IL
106 LA LANGUE D’HOMÈRE
l’expression n’est pas plus rare que quand nous disons de deux hommes qu’ils mesurent leurs forces.
Il est toutefois un point où le soin du style ne peut être révoqué en doute : je veux parler des comparaisons.
Le poète manie la comparaison comme une figure de style dont il a l’habitude. Elle lui sert à peindre les masses, ou bien encore il y a recours s’il veut introduire un changement de scène. Outre que beaucoup de ces comparaisons sont ou grandioses ou touchantes, elles ont encore pour nous ce mérite de nous faire quitter un moment le monde fictif des dieux et des héros pour nous laisser entrevoir un coin de la vie des hommes. Ulysse, après avoir lutté pendant deux jours et deux nuits contre la mer en furie, aperçoit le rivage, et il se réjouit « comme se réjouissent les enfants, quand ils voient leur père revenir à la santé, après une longue maladie qu’un dieu lui avait envoyée.... » Deux armées ennemies se mettent en mouvement avec ordre, « ainsi qu’au temps de la moisson, sur le domaine d’un homme opulent, deux équipes d’ouvriers s’avancent à la rencontre l’une de l’autre, en faisant tomber les javelles d’orge ou de blé1. »