‹ Pour les enfantsChapitre 50 sur 52 · C'est le marié · texte numérisé non relu

C'est le marié

dernière pensée va à son fils, et le cachet particulier donne a la douleur de la mère^ — tout cela, d'une trame si forte, si serrée, tout cela n'appartient qu'à Fedka.

C'est sur le retour du père que je lui en avais le plus dit, en lui exposant le thème de la nouvelle. Cette scène m'avait plu, et je lui avais donné le tour sentimental de rigueur; lui aussi, il goûtait fort cette scène.

— Ne me dites rien, suppliait-il, je sais moi-même, je sais.

Et, saisissant la plume, il acheva sans désemparer toute la nouvelle, depuis cette scène jusqu'à la fin. Certes, l'opinion des autres juges m'intéressera singulièrement, mais je m'estime obligé de donner franchement la

mienne. Je n'ai trouvé^ dans la littérature russe, rien de semblable à ces pages. Dans tout ce retour du père, il n'est pas dit une seule fois que c'était touchant; l'afïaire y est simplement racontée, mais racontée de manière que rien n'y est oublié, rien, notamment, de ce qui doit éclairer le lecteur sur la situalion respective de chaque personnage.

Le soldat, en rentrant dans sa maison, ne prononce que trois phrases. D'abord, il ne veut pas se faire connaître, il dit dit seulement :

— Bonjour.

Puis, oubliant son rôle, il s'écrie:

— Quoi ! chez vous, pas plus de monde que ça ?

Et enfin ces mots qui exprimaient tout :

— Où donc est ma mère ?

Quels mots simples et naturels !

Et personne d'oublié. Le petit garçon est tout content, il pleure même un peu ; mais

c'est un enfant^ et c'est pourquoi^ à ce même moment on les larmes gagnent son père^ il regarde dans sa besace et dans ses poches. Et la niania, cette babenka ^ vermeille^ qui, dans des souliers trop grands, entre dans risba, confuse de voir du monde, et, sans dire un seul mot, embrasse son père ! Et le soldat, joyeux et ahuri, qui embrasse tous les assistants, sans savoir qui il embrasse ni qui Tembrasse, et qui, en apprenant que la babenka est sa fille, l'appelle de nouveau dans ses bras, et qui l'embrasse alors, non plus comme une simple babenka, mais comme une fille qu'on retrouve après une longue absence.

Le père revient corrigé. Que de phrases fausses et artificieuses nous débiterions à ce propos ! Fedka, lui, se borne a raconter que la niania ayant apporté du vin, le soldat s'abs-

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