I.E CORSET DE CENDRILLON
étroite au milieu, puis s'évasait, verslehaut, si largement, que Valentin ne pouvait en détacher ses yeux pleins d'une concupiscence attendrie. Certes, dans les boudoirs ou dans les mansardes, folles filles qui veulent tout de suite, mondaines qui résistent encore quand on n'a plus rien à leur demander, petites ouvrières qui cachent en riant leur rougeur dans l'oreiller du lit de fer, il avait vu sortir des derniers voiles, comme des éclosions de roses blanches, beaucoup d'admirables bustes : il ne se souvenait point d'avoir admiré jamais une taille qui aurait pu tenir dans ce corset, une gorge qui l'aurait pu emplir ! et, après une insomnie pleine de pensées infiniment peu vertueuses, il rêva qu'il étreignait de ses dix doigts la fine sveltesse d'une jeune fille-guèpe, qu'il baisait de ses lèvres éperdues l'ample rondeur de deux seins résistants ! Car Valentin — j'ai pris le parti sage de le dire tout d'abord — était terriblement enclin, éveillé ou endormi, à se
laisser vaincre par les- appétits charnels; pour un peu, n'eût été sa crainte d'être reconnu par ses amis du cercle et les ambassadrices chez les quelles il conduisait le cotillon, il se fût établi baigneur à Étretat ou à Trouville.
En déjeunant, il ne se cacha pas à lui-même que toutes les joies lui seraient fades, que la vie lui serait insupportable, tant qu'il n'aurait pas rencontré l'inconnue qui s'était incomplètement rhabillée dans la voiture, ou quelque femme du moins aussi bien faite qu'elle. Il n'hésita pas, écrivit à plusieurs reprises cinq ou six lignes, les mêmes, sur des feuilles diverses, glissa les feuilles dans des enveloppes, sonna Louisette, — car, étant de ceux qui aiment à se faire nouer leur cravate par des doigts légers, agréables au menton,