‹ Pour les enfantsChapitre 10 sur 52 · LA TORTUE · texte numérisé non relu

LA TORTUE

Une foisj j'étais aile à la chasse avec Milton. Arrivé près de la forêt, il se mit à quêter^ la queue tendue, les oreilles retroussées, les narines frémissantes. J'armai mon fusil et marchai derrière lui. Je croyais qu'il quêtait perdrix, faisan ou lièvre. Mais au lieu de gagner la forêt, il s'en allait par les champs. Je le suivis, et, comme je regardais en avant, j'aperçus aussitôt ce qu'il cherchait. Devant lui cheminait une petite tortue, de la grosseur

d'un bonnet. La tête nue^ d'un gris foncé, emmanchée d'un long cou, s'effilait comme un pistil ; elle se mouvait en écartant largement des pattes nues comme la tête, et une carapace lui couvrait le dos.

Quand elle aperçut le chien, elle rentra sa tête et ses pieds et s'aplatit dans l'herbe, de manière à ne présenter que sa carapace. Milton la saisit et se mit à mordre ; mais ses dents ne purent Tentamer ; car la carapace qui protège le dos de la tortue se continue sous le ventre, laissant seulement, par devant, par derrière et sur les côtés, des trous où passent la tête, les pattes et la queue.

J'arrachai la tortue à Milton, et j'examinai les dessins de son dos, et sa carapace, et sa manière de s'y cacher. Lorsque, la tenant à deux mains, on regarde par les trous de la carapace, on voit dans l'intérieur, commedans une cave, quelque chose de noir et de vivant*

Je laissai tomber la tortue dans l'herbe,

mais Milton ne voulut point l'abandonner; il la prit dans sa gueule et la porta derrière moi. Tout à coup, il se mit à gémir, et lâcha prise. La tortue, lui glissant une de ses pattes dans la bouchC; venait de Ten griffer. Il était si furieux contre elle, qu'il se mit à aboyer et à l'empoigner de nouveau pour l'emporter. Je lui ordonnai de la laisser, mais il refusa. Alors je la lui ôtai de force, et la jetai par terre. Mais il ne pouvait se résigner; il creusa près d'elle, à la hâte, un trou avec ses pattes; quand le trou fut assez grand, il y poussa la tortue et la recouvrit de terre.

Les tortues vivent sur la terre et dans l'eau, comme les couleuvres et les grenouilles. Elles se reproduisent par des œufs, qu'au printemps, par centaines, elles pondent sur le sol. Ces œufs, elles ne les couvent pas; mais, d'eux-mêmes, comme ceux des poissons, ils se cassent, — et les tortues sortent. Les plus petites n'ont pas la grosseur d'aune soucoupe ;

quant aux plus grandes^ elles atteignent une longueur de trois archines^ avec un poids d'une vingtaine de pouds 2. Les grandes tortues vivent dans la mer.

La carapace de la tortue, — ce sont ses côtes ; seulement tandis que chez l'homme et d'autres animaux, les côtes sont séparées, celles de la tortue sont réunies en un seul bloc. Une autre différence essentielle, c'est que, chez tous les animaux, les côtes se trouvent à l'intérieur, sous la chair ; chez la tortue, les côtes sont en dessus, recouvrant la chair.

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