent autres choses. Une charmante causerie, dans l'air frais du matin, qui ravive. Le marquis de Viane, surtout, était en belle humeur, parlait haut, riait fort. Un vagabond, qui faisait la grasse matinée dans l'herbe, s'éveilla au bruit, et, passant la tête entre les branches, montra le poing à cet homme heureux.