Grand'mère
— Mon fils est mort !
Et cette babouchka qui se lève, fait du feu, et lave le corps... tout cela appartient en propre à Fedka, tout cela est tellement serre, tellement simple, tellement fort, que pas un mot ne peut se retrancher, pas un se changer ou s'ajouter. En tout, cinq lignes ; et ces cinq lignes montrent au lecteur un tableau parfait de cette triste nuit, un tableau réfléchi par rimagination d'un enfant de six a sept ans :
(( A minuit, la mère se mit k pleurer. La babouchka se leva et dit :
a — Qu'as-tu donc? Le Christ soit avec toi !
i< Et la mère répondit :
(( — Mon fils est mort !
« La babouchka alluma le feu, lava l'enfant, lui mit une chemisette, l'ensevelit et le plaça au-dessous des icônes. Quand le jour revint... ».
Vous le voyezj ce petit garçon, réveillé par les sanglots de sa mère, et ensommeillé encore sous un cafetan, quelque part dans la soupente, suivant de ses yeux effrayés et brillants ce qui se passe dans Fisba. Et vous voyez aussi la femme du soldat, martyre douloureuse, qui disait, un jour avant : « — Dieu ! quand ce servage fmira-t-il ? » et qui s'en repent amèrement, et qui, tant elle est anéantie par l'idée que ce servage vient de prendre fin par la mort, ne trouve que ces mots à dire : (c Mon fils est mort ! » Elle ne sait pas ce qu'il faut faire, et appelle au secours la vieille babouchka ; et voici qu'elle se dresse devant vous, cette vieille, fatiguée par la souffrance de la vie, courbée, amaigrie, les membres desséchés jusqu'aux os, qui, avec ses mains expérimentées et lentes, se met tranquillement à la besogne, allumant des copeaux, apportant de l'eau, lavant le petit enfant, mettant tout en place, étendant sous les icônes le
corps lavé et enseveli. Et ces icônes vous apparaissent : et toute cette nuit sans sommeil jusqu'à l'aurore vous hante, comme si vous l'aviez passée vous-même, ainsi que la passa le petit garçon qui regardait de dessous le cafetan ; — tous ces détails évoquent la nuit entière, et la gravent profondément dans votre imagination.
Dans le troisième chapitre, ma part est encore plus réduite. Le type de la niania i est tout entier de Fedka. Déjà, dans le premier chapitre, il avait caractérisé d'un trait les rapports de la niania avec les siens : « Elle travaillait à son trousseau ; elle songeait à se