Espèce de chaussures de tille à l'usage des mougiks
m KiO; LES ENTA>T<.
il s'est mis à ruser. U a qaitté le chemin a recakms.
Xons saivimes k piste; Dëmian ne s était pas trompé^ Toors était sorti de la route à reailons. avait Eût ainsi une dizaine de pas, puis s'abritaDt derrière un sapin, s'était retonmé eC sanvé droit devant lui.
Démian s arrêta :
— Maintenant^ dit-il. nous le traquerons : c^est c^iaiu. U n^a plus que ce marais c^ coucber. Allons le détourner.
Nous eotrames dans l'épaisse forêt de sa{Mns pour le détourner. Je me sentais déjà las, la marche devenait plus pénible. Tantôt je donnais contre un genévrier et m'accrochais à ses branches, tantôt un petit sapin se fourrait entre mes jambes, ou ma raquette. pissant par manque d'habitude, allait buter une sooebe oo quelque tronc enfoui sous la neige. La CaU^oe me prenait. J'otai ma pelisse, la sueur ruisselait de mon front. Démian. lui.
semblait voguer en nacelle : littéralement^ ses raquettes marchaient seules sous lui. Il ne s'accrochait nulle part, ne glissait jamais ; et bien qu'il eût jeté ma pelisse sur son épaule, il ne cessait de me talonner.
Nous fîmes à peu près trois verstes encore k détourner la bête. Je commençais déjà à rester en arrière ; mes raquettes glissaient, mes pieds s'embarrassaient. Tout à coup Démian s'arrêta devant moi et agita le bras. Je m'approchai ; il se baissa et, étendant la main, murmura à mon oreille :
— Voyez-vous ? la pie jacasse ; elle sent de loin l'odeur de l'ours. C'est lui.
Au bout d'une autre verste, nous rejoignîmes la piste. Ainsi, nous avions tourné autour de l'ours, et il était resté au milieu de notre circuit. Nous fîmes halte. Moi j'ôtai mon bonnet et me déboutonnai entièrement ; j'avais chaud comme dans une étuve, et j'étais trempé comme un rat
d'eau. Démian, tout rouge, s'essuyait avec sa manche.
— Eh bien, barine, dit-il, nous avons réussi ; il faut maintenant nous reposer.
Déjà le couchant commençait à s'empourprer à travers les arbres. Nous nous assîmes sur nos raquettes et tirâmes de notre sac le pain et le sel; j'avalai d'abord un peu de neige, puis je mordis au pain. Et le pain me parut tellement exquis que, de ma vie, je n'ai jamais rien mangé de pareil.
Nous restâmes assis quelque temps ; la nuit se faisait. Je demandai à Démian si nous étions loin du village.
— Nous en sommes à une douzaine de verstes, répondit-il. Nous arriverons de nuit. Mais à présent il faut reposer. Passe donc ta pelisse, barine, tu pourrais prendre froid.
Démian cassa des branches de sapin, déblaya la neige, improvisa un lit, et nous nous couchâmes côte a côte, les bras sous la tète.
rOUR LES ENFANTS. 69
Je ne me souviens pas comment je n;ï'cndormis. Je me réveillai environ deux heures plus lard. Quelque chose craquait.
Mon sommeil avait été si profond , que j'avais oublié Tendroit où je m'étais endormi. Je promène ma vue autour de moi. Étrange spectacle ! Où me trouvé-je donc ? Des palais blancs au-dessus de moi, et des colonnes blanches^ et, sur tout, d'étincelantes paillettes. Je lève les yeux : des rameaux blancs, et, à travers les rameaux, une voûte sombre où brûlent des feux de diverses couleurs.
A force de regarder, je me rappelai que nous étions dans la forêt; ce que je prenais pour des palais à colonnades, c'étaient les arbres couverts de neige et de givre; les feux, c'étaient les astres qui scintillaient dans le ciel à travers les branches.
Pendant la nuit, le givre était tombé : givre sur les branches, givre sur ma pelisse; Démian en était tout blanc. Je le réveillai. Nous
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nous mîmes debout sur nos raquelles et nous partîmes.
La forêt était tranquille. On n'entendait que le bruit de nos raquettes s'enfonçant dans la neige molle, un craquement d'arbre, et, répandu au loin 5 un sourd murmure. Une seule fois, un être vivant bruit non loin de nous et s'enfuit. Je crus que c'était l'ours : nous courûmes à l'endroit d'où le bruit était parti, et nous aperçûmes la piste d'un lièvre. Tout autour, l'écorce des trembles était fraîchement rongée. Des lièvres avaient viande ^ là.
Nous prîmes la route et la suivîmes, après avoir attaché nos raquettes derrière nous. La marche n'avait plus rien de pénible. Les raquettes ballotaient et claquaient sur le chemin ; la neige criait sous nos bottes ; des glaçons se collaient comme un duvet sur nos visages. Et parmi les branches, les astres couraient l'un
1. Terme de chasse, pour manger, pAturer, en ])nrlant du gibier à poil.
au devant de l'autre, s'allumant, s'éteignant, comme si le ciel eût mené le branle.
Mon compagnon dormait, je réveillai. Nous racontons comment nous avons détourné l'ours; nous donnons Tordre de réunir pour le matin les mougiks rabatteurs, puis nous soupons et nous couchons.
J'étais si las que j'aurais dormi jusqu'à l'heure du dîner; mais mon compagnon me réveille. Je saute du lit et je regarde : il est déjà tout habillé, et, le fusil à la main, se promène dans la chambre.
— Et Démian, où est-il ?
— Dans la forêt, depuis longtemps. Il a déjà reconnu le circuit, est revenu en courant pour repartir avec les rabatteurs.
Ma toilette faite, mes fusils chargés, nous montons en traîneau et en avant!
Le givre persistait. Tout était calme; le soleil n'apparaissait pas encore; un brouillard montait, et le froid se faisait moins vif.
Après avoir suivi le chemin pendant trois verstes environ^ nous arrivons à la forêt. Nous voyons sous bois des fumées bleues et des gens deboutj mougiks et babas armés de gourdins.
Ayant mis pied à terre, nous nous approchons. I.es mougiks, accroupis, grillent des pommes de terre et rient avec les babas.
Démian est avec eux. Il les fait tous lever et va les poster le long de notre circuit d'hier. Mougiks et babas, une trentaine en tout, — dont le haut du corps apparaît seul jusqu'à la ceinture, — s'enfoncent dans la forêt, et se dispersent, sur un seul rang. Puis nous suivons la piste avec mon compagnon.
Le sentier, quoique foulé, n'est pas commode; mais on ne risque guère de tomber, on marche comme entre deux murs.
Au bout d'environ une demi-verste, nous regardons. Démian, avec ses raquettes, court à notre rencontre, et, agitant le bras, nous fait signe de le rejoindre.
Nous nous avançons ; il nous indique à chacun noire poste. Une fois placé, je jette les yeux autour de moi. A ma gauche, un grand sapin ; à travers ses branches, la vue s'étend au loin. Derrière les arbres, un point noir, le mougik rabatteur. Tout contre moi, un taillis de jeunes sapins de la grandeur d'un homme, et dont les branches s'affaissent et se rejoignent par Teffet de la neige. Au milieu du taillis, un sentier encombré de neige. A ma droite, un rideau de hauts sapins, et, derrière, nn champ. Dans ce champ, je vois Démian postant mon compagnon.
J'examine mes deux fusils, j'en relève les chiens ; puis je cherche en moi-même à quel endroit je serai le mieux placé. Derrière moi, à trois pas, j'avise un grand pin.
— Voilà... Je vais me mettre près de ce pin; j'appuierai contre le tronc mon second fusil.
Je cours au pin, et, m'arrangeant un petit
emplacement d'un archine et demie, je m'y installe. Je prends un fusil a la main ; l'autre, je l'appuie contre le pin, les chiens levés. Puis je fais jouer mon couteau dans sa gaine pour voir si, en cas de besoin, il se lire aisément. A peine installé, j'entends Démian crier dans la forêt :
— Il a débuché^ ! Il a débuché dans Tenceinle^ ! 11 a débuché!
Aux cris de Démian, des voix diverses retentirent le long du circuit :
— lia débuché! Ou-ou-ou! criaient les moujiks.
— Aï! ai! glapissaient les babas.
L'ours était dans l'enceinte. Démian se mit en chasse. Partout, autour de nous, les gens poussaient des clameurs. Mon compagnon et moi restions seuls debout, muets et immo-
1. Terme de chasse. Sortir de son Tort, en parlant du gros gibier.