‹ Pour mieux connaitre HomèreChapitre 19 sur 72 · Voir ce mot · texte numérisé non relu

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LEXILOGüS.

Mais il n’a rien de commun avec iêpôvg. Cependant on les a mêlés. Tous ceux qui ont appris jadis, comme c’était la règle dans les collèges, les Racines grecques de Port-Royal, se rappellent le vers :

’AêpÔTï], nuit, temps où l’on erre.

Cette fausse étymologie, Lancelot l’a prise chez ses devanciers, qui la tenaient eux-mêmes des anciens scholiastes.

La vérité est plus simple. Le poète dit vù£ àêooTr, comme il dit ailleurs :

rapt. 3’ àjj.ëp6<noç xéyuf)’ utcvoç.

La Nuit est immortelle comme sont immortels tous les dons qui nous viennent des dieux. Leur nourriture, leur boisson, leurs vêtements, reçoivent également l’épithète de apSpovoç, aêpoTo;, àp.ëpôa-i.oç.

’AysXetq.

Ce surnom d’Athéna a été traduit quelquefois par « la déesse des troupeaux ». Mais, sans parler d’autres difficultés, Minerve n’est pas le moins du monde pastorale dans l’Iliade; elle est essen-

LEXILOGUS.

tiellemeat guerrière, elle est, en femme, la contrepartie (T Arès. On peut même remarquer qu’elle a, comme Arès, un certain plaisir à faire le mal.

Il faut donc nous en tenir à l’étymologie des anciens : de ayto et Aela « la déesse qui fait du butin ». Nous avons ici un composé sur le modèle de cpspsTïovoç, oaxiQupoç. Athéna est appelée ailleurs Xtjîuç (//., X, 460), ce qu’Hésychius traduit par Xcfcpüpaytovoç '« qui amène le butin ».

Avec le temps, il est arrivé à ce mot Xeta ce qui est arrivé à la déesse elle-même : la signification s’en est adoucie. Au lieu de signifier la richesse prise à la guerre, Aerla a désigné toute espèce de richesse. Dès lors, tous les composés et dérivés ont changé d’aspect. ’Ay eXety a désigné la déesse \ qui donne la fortune. IIoXua tJïoç a voulu dire « riche en possessions ». ’AXt^oç est devenu synonyme de àxT7]U(ji)v. Enfin Xt/îttoç « pris à la guerre » est devenu un synonyme de xt7]t6ç « acquis ».

La question a été souvent discutée si l’Iliade et l’Odyssée doivent être attribuées à un seul et même poète. On aurait pu remarquer qu’avec l’Odyssée, non seulement le ton change, le style est moins serré, le vocabulaire plus abstrait, mais les personnages eux-mêmes se modifient. Cette transformation de la déesse Athéna en est un exemple remarquable. On la voit, dans l’Iliade, qui pousse Diomède au combat, même contre les

dieux. Elle a pour épithète Xacxrcrooç, celle qui excite les peuples. L’Odyssée nous la montre bien assagie. Par une sorte de conciliation et de mélange, les auteurs plus modernes, ainsi que les arts plastiques, lui ont laissé son égide, son casque et sa lance, tout en en faisant la protectrice des arts et la déesse de la sagesse.

3Ayop£Uco.

Le verbe ivopsuto porte trop clairement la marque de son origine pour qu’il soit nécessaire d’y insister. Il a été fait pour la parole sur la place publique. On s'attend donc à le voir réservé pour les occasions solennelles, tels que discours au peuple ou débats devant des juges. Mais dès l’époque homérique, il s’est assez décoloré, assez généralisé pour désigner la parole dans une réunion familière ou même en un entretien secret. Le verbe a donc perdu ce qui faisait sa nuance : phénomène bien connu, qui est la conséquence ordinaire d’un usage trop répété.

Ulysse, s’entretenant seul à seul avec le berger Eumée, lui confie qu’il va tout lui dire :

Totyàp eya) toi TaCrra piàV aTpsxsojç àyopeua-to.

{Od., XIV, 192.)

LEXILOGUS.

Pénélope, en sa chambre, s’entretient avec ses servantes :

H pièv ao’ ll)ç àyopeue piSTa yuvatÇtv,

7|[JL£V7] £V GaXàpitp

(Orf., XVII, 305.)

Les Grecs d’aujourd’hui n’ont pas fait autrement quand ils ont donné le sens de « parler » au verbe ouiXeG ou gO.sIv, qui avait été créé pour le discours dans une assemblée publique ou à l’église.

On pourrait être tenté de voir ici un trait de caractère particulier aux Grecs. Mais le mot français parler présente exactement le même fait. Parler ( parauler , parabolare) nous vient du langage de la chaire : des deux parts il y a eu généralisation. On peut seulement être surpris que cette généralisation ait déjà eu lieu en grec à l’époque homérique1.

1. Hésychius se montre plus scrupuleux observateur du sens propre. Voici comment il s’exprime :

’Ayopsueiv, Xéystv sv êxTcXïjdtqt, xupuoç piv tô ÔTQptïjYopeiv, sv iyopa xai à0potap.aTt Xsystv xat êxxXïjciàÇstv.

Il ajoute seulement à la fin :

KaTaxpTjcmx&ç 8è y.ai drjrX&ç Xsystv.

LEXÏLOGUS.

"Aypsi « prends! »

"Aypst, « prends ! », avec son pluriel àypevce, nous représente une forme intéressante que l’usage quotidien a fait prendre au verbe oupsco. 11 est pour atpei, a ;pei. Le sens est bien indiqué par les scholiastes, qui l’expliquent par Xaëé, cpspe, àys.

Nous le trouvons cinq fois dans Homère : on le trouve également dans un fragment d’Archiloque cité par Athénée : àypei 8’ olvov êpuQpov au o Tpoyoç « il boit le vin jusqu’à la lie ».

Le y existe en outre dans une série de composés : auTàypeToç « pris volontairement »4, uaXtvàypsToç « repris, capable d’être repris »1 2, uupàypa « tenailles pour manier le feu », xpsàypa « crochet pour saisir la viande », Çcoaypsw ou Çaiypsco ! « prendre vif, épargner la vie d’un captif »3, etc.

Il faut sans doute rapporter également ici le mot àypsTat, qui désignait à Cos neuf jeunes filles choisies tous les ans pour desservir le culte de

1. Cf. Od., XVI, 148. Eî yàp 'Ttwç sI'y) aÙTàypsxa Tcàvxa (3poxotcriv « si tout était laissé au libre choix des mortels ». Le mot de la langue ordinaire est aùOatpsTOç.

2. IL, I, 526. Où yàp èjjiôv iraXivàypsTOV oùo’ dnraTY)Xdv « ma volonté n’est ni révocable ni trompeuse » (paroles de Jupiter).

5. De là Ta Çojiypia « la rançon». A l’imitation de ce composé on a fait p-oi/aypia « amende infligée à l’adultère pris sur le fait ».

LEXÏLOGUS.

Minerve. ’AypsTod* Tcap&Kcooiç evvsa xopou xar sviauTov alpoiijjLsvampôç Ospausiav ’ASrjvàç. Rapprocher les xo'jpoi ’Kjàxrjç eÇatpeTOi dont il est question dans TOdyssée (IV, 645).

Enfin, dans une inscription trouvée à Olympie, on a deux fois eS-âypeto pour sSjoupsto.

Comment expliquer ce changement de alpéco

en àypsw?

Par un phénomène inverse de celui qui a fait du y allemand une sorte de j dans la prononciation de certains dialectes. Ce phénomène, qui n’a pas encore été beaucoup étudié, se retrouve en grec moderne, où xWto est devenu xXodyw.

On aura plus loin, au mot àvcoy eov, un autre exemple de j changé en y.

Voir aussi ysvTo.

’AypÔTEpoç.

Un effet du suffixe comparatif est de changer un substantif en adjectif. Ainsi àypoç « champ » donne àypoTspoç « champêtre, sauvage » ; otcXov « arme » donne oTcXoTspoç « qui est en âge de porter les armes ». Homère a les expressions àypOTspot. <jusç, àypoTe'pàt, sAacpou "ApTspaç àypoTSpï).

Ce changement en adjectif a sa raison d’être en

LEXILOGUS.

ce que l’esprit détache du substantif une certaine qualité pour l’envisager à part. C’est ainsi que Marot dit :

Roi le plus roi qui fut onc couronné.

"AsBAoç.

Le sens originaire de ce mot est « travail, labeur, misère ». Il est employé en ce sens au commencement de l’Odyssée (v. 18).

oùS’ svôa TOcpoypiévOs asOXtov.

Comme il est arrivé souvent, la signification primitive est restée dans l’adjectif, tandis que le substantif a évolué vers d’autres acceptions : aOÀ'.oç équivaut à « miser, ærumnosus, infelix » et n’a pas d’autre signification. De même àôXrjam est expliqué chez Hésychius par xaxoTraQrjam, xapsïv.

Mais le substantif aeÔXo;, dans la langue des jeux et concours gymniques, s’est coloré d’une nuance particulière : il a signifié « travail de gymnastique, exercice, épreuve ». Encore aujourd’hui, dans la langue du manège et du gymnase, le mot travail est employé de la même manière. Travail en liberté.

Le dérivé àQL/rr/ip, au sens technique d’athlète,

LEXILOGUS.

se trouve déjà dans l’Odyssée : à Ulysse, hôte des Phéaciens, l’un des jeunes gens, pour le provoquer, adresse ces paroles : « Tu ne m’as pas l’air d’être expert aux jeux, tels qu’on les voit pratiqués dans le monde.... Tu ne ressembles pas à un athlète. »

O'J yàp a-’ où8è, Çeïvs, ûavipum oam itorxco ”AQX(OV, oïa T£ 7 loXkcL [JL£T5 ivOpCOTTOlO-f. 7Σ ÀOVTOCt.. . .

... oùô’ à9Xv]T'?ipi eotxaç.

(Od., VIII, 159.)

’AéQXoç, en ce dernier sens, a donné « concourir » et a£Ô)aov, oUÔXov « prix du combat ».

C’est aller à l’opposé de la succession historique, de vouloir commencer par le sens de « concours », ou même, comme on l’a proposé, de « caution déposée dans les jeux ». Et c’est vouloir tout brouiller, que d’en rapprocher le latin vas , vadirnonium , pour y rattacher finalement l’allemand wetten « parier ».

’Astôco.

Nous avons dit plus haut sous quelles restrictions il faut entendre que les poèmes homériques étaient chantés1.

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