Voy. plus loin, au mot ïçt
LA LANGUE D’HOMÈRE
sont déjà devenus les appellations d’objets concrets, et peuvent dès lors se mettre au pluriel.
Il y a là un épaississement dont on a l’habitude de faire la caractéristique d’époques plus modernes 4. Ainsi Hector, s’adressant à Achille, prend les dieux à témoin :
Mocprupoi effaovxat xoct £7rt<jxo7uot àpaoviacov.
'Apjxovt'a est exactement employé ici comme le français « accord ».
‘iTrrcodùvYi désigne proprement l’art de l’équitation. Mais nous te voyons employé en parlant d’un cavalier blessé qui désormais ne pensera plus à ses chevauchées : XeXasptévoç i7ü7rQ<juvocu>v.
On peut même remarquer que la langue homérique a l’air d’affectionner cette formation en Je cite comme exemple « l’hospitalité », à^p^pto^uvYj
« l’indigence », auvTjptoauv^ « une convention », et les composés de <p.p-*)v comme S^Mfpwv^ « la ruse », sucppocruv*^ « la bienveillance ».
Il est aisé de se figurer les ressources que la faculté d’abstraire et de généraliser tire d’un outil de maniement aussi simple et aussi facile.
Mais pour former des noms abstraits, les suffixes
1. Sur cet épaississement du sens je me permets de renvoyer à mon Essai de Sémantique , chap. XIII.
LA LANGUE D’HOMÈRE
ad hoc ne sont pas le seul moyen. Il en est un, très usité, mais qui échappe à toute classification, et même à toute prévision, de sorte que les livres grammaticaux le passent généralement sous silence. Par suite d’une association d’idées, en vertu d’une aperception immédiate comme il en vient aux hommes à tous les degrés de culture, certains noms d’objets concrets deviennent les exposants d'idées abstraites. Tantôt le changement se fait de façon instantanée, par inspiration subite, tantôt c’est le résultat d’un long usage, et comme le résidu d’une lente décoloration. Dans l’un et l’autre cas il y a enrichisseméntde la langue. Au nombre et à la nature de ces abstractions on peut mesurer le chemin qu’une langue a déjà fait au service de la pensée. Si nous prenons comme exemple le mot français terme, combien d’acceptions n’a-t-il pas ramassées depuis le temps où il servait, chez les Romains, à nommer la pierre qui fait la limite entre deux champs! Cette pierre est bien oubliée quand nous parlons de payer notre terme, ou quand nous disons que nous sommes en bons ou en mauvais termes avec nos voisins, ou quand nous arrêtons les termes d’un procès-verbal. II ne faudrait pas croire que ce genre d’abstraction, que ces accumulations de sens, fussent inconnues à la langue homérique. Le substantif ®eîpap'*, qui veut dire « corde », a d’abord