‹ Pour les enfantsChapitre 47 sur 52 · Commune · texte numérisé non relu

Commune

qu'il faut s'en prendre. Si je l'avais laissé libre d'en user à sa guise, il eût, j'en suis certain, mené de front la description et l'action, sans avoir égard à cette manie invétérée chez nous et à la longue insupportable de distribuer logiquement toutes les parties ; d'abord une description des personnages, même leur biographie, puis un tableau de la scène et du milieu, et alors^ mais alors seulement, l'action finit par s'engager. Et, chose étrange, toutes ces descriptions, longues à remplir parfois des dizaines de pages, nous initient bien moins dans le caractère des personnages qu'un simple trait d'art jeté négligemment dans une action déjà nouée entre personnages encore indécrits.

C'est ainsi que dans ce premier chapitre, une seule parole de Gordéï : « C'est cela qu'il me faut, » alors que, levant les bras, et se résignant à être soldat, il appelle seulement sur son fils la sollicitude de l'assemblée du

mir, — cette seule parole nous peint l'homme bien mieux que les fastidieuses descriptions imposées par moi, et de ses vêtements, et de sa figure^ et de son ivrognerie promenée de cabaret en cabaret.

Une impression analogue est produite par ces paroles de la vieille qui grondait toujours son fils, quand 5 pénétrée de douleur et de regret, elle dit à sa bru :

— T Assez, assez, Matrena !... Que faire donc? Évidemment, c'est la volonté de Dieu ! Mais tu es jeune encore, et Dieu permettra sans doute que tu le revoies. Moi, à mon âge... je suis toujours malade... il faut se tenir prête à mourir.

Dans le second chapitre, l'influence des idées reçues est encore sensible ; mais, là encore, des traits d'un art profond, dans la description du milieu, dans la mort de Tenfant, sauvent tout. C'est moi qui ai suggéré le détail attendrissant de l'oncle Nephed qui fait le petit cercueil; mais le nœud de la situation réside tout entier dansJes plaintes de la mère, exprimées dans cette seule parole :

— Dieu ! quand ce servage fmira-t-il?

Et ensuite, cette nuit où le frère aîné est réveillé par les sanglots de sa mère, qui, à la question de la babouchka ^ : « Qu'as-tu donc ? » répond :

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