‹ Pour les enfantsChapitre 20 sur 52 · Ivan le Terrible · texte numérisé non relu

Ivan le Terrible

livës; depuis un siècle, les forêts, tontes noires, n'avaient plus été taillées. Dans les forêts, beaucoup d'animaux ; le long de la rivière, des lacs très poissonneux ; et nul ne vivait sur cette terre, que, seuls, les Tartares traversaient à de rares intervalles.

Les Strogonov écrivirent au Tzar :

(( Donne-nous cette terre; nous nous chargeons d'y bâtir, nous-mêmes, des bourgades, d'y recueillir les gens, et de fermer le passage aux Tartares. »

Le Tzar consentit et leur donna cette terre. Les Strogonov envoyèrent leurs commis recruter du monde. Et il leur vint un grand nombre de gens sans ouvrage. A tout venant, les Strogonov donnaient de la terre, du bois, du bétail et quelque somme d'argent, mais à vie seulement, et à charge, en cas de besoin, d'aller combattre les Tartares. Ainsi se peupla cette terre d'une population russe.

Vingt années se passèrent. Les marchands

Strogonov s'étaient encore enrichis davantage. Ces cent quarante verstes de terre ne leur suffisaient plus, ils en voulaient encore. A environ cent verstes se trouvaient les monts Ourals ; et ils ouïrent dire que derrière les monts Ourals existait une bonne terre, cellelà sans limites. Cette terre appartenait à un prince de Sibérie, Koutchoum. Routchoum s'était d'abord soumis au Tzar russe ; mais par la suite, il entra en révolte et menaça de ruiner les bourgades des Strogonov.

Et voilà que les Strogonov écrivirent encore au Tzar :

« Tu nous as donné une terre, nous l'avons mise sous ta puissance ; maintenant le prince larron, Koutchoum, se révolte contre toi ; il veut nous voler celte terre et nous ruiner. Ordonne-nous d'occuper la terre qui se trouve derrière les monts Ourals ; nous nous emparerons de Koutchoum et de sa terre entière, et nous la mettrons sous ta puissance. »

Le Tzar consenlit et répondit :

« Si vous en avez la force^ emparez-vous delà terre de Koutchoum. Seulement n^atlirez point trop de monde de Russie. »

Aussitôt qu'ils eurent reçu la lettre du Tzar^ les Sfrogonov envoyèrent leurs commis recruter d'autres gens^ en leur ordonnant d'attirer surtout les Cosaques de la Volga et du Don.

En ce temps-la, une foule de Cosaques habitaient les bords du Don et de la Volga. Jls se réunissaient par bandes de deux cents, quatre cents, six cents hommes, élisaient parmi eux un hetman, et, montant sur de grandes barques, arrêtaient, pillaient les bateaux, hivernant sur la rive, dans quelque bourgade. *

Les commis arrivèrent à la Volga, et demandèrent :

— Quels sont les plus fameux Cosaques ?

Et on leur répondit:

— Ils sont nombreux 5 les Cosaques. Ils ne nous laissent pas un moment de repos. H y a Michka Tcherkachenine, il y a Sari-Azman.., Mais nous n'en savons pas de pire que Yermak Timophéitch, Fhetman. Il commande près de mille hommes ; et non seulement le pauvre monde^ mais les marchands euxmêmes le redoutent, et les troupes du tzar n'osent point se mesurer avec lui.

Et les commis s'en furent trouver Fhetman Yermak pour le persuader de se rendre auprès des Strogonov. Yermak les accueillit, prêta Toreilie à leurs discours, et promit de venir avec Ips siens aux environs de TAssomption.

Vers l'Assomption arrivèrent chez les Strogonov, au nombre d'à peu près six cents, les Cosaques avec l'hetnian Yermak Timophéitch. Strogonov les lâcha d'abord sur les Tratares voisins. Les Cosaques les défirent. Puis, n'ayant plus rien à faire, ils se répandirent dans le district, volant et pillant.

Alors Strogonov appelle Yermak, et lu dit :

— Je ne veux plus vous garder chez moi, si vous maraudez ainsi.

Et Yermak répondit :

— Moi-même^ je suis fort mécontent ; mais tu ne viendras pas à bout de mes gens, ils sont grands faiseurs de folies. Donne-nous de la besogne.

— Allez donc, dit alors Strogonov, allez donc derrière les monts Ourals, guerroyer contre Koutchoum, et prenez sa terre. Le Tzar vous récompensera.

Et il montra à Yermak la lettre du Tzar. Yermak se réjouit; il rassembla ses Cosaques, et leur dit :

— Vous me faites rougir devant le maître. Toujours à voler ! Si vous ne vous corrigez pas, il vous renverra, et où irez- vous ? Sur la Volga, les troupes du Tzar sont en nombre, on vous atteindra, et ils vous en cuira pour

VOS méfaits anlérieurs. Mais si vous vous ennuyezj voilà delà besogne pour vous.

Et il leur montra la lettre du Tzar, permettant à Strogonov de prendre la terre, derrière les monts Ourals. Les Cosaques discutèrent et convinrent d'aller. Yermak se rendit auprès de Strogonov, et tous deux se mirent à chercher les voies et moyens.

Ils supputèrent ce qu'il fallait de barques, de pains, de bétail, de poudre, de plomb, combien d'interprètes — Tartares prisonniers — combien d'allemands, armés de fusils.

Strogonov pensait :

— Cela va me coûter cher, mais il faut lui donner tout cela, sinon ils resteront ici et me ruineront.

Il consentit donc ; puis, ayant réuni tout ce qu'il fallait, il équipa Yermak avec ses Cosaques.

Le 1^"^ septembre, les Cosaques, sous le commandement d'Yermak, remontèrent la ri-

vière Tchoussovoï sur trente-deux grandei barques, chacune chargée de vingt hommes| ^^ Après quatre jours de navigation à la rame sur le Tchoussovoï, ils débouchèrent dans la| rivière d'Argent. Mais là. impossible de voguer plus loin.

Ils interrogèrent les interprèles; ils ap-1 prirent qu'il leur fallait traverser les montagnes et faire environ deux cents verstes par terre, et qu'ensuite ils trouveraient d'autres rivières.

Les Cosaques résolurent de s'arrêter là. Ils bâtirent une ville^ débarquèrent toute la cargaison, et laissèrent leurs barques. Puis, s'étant construit des chariots, ils y mirent tout et repartirent par terre, à travers les montagnes. Ce n'étaient que forêts, — et pas un habitant. Au bout de dix journées de marche, ils arrivèrent à la rivière Sarovnia.

Là, ils s'arrêtèrent de nouveau quelque temps, et se mirent à fabriquer des barques, sur lesquelles ils descendirent la rivière.

Ils voguèrent cinq jouis, et arrivèrent clans un pays des plus riants : des champs, des lacs, des forêts ; force poissons, force animaux, ces derniers nullement effrayés.

Ils voguèrent encore un jour, et débouchèrent dans la rivière Toura. Là, on commença à rencontrer du monde ; des bourgades tartares se montrèrent ça et la.

Yermak envoya des Cosaques reconnaître une bourgade. Vingt hommes débarquèrent; ils terrifièrent tous les Tartares, prirent la bourgade et firent main-basse sur tous les animaux. Des Tartares, jes uns furent tués, les autres emmenés vivants.

Yermak, par l'entremise des interprètes, demanda aux Tartares qui ils étaient, et sous quel prince ils vivaient. A quoi les Tartares répondirent qu'ils faisaient partie du royaume de Sibérie, et que leur Tzar s'appelait Koutchoum.

L'hetman renvoya les Tartares, mais il

retint auprès de lui les trois plus intelligentsl'Uta

pour lui montrer le chemin.

Les Cosaques voguèrent plus loin. Plusï'ai ils voguaient, plus la rivière s'élargissait^ plus\\l le pays devenait charmant.

Et Ton rencontrait à mesure un plus grand nombre de gens. Mais ils n'étaient pas redoutables ; et toutes les villes situées sur la rivière, les Cosaques s'en emparaient.

Dans une bourgade, ils prirent force Tartares, dont un chef, un vieillard. Ils lui demandèrent qui il était.

— Je suis Taouzik, répondit l'autre, je suis le serviteur de mon Tzar Koutchoum, et son lieutenant dans celte ville.

Yermak se mit à l'interroger sur son Tzar.

— Sa ville de Sibir est-elle éloignée ? A-t-il de grandes forces, Koutchoum ? Et de grandes richesses ?

Taouzik raconta tout.

— Koutchoum, dit-il, est le premier Tzar

du monde, el sa ville de Sibir ia plus grande des villes. Dans celte ville, dit-il, on voit autant de gens et d'animaux que d'astres dans le ciel. Les forces du Tzar Routchoum sont innombrables; tous les tzars ensemble ne sauraient le vaincre.

Et Yermak dit:

— Nous, Russes, sommes venus ici pour vaincre ton Tzar, prendre sa ville et le soumettre au Tzar russe. Nous en avons, des forces ! Ceux qui m'accompagnent, c'est l'avant-garde ; ils sont innombrables, ceux qui, derrière nous, voguent sur des barques, et tous ont des fusils. Et nos fusils percent les arbres : ce n'est point comme vos arcs et vos flèches. Regardez plutôt.

Et Yermak tira sur l'arbre, et l'arbre fut percé. Et de tous côtés, les Cosaques se mirent à tirer. Taouzik, de la peur, tomba sur ses genoux. Alors Yermak lui dit :

— Lève-toi, va trouver ton Tzar Kout-

9i POUR LES ENFANTS.

clioum et dis-lui ce que lu as vu. Qu'il se soumette, sinon il est perdu.

Et il laissa Taouzik.

Les Cosaques voguèrent plus loin. Ils débouchèrent dans une grande rivière, le Tobol, se dirigeant toujours vers la ville de Sibir. Ils arrivent a une petite rivière, le Babassan, et regardent. Au bord, une bourgade, et, autour de la bourgade, une foule de Tartares.

Ils envoient un interprète demander aux Tartares qui ils sont. L'interprète revient et dit :

— Ce sont les troupes de Koutchoum.

Leur commandant estle gendre de Koutchoum, Mahmedkoul. Il m'a fait venir, et m'a chargé de vous dire à tous de rebrousser chemin, sinon, il vous mettra en pièces.

Yermak réunit les Cosaques, débarqua avec eux et tira sur les Tartares. En entendant la fusillade, les Tartares prirent la fuite.

POUll I.KS ENFANTS. 1)5

Mais les Cosaques les alleignirent^ tuèrent les unSj prirent les autres. Mahmedkoul luimême eut peine à s'échapper.

Les Cosaques voguèrent plus loin. Us débouchèrent dans une large et rapide rivière, rirtis. Sur l'Irtis ils voguèrent un jour, et ils arrivèrent à une belle ville. Ils s'arrêtèrent, et, débarquant, se dirigèrent vers la ville. Comme ils s'en approchaient, les Tartares les accueillirent a coups de flèches, et blessèrent trois Cosaques. Yermak envoya l'interprète dire aux Tartares de rendre la ville, sous peine d'être tous taillés en pièces.

L'interprète va, revient et dit :

— Là, réside le serviteur de Koutchoum, Alik Mouzza Kalchara. H a des forces considérables et dit qu'il ne rendra pas la ville.

Yermak réunit les Cosaques, et dit :

— Eh bien ! les enfants, si nous ne prenons pas celte ville, les Tarlares festoieront, et ils ne nous livreront point [)assage. Plus

nous leur ferons peur^ plus vite nous en viendrons à bout. Sortons tous^ jetons-nous tous à la fois sur eux.

Ce qu'ils firent. Il y avait là de nombreux Tartares, et des plus vaillants.

Quand les Cosaques s'élancèrent, les Tartares se mirent à les cribler de flèches, les renversant dans la poussière, tuant les uns du coup, blessant les autres.

Les Cosaques, pris de fureur, coururent sus aux Tartares et tuèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent.

Ils trouvèrent dans la ville de grandes richesses, du bétail, des tapis, des fourrures et beaucoup de miel. Ils enterrèrent leurs morts et se reposèrent quelque temps. Puis ils chargèrent leur butin et voguèrent plus loin.

Ils né voguèrent pas longtemps. Voici qu'ils virent, sur la rive, une ville, des troupes sans nombre, toutes entourées par un fossé, et le fossé muni de palissades.

Les Cosaques s'arrêtentj soucieux. Yermak tient conseil.

— Eh bien ! enfants^ que décider ?

Les Cosaques perdent courage. Les uns disent :

— Il faut passer outre.

Les autres :

— Il faut reculer.

Et de s'emporter, de tomber sur Yermak, disant :

— Pourquoi nous as-tu menés ici ? Combien des nôtres déjà sont morts ou blessés ! Tous, nous serons tués ici.

Et ils se mettent à pleurer. Alors Yermak dit h son lieutenant, Ivan Koltzo :

— Eh bien, toi, Vania i, quel est ton avis? Et Koltzo dit :

— Mon avis ? Si l'on ne nous tue pas au-

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