L'INDISCRET
Madame de Ruremonde, — dans la chambre noire et rose, joli fond pour des blancheurs, — en est à ce moment de la toilette, où l'on tient entre ses dents la chemise qui va tomber, tandis qu'une autre chemise, sur le fauteuil, dépliée, attend. Une minute, — moins qu'une minute, le temps d'apparaître et de disparaître, comme une naïade à fleur d'eau, dans le cristal de la psyché, — la belle jeune femme sera nue ! Déjà elle a desserré les dents, un oeu ouvert les lèvres, et la jnalines va glisser... Mais madame de Rur* monde jette un cri d'épouvante, — le cri
d'une hirondelle qui a peur, — et, de la bouche, des mains, des bras, retient toute J a chemise A un bruit de souffle derrière la porte, elle a deviné que quelqu'un la guette! Oui, certainement là, dans le salon, un homme a mis l'œil au trou de la serrure, espérant la minute de l'exquise nudité. C'est affreux. Et justement, Clémentine a emporté le peignoir. Que faire? Sonner? Appeler? oui, tout de suite. Elle va tirer le cordon de la sonnette. Cependant, elle songe. Qui peut bien être là, la regardant? Baptiste, peutêtre? Elle a un rire muet, où beaucoup de pitié se mêle à quelque mépris. C'est vrai, oui, qu'ils sont à plaindre, ces pauvres valets de chambre. Ils vivent dans la proximité cruelle de la femme, dans l'intimité de toutes ses grâces et de tous ses parfums. Baptistes? non, Tantales. Ce doit être excessivement pénible, à la longue. Certes, on ne saurait, sous aucun prétexte, admettre les condescendances coupables que le Diable Boiteux reproche à plus d'une mondaine. Fi! les