‹ Pour les enfantsChapitre 14 sur 52 · LA FIN DE BOULKA ET DE MILTON · texte numérisé non relu

LA FIN DE BOULKA ET DE MILTON

Boulka et Milton moururent à la même époque.

Le vieux Cosaque n'avait point su ménager Milton. Au lieu de se borner à chasser les oiseaux avec lui, il voulut le mener aux sangliers. Ce même automne, un ragot le décousit; personne ne put le recoudre, et Milton trépassa.

Quant à Boulka, il ne vécut pas un long temps après son aventure avec les forçats.

Bientôt il commença à s'ennuyer^ à lécher tout ce qu'il rencontrait. Il me léchait les mainSj mais non plus comme auparavant, pour me caresser. Il léchait longtemps et fortement^ en appuyant sa langue, puis cherchait à saisir avec les dents. On voyait qu'il avait besoin de mordre la main, mais qu'il ne voulait pas.

Je cessai de lui abandonner ma main. Il se mit alors à lécher ma botte, le pied de la table, qu'il mordait ensuite. Cela dura ainsi deux jours ; le troisième, il disparut et nul ne le revit plus, nul n'ouït plus parler de lui.

Le voler, on ne Teût pu ; me fuir^ il ne l'eût pu. C'était six semaines après que le loup l'avait mordu. Le loup était donc enragé. Boulka, enragé à son tour, était parti. Il lui était venu ce que les chasseurs appellent la rage mue, laquelle se manifeste, dit-on, par des convulsions dans la gorge. Les animaux atteints veulent boire, mais ne le peuvent.

Feau provoquant des convulsions encore plus fortes. Alors le mal et la soif les mettent hors d'eux-mêmes, et ils commencent à mordre. Évidemment Boulka souffrait déjà de ces convulsions lorsqu'il se mit à lécher, puis à mordre ma main et le pied de la table. Je courus tout le district, en quête de Boulka ; mais nul ne pût m'apprendre où il s'était déjà réfugié, ni comment il était mort. S'il avait vagué et mordu, comme font les chiens enragés, j'aurais entendu parler de lui. Le certain, c'est qu'il s'était sauvé dans quelque fourré perdu, et qu'il était mort là tout seul. Les chasseurs prétendent que, lorsque la rage mue frappe un chien intelligent, il s'enfuit aux champs ou dans la forêt et là cherche une herbe dont il a besoin, se roule dans la rosée et se traite lui-même. Il était hors de doute que Boulka n'avait pu se guérir; jamais il ne revint, jamais nul ne le revit.

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