INGÉNUITÉ
D'autres exercices, elle voulait bien, mais pas celui-là, oh ! c'était impossible, pas celuilà. Pour la décider, il fallut insister longuement, uii assurer qu'elle aurait beaucoup de succès, lui répéter que la chose n'avait rien de difficile, ne serait qu'un jeu pour une écuyère habile et courageuse comme elle était. « Puisque vous le voulez ! » dit-elle enfin, résignée, avec un regard qui lève. Le soir de la représentation arriva ! Salle comble. Tous lessportsmen et toutes les tendresses. M. de Verdelis s'élança d'un trapèze à l'autre avec la téme'rité envolée d'un Léotard ; on mit sur les épaules du comte de Valensole des boulets de canon et des poids qui eussent fait dire à Atlas : c Un peu lourd! », et M. de Puyroche, bariolé comme un Auriol, eut des lazzis qui désopilè-ent les rates les plus obstruées de mélancolie. Puis, quand on eut amené un étalon noir, sans bride, mors ni selle, qui fumait des naseaux et piaffait, Lila Biseuit, rejeta d'\in seul geste le grand manteau qui l'enveloppait, apparut
dans le cirque, en pleine lumière du gaz, ss^s aucune espèce de vêtement ni de voile, — non, pas même la transparence hypocrite d'une batiste ! — et s'élança sur le cheval, toute de neige et de roses 1 Lila Biscuit, cet ange, avait compris : e Monter un cheval, — nue. » Mais personne ne réclama; car c'était un divin spectacle, cette belle fille étendue, sans robe, si blanche, sur la noire robe luisante du cheval au galop, et les cheveux mêlés à la crinière.