‹ Pour les enfantsChapitre 51 sur 52 · Jeune femme. Diminutif de baba · texte numérisé non relu

Jeune femme. Diminutif de baba

tient d'en boire. Et vous voyez la baba qui^ prenant dans le sac les vingt-trois kopeks restants, se démenant dans le vestibule^ chuchotant^ envoie la jeune babenka chercher du vin^ après lui avoir glissé dans la main la monnaie de cuivre. Vous voyez cette jeune babenka qui^ relevant son tablier, faisant claquer ses gros souliers^ balançant les coudes^ court au cabaret avec une demi-bouteille à la main. Vous la voyez revenir à Tisba^ toute rouge, et sortir de dessous son tablier la demibouteille ; la mère d'un air suffisant et joyeux^ la pose sur la table : femme de soldat^ vous la voyez à la fois offensée et heureuse quand son mari refuse de boire. Et vous sentez bien que s'il ne boit pas dans une pareille minute^ c'est qu'il est véritablement corrigé.

Vous devinez dès lors que les sentiments de toute la famille changent du tout au tout.

« Mon père pria Dieu^ et se mit à table. Je m'assis près de lui, à le toucher ; la niania.

sur le coffre ; et ma mère, debout près de Ja table, les yeux sur mon père, lui dit :

« — Voyons, tuas rajeuni, — tu n as pas la barbe.

« Tous éclatèrent de rire. »

C'est seulement quand tout le monde est parti, que commencent les véritables causeries de la famille. Alors seulement, on apprend que le soldat est devenu riche, et qu'il s'est enrichi d'une manière simple et naturelle, comme s'enrichissent la plupart des gens, c'est-à-dire avec l'argent d'autrui, — l'argent commun du fisc demeuré entre ses mains par suite d'un hasard heureux.

Plusieurs lecteurs de la nouvelle ont trouvé ce détail immoral^ estimant qu'il faut extirper au lieu de la répandre dans le peuple cette idée que le Trésor est une vache à lait.

Pour moi^ ce trait, sans parler môme de sa vérité artistique, est un de ceux que j'aime particulièrement. Puisque l'argent du Trésor reste dans toutes mains, pourquoi n'en resterait-il pas aussi dans les mains du malheureux soldat Gordéï ?

Le peuple et les hautes classes ont, sur la probité, des idées absolument opposées.

L'homme du peuple est probe, surtout dans ses relations les plus proches, par exemple avec les siens, les gens de son village et de son voisinage. Mais pour les gens du dehors.

le public, le gouvernement en particulier, les étrangers et le fisc, il rechigne toujours a leur appliquer les règles communes de la probité.

Le mougik qui ne m( ni ra jnnîais h son frère, qui endurera toiUe es[)èce de privations pour les siens, qui ne h'sora pas d'un seul kopek son voisin ou n'imporle quel habitant de son village, ce même mougik ne se fera pas scrupule de ne laisser que la chemise au citadin et à l'étranger, de mentir sur chaque mot au tchinovnik^ ou à un barine ; s'il est soldat, il tuera, sans le moindre remords, un prisonnier de guerre, et si l'argent du fisc lui tombe entre les mains, il s'estimera criminel envers les siens de ne point se l'approprier .

Dans la classe supérieure, par contre, les choses se passent absolument a l'inverse. Notre frère trompera plutôt sa femme, son

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