V oy . Leæ ilogua
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passé du vocabulaire du marin ou de l’artisan à celui de l’arpenteur, pour signifier <' limite », puis à celui de l’homme de loi pour signifier « décision ». C’est ainsi que l’emploie Homère quand il montre les plaideurs allant trouver le juge :
vAp.cpto 8’ tsaOYjV £7Tt tVropi 7UEÏpap eXéffôau
Il a fallu ensuite un assez long usage pour que, le sens propre étant tout à fait passé au second plan, le pluriel 7T£tpocToc arrivât à signifier « les choses essentielles, les principes », et pour que le poète ait pu dire en un style que le nom d’Homère ne doit pas nous empêcher de trouver assez défectueux : « Ainsi parla Nestor, puis il s’assit, ayant dit à son fils les principes de chaque chose ». (Il s’agit de l’art de conduire un char.)
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Je vais maintenant entrer dans quelques explications de nature purement grammaticale. Ce n’est pas que j’aie l’intention de donner une grammaire du dialecte homérique : la chose a été faite, et bien faite, plusieurs
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fois. Je veux seulement montrer, par deux exemples, Tun pour la déclinaison, l’autre pour la conjugaison, combien cette langue homérique a déjà subi de remaniements, au point qu’elle est parfois plus altérée, ou, pour dire le mot, plus moderne que la langue de nos rudiments.
Je parlerai d’abord du pronom oçtiç.
L’usage, non moins que la logique, veut que les deux mots dont se compose ce pronom soient fléchis simultanément et avec ensemble. On aura, par exemple, l’accusatif ôVrtvoc, le datif <Stivi, le nominatif pluriel oiTive;, l’accusatif ouçxivaç. Mais oçtiç, avec sa double flexion, a paru probablement trop difficile, et déjà dans un certain nombre devers d’Homère le premier pronom, oç, est comme frappé de paralysie. On a donc otivoc au lieu de ôVnva, oxivaç au lieu de ofiçTivaç, le premier des deux pronoms affectant la forme du nominatif-accusatif neutre.
Puis, par un nouveau pas dans la voie de l’altération, on a trouvé plus commode de substituer à ce pronom oçtiç un adjectif oxtoç ou oreoç, de la seconde déclinaison, de sorte que nous avons, au datif pluriel, une forme ôtsoicc, qui à un atticiste devait paraître monstrueuse et barbare. Ce n’est pas encore tout. Au lieu des formes t ivoç, xtva, l’ancienne langue avait Tioç et Tia. Un pluriel neutre à-xia, par suite de lois phoniques bien connues, devait faire olggol , pendant que le génitif, selon une autre façon de traiter le
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mot, devenait Stsu. Dans une seule et même déclinaison nous trouvons donc l'application de principes différents et presque contraires. Irrégularités qui n’ont rien que de naturel : ce sont les cicatrices d’un long usage1.
Pour faire pendant, je choisis dans la conjugaison le verbe signifiant « craindre », qui fait au parfait Ssot^ ou oiSotxa.
Si nous voulons le trouver dans le dictionnaire, il faut chercher à l’article Set'Sm «je crains». Mais ce ostoü) représente une vieille erreur professée déjà par les grammairiens anciens. Cette forme, qui revient sept fois dans l’Iliade, est traitée comme si elle était un présent, et la langue, interprète de l’erreur générale, en a tiré un adjectif sur le modèle de
lÀsT^jjLtov ou de Mais en réalité ostom, pour
Setoôoc, est un parfait à signification de présent, comme olbot, £io)6a. La première syllabe Zti est le redoublement : la racine est Sftou St. La forme complète serait ostôFota. Ainsi la langue transporte le redoublement dans l’adjectif, comme si le redoublement faisait partie intégrante du verbe. Les vrais et primitifs enfants de la racine sont d’allure plus dégagée : exemple oéoç « la crainte » (pour BFstoç).
Ce que nous en disons n’est pas pour faire la leçon aux dictionnaires grecs, ni aux grammairiens, ni à
1. Voy. au mot ô'çtiç, dans le Vocabulaire, quelques exemples |de ces états du 'même mot.
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la langue homérique, mais pour montrer combien cette langue avait déjà été maniée et remaniée, et combien elle était déjà loin de ses origines.
Nous laisserons maintenant de côté les observations grammaticales, pour faire quelques remarques d une autre sorte. Ce seront, si Ton veut, des observations de style, mais ayant ce rapport avec les précédentes qu’elles contribuent également à élucider la question d’âge.
Nous parlerons d’abord des épithètes dites homériques, c’est-à-dire qui n’ajoutent rien au sens, comme le soleil « infatigable », les bœufs « qui tournent les pieds en marchant ». Impression faite sur l’homme par le spectacle nouveau de la nature ? On l’a dit : on me l’a enseigné. Mais peu de personnes, je pense, voudraient encore le croire. Pour juger ces épithètes, il faut se placer au véritable point de vue qui est celui de l’improvisateur. Elles n’étaient point destinées à orner le discours, mais à le remplir. Si le poète vient à parler des Grecs, il aura le choix de les nommer « les Achéens aux belles cnémides », ou « aux habits d’airain », ou « aux longs cheveux », ou « aux yeux arrondis » : autant de pièces toutes prêtes pour compléter le vers. S’il est parlé de la mer, ce sera la mer poissonneuse, ou couverte d’écume, ou profonde, ou
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immense, ou qui ne produit rien, ou de couleur violette. Les vaisseaux sont toujours bien travaillés, ou rapides, ou noirs, ou creux, ou à la proue azurée, ou recourbée des deux côtés, ou d’un poids égal. Ces qualifications sont toujours très simples, très primitives, car les adjectifs contournés et bizarres qu’on a prêtés à la poésie homérique (la lance à la longue ombre, les hommes mangeurs dç pain...) sont tout uniment des contresens.
Ces accompagnements traditionnels n’étaient pas seulement une ressource pour le rhapsode : ils étaient un repos pour l’auditeur. Nous pouvons encore le constater aujourd’hui, car c’est une observation à la portée de chacun : cinquante vers de l’Iliade coûtent moins d’effort à lire que vingt vers de l’Énéide.
Un fait qui montre bien le vrai caractère de ces épithètes, c’est qu’elles ne sont pas seulement au service du poète en ses récits et descriptions, mais qu’elles se retrouvent dans la bouche des personnages qu’il fait parler. Agamemnon, irrité contre le grand-prêtre Chrysès, lui défend de se montrer près des vaisseaux : mais sa colère ne l’empêche pas de parler des vaisseaux creux et des vaisseaux rapides. L’espion Dolon, surpris au milieu de la nuit par Ulysse et Diomède, est dépeint tremblant et claquant des dents, mais néanmoins, en ses supplications, il parle des navires qui fendent les ondes et des Troyens dompteurs de che-
vaux.
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Certaines de ces épithètes qu’on serait tenté de prendre pour une inspiration du moment, se répètent un peu plus loin, et se révèlent comme faisant partie intégrante de l’héritage épique. Les flèches sont toujours ((désireuses de sang», la lance est toujours « avide de goûter la chair », les conseils de Zeus sont toujours « incorruptibles » (acpôrra). Les auditeurs d’Homère ne les percevaient pas plus que nous ne percevons l’adjectif quandnous disons le brave Dunois, le grand Corneille, les saints bienheureux.
Tel est en général le caractère de ce style : la recherche du terme rare, de l’adjectif topique, de l’expression ne convenant qu’à une seule situation n’existe pas dans Homère. On n’y trouve pas davantage des mots à effet. Ceux qu’on croit y trouver viennent de nous, et non du poète. Au commencement d’un récit de combat, on lit :
gu v p’ ’ééaXov ptvoùç, auv 8" xat ptivs’ àvopaiv,
ce qui a été traduit : « Ils entrechoquaient les bou cliers, les lances et les cœurs. » Ainsi compris, le vers serait d’une allure déjà assez recherchée. Mais il faut se rappeler queuivoçdésignantquelque chose de matériel1,