L IMPOSTEUR CONFONDU
sir, de ne pas leur ressembler. Entre ces personnes parfaites et moi, il y a ce seul rapport queje suis parfaite aussi, mais d'une tout autre façon. De laquelle ? Devinez. J'ai le mérite de n'être pas méritoire. Quand je veux bien, je dis oui, et mon sourire, qui se défend mal, est très vite un baiser. Que voulez-vous? on ne saurait se refaire. Ce n'est point de ma faute si j'ai le diable aux yeux, — ne l'y voyez-vous pas? — et si le péché couche tous les soirs dans la ruelle de mon lit. De très sages conseillers ont essayé de me faire comprendre la joie des sévères devoirs accomplis ! Cela m'a rappelé le temps où mon institutrice m'ordonnait d'étudier mes leçons tandis qu'il y avait des fleurs et des oiseaux dans le jardin plein de soleil. Je trouve exquis de vivre parce queje trouve délicieux d'aimer. Qu'on ait le cœur froid, ou inoccupé, je m'en attriste, comme d'une rose morte, ou comme d'un nid vide. Si quelqu'un raconte que Lise de Belvélize, — nom de grisette et
gB POUR LES BELLES PERSONNES
nom de marquise — a eu tant d'amours déjà qu'elle en a peut-être oublié plus d'un, gardez-vousbien de ne pas le croire! Pour moi, je ne m'en offense point; lorsque je mets mes petites mains blanches à la bouche des amoureux, c'est pour qu'elle lesbaise, et non pour la fermer. Une m'est point pénible que l'on sache quej'oseaimer qui j'aime. Des gens méjugent très coupable ! Je le serais, si j'étais laide. Mais j'ai les plus beaux cheveux du monde, — de sorte qu'il me plaît de les défaire, — et ma joue est assez fraîche pour n'avoir pas besoin dufardrosedela pudeur. Quel mal fais-je donc à donner tant de joie, et pourquoi me repentirais-je d'être heureuse avec des heureux ?
— En ce cas, s'écria Ludovic, puisque vous n'êtes point farouche, et puisque je vous adore
Mais elle continua de parler, avec gravité maintenant.
— Quand j'étais au couvent, je raffolais des fleurs, et, dans le grand jardin, c'était mon