Voy. plus loin, au mot utdç
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venter à mesure les formes dont il a besoin : si les formes sont d’une grande variété, elles sont cependant authentiques et véritables, je veux dire justifiées, soit par le témoignage des inscriptions, soit par l’analyse étymologique, soit par la comparaison des langues sœurs. La vérité est que la langue homérique ne se borne pas à un certain parler local, mais que, comme les langues littéraires de toutes les époques, elle a emprunté chez ses voisins et puisé dans le trésor poétique du passé. Il faut se figurer des chantres héritiers d’une longue tradition, la mémoire garnie de vers et d’hémistiches, et en outre désireux sans doute de montrer qu’ils sont maîtres de leur art et familiers avec toutes les touches de leur instrument. Les difficultés de métrique ou de prosodie n’existent point pour eux : il suffit de relire le second chant de l’Iliade, où un thème assez aride, l’énumération des vaisseaux, est varié en vingt manières. Ils jouent si aisément de l’hexamètre, que souvent le métier les emporte : à la fin d’une comparaison, ils ne peuvent s’arrêter à temps, ils ajoutent un dernier trait, un détail inutile, pour le plaisir. Le nom d’un héros éveille un cortège d’adjectifs hors de saison, un mot prononcé en passant amène un développement parfaitement superflu. Nous sommes en présence d’un art déjà parvenu à son point de perfection, et tout près de le dépasser. La variété des formes dialectales fait partie de la technique de ces artistes en poésie. Vouloir les ramener aux para-
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digmes d’une grammaire rigide, aux règles d’une phonétique inflexible, ce serait méconnaître l’esprit de ces habiles chanteurs, en même temps que se tromper sur l’âge et le milieu.
Il n’est pas nécessaire de tirer des raisons de l’his-. toire de la ville de Smyrne, d’abord colonie éolienne, conquise ensuite par les Ioniens, et qui, dit-on, ayant dû renoncer à son ancien langage, en aurait mêlé quelques restes au nouveau dialecte. Encore moins faudrait-il attribuer l’absence de certaines formes — les formes doriennes — à un sentiment d’antipathie. Attacher des idées de cette sorte à la préférence donnée à telle ou telle particularité de langage est un pur anachronisme. Toute la suite de la poésie hellénique le démontre : le choix de la langue ne se règle pas sur la nationalité de l’écrivain, mais il est réglé par le genre littéraire. Un premier poète sert de modèle : à ce modèle se conforment les successeurs. Pindare, quoique né en Béotie, compose ses odes en dorien. Les poètes tragiques d’Athènes, dans les scènes où le chœur prend la parole, renoncent au dialecte du drame et prennent celui de la poésie lyrique.
Cette hypothèse que lTliade aurait été d’abord composée en éolien, puis transportée après coup en ionien, devait plaire dans l’état présent de la science. Une
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transposition, n’est-ce pas l’occupation quotidienne du linguiste, la matière même de son enseignement? Mais le seul fait que les vers d’Homère n’ont jamais cessé d’être populaires dans toutes les parties du monde hellénique, qu’ils ont toujours été reçus sous leur vêtement ionien et sont même devenus des maximes et des proverbes, ce seul fait aurait dû détourner d’une hypothèse si invraisemblable, si étrangère aux habitudes grecques.
Il s’agit, en somme, de variantes comme et comme sïvsxocet evexa, comme piu.VY|(7at, pifjiv7]0u et ulsulv^. Les érudits qui se montrent si scrupuleux en grec ne prennent point garde que même en nos idiomes modernes, consacrés et fixés par l’écriture, consolidés par les leçons de l’école, abondent des variantes semblables : il suffit de citer en allemand bald et balde , der grbsste et der grôsseste, gebietet et gebeut, sans parler de doublets comme Born et Brunnen , comme sanft et sachte. Qui voudrait soumettre le texte d’un poète de n’importe quelle époque à un interrogatoire si rigoureux devrait s’attendre à de pareilles contradictions.
Nous voyons la tradition grecque maintenir avec soin les singularités les plus faciles à corriger. Les premiers éditeurs devaient être surpris de trouver
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tantôt eSet ce « il craignit », tantôt I&S&tse, avec un double o dont ils ne pouvaient connaître la raison. Changer les vers leur eût été un jeu : mais ils s’en gardent scrupuleusement1.
Certaines particularités sont encore aujourd’hui une source d’enseignement pour le phonéticien. Ainsi le verbe aipsm « prendre » a donné un impératif aypei « prends » et un participe àypexov qu’on a bien à tort voulu rapporter à un verbe àyosïv « chasser » . Au lieu de a’jçirjTiqû « celui qui porte secours », on trouve àoacrr,- TVjp2. Toute langue véritablement vivante a de ces inégalités : mais l’écriture ne les reproduit pas toujours aussi fidèlement. Celles-ci ont été conservées comme avec le phonographe.
En présence de ce soin méticuleux, il ne semble pas qu'il y ait lieu de supposer des rhapsodes transportant le texte d’un dialecte dans un autre, et laissant néanmoins subsister une partie des formes qu’ils voulaient faire disparaître.
Un autre point n'a pas donné lieu à des conclusions moins contestables.
1. A toute époque, en toutes les langues, la prononciation est sujette à ces flottements, que dissimule la rigidité relative de l’écriture. Figurons-nous ce que serait le texte de Marot ou de Villon si, au lieu de suivre une orthographe déjà fixée par l’usage et par la connaissance du latin, ils avaient constamment reproduit la prononciation de leur temps.