L'ANGE A MARIER
Collées aux murs de la ville, suspendues aux peupliers du chemin, accrochées aux branches des venelles fleuries, des affiches annoncèrent qu'un Ange désirait prendre femme parmi les filles de la terre ! Les demoiselles ou les veuves disposées à contracter une telle union étaient priées de se rendre, le surlendemain, dans une grande plaine,
au bord du fleuve et, là, tous les renseignements désirables leur seraient fournis sur les conditions à remplir pour mériter le céleste mari. Vous devinez quelle surprise et quel émoi ce furent! Épouser un ange est une gloire dont on a rarement l'occasion, même étant très jolie, et si angélique que soi-même Ton soit; les plus ambitieuses pensionnaires, sous la lampe du dortoir, dans les lentes nuits sans sommeil, n oseraient pas rêver un aussi beau parti. Et les affiches ajoutaient quelques détails bien propres à charmer l'esprit et le cœur des personnes exigeantes : l'Ange à marier n'était pas un de ces Esprits sans importance, que le bon Dieu emploie aux menues besognes, comme de porter des messages aux prophètes dans le désert, ou d'aller chercher les âmes des Ursulines qui meurent en odeur de sainteté, ou de jouer de la viole les jours de concert près du Thrône ; non, plus beau, plus lumineux qu'aucune parole humaine ne saurait l'exprimer, il occu-