‹ Pour les belles personnesChapitre 9 sur 28 · L IMPOSTEUR CONFONDU QQ · texte numérisé non relu

L IMPOSTEUR CONFONDU QQ

plaisir de faire des bouquets pour en orner la chapelle ; seulement, j'allais d'arbuste en arbuste, m'arrêtant peu, et rien n'aurait pu me décider, quand j'avais cueilli une rose, à en cueillir une autre, au même rosier. Ludovic, entendez-moi bien I C'est mon principe de ne jamais redemander à un amour la joie qu'il m'a déjà donnée, autrefois ou naguère. Les tendresses éteintes ne doivent pas être rallumées: elles seraient moins ardentes. C'est un sot, le voyageur qui revient sur ses pas : n'a-t-il pas devant lui tant d'autres paysages, plus beaux, puisqu'ils sont inconnus ? Je hais les retours, les recommencements : et, avec les serments les plus terribles, je me suis promis de ne jamais renouveler les baisers anciens.

— Je ne vous comprends pas, dit Ludovic^ non sans un air de gêne.

— Hélas ! que vous ne m'êtes point indifférent, je n'ai plus à vous l'avouer ! Mais un soupçon m'est venu.

— Quel soupçon, ma chère âme?

— Il me semble que, jadis, il y a cinq ans environ...

— Il y a cinq ans ?

— ... Du temps où M. de Belvélize vivait encore...

— Eh bien ?

— ... Un soir, presque à l'heure où nous sommes, dans un boudoir presque pareil à celui-ci...

— Achevez !

— ... Vous êtes entré, comme aujourd'hui, tandis que je dormais à demi sur la chaise longue, dans le désordre du peignoir, et...

— Et je me suis jeté à vos pieds ! s'écria Ludovic. Mais vous, barbare, sans vouloir m'entendre, vous vous êtes enfuie avant même que j'eusse baisé le bout de vos ongles roses.

Elle songea un instant.

— Étes-vous bien sûr que je me sois enfuie avec une hâte si grande ?

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