‹ Pour les enfantsChapitre 49 sur 52 · Bonne d'enfant. C'est la fille du soldat · texte numérisé non relu

Bonne d'enfant. C'est la fille du soldat

marier. » Et ce seul trait nous peint toute la fille qui ne pouvait et qui ne peut pas^ en effet^ prendre sa part dans les joies et les peines de la famille. Elle a^ elle^ son intérêt légitime, son but unique, qui lui est imposé par la nature : le mariage futur, sa future famille à elle.

Tel de nos écrivains qui se pique d'enseigner le peuple, en lui présentant des exemples de moralité dignes d'être imités, irait sûrement interroger la nianja sur la part qu'elle prend dans le malheur commun et l'affliction de la famille, puis la citerait, suivant sa réponse, soit comme un exemple honteux d'indifférence, soit comme un modèle de dévouement et d'abnégation. On aurait alors l'idéal, non la personne réelle, — la niania.

Mais tout homme qui a observé beaucoup, qui a appris la vie, comprendra qu'aux yeux de la niania, le chagrin de sa famille, l'enrôlement de son père, soient à juste litre des

questions secondaires ; c'est à son mariage qu'elle songe. Et Fartiste, quoique enfant^ a vu cela clans la simplicité de son âme. Quand nous ferions de la niania la plus touchante, la plus désintéressée des servantes^ nous ne la verrions pas, nous ne l'aimerions pas, comme nous la voyons et l'aimons telle quelle.

Elle est si vivante, si charmante, cette fille aux grosses joues vermeilles, qui, le soir, entre dans les rondes avec des chaussures achetées sur ses économies, avec son foulard de coton rouge, et qui chérit les siens, si accablés qu'ils soient de misère et de tristesse, si différents d'humeur. Je la sens déjà bonne fille, en apprenant que sa mère n'a jamais eu à se plaindre d'elle, jamais eu à souffrir par elle.

Moi, tout au contraire, je sens qu'avec le souci de son trousseau, et les chansons qu'elle fredonne, et ses commérages de village ramassés aux champs pendant l'été, dans la

rue pendant Thiver^ c'est elle qui, dans ce triste intérieur solitaire de la femme du soldatj représente le bonheur, la jeunesse et Tespérance. Ce n'est pas pour rien que Fedka dit que leur seule joie fut le mariage de la niania, ce n'est pas pour rien qu'il décrit avec amour, avec abondance, les réjouissances de la noce, et qu'après la noce, il fait dire à la mère :

— Maintenant, nous voila misérables pour tout de bon !

Il est évident qu'en la mariant ils ont perdu la consolation, la gaîté qu^elle apportait dans leur maison.

Tout ce tableau de la noce est d'un relief extraordinaire. Il s'y rencontre tels détails qui vous plongent malgré vous dans un étonnement sans pareil, et l'on se demande, en songeant que c'est là l'œuvre d'un enfant de onze ans, si cela est possible, si cela n'est pas l'effet du hasard.

C'est ainsi qu'on y voit un garçonnet de

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onze ans, pas plus haut que la table, les yeux intelligents et attentifs ; personne ne lui prête la moindre attention, mais lui retient tout, remarque tout. Quand il veut du pain, par exemple, Fauteur ne dit pas qu'il en demande tout haut à sa mère, mais qu'il attire sa mère vers lui pour lui parler à Toreille. Et il ne dit pas cela au hasard, il le dit parce qu'il se rappelle, dans le même moment, ses propres façoni^ d'agir avec sa mère, sa timidité en présence des parents et des étrangers.

Entre autres observations qu'il a encore pu faire dans une noce, il a retenu et noté un trait qui, pour lui comme pour chacun de nous, caractérise à merveille les cérémonies de ce genre. « Quand on disait : « Il est amer! » la niania prenait Kondrachka ^ par les oreilles^ et ils s'embrassaient. >>

Ensuite, la mort de la babouchka, dont la

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