‹ Pour mieux connaitre HomèreChapitre 26 sur 72 · Wilamowitz. Die griechisclie Lileratur , p · texte numérisé non relu

Wilamowitz. Die griechisclie Lileratur , p

LEXILOGIJS.

nuit, l’autre de jour. On gardait l’expression, même quand on ne pensait pas au bétail, même quand il s’agissait de la vie des divinités de l’Olympe.

L’autre expression est [SoiAutoç, l’heure où l’on dételle les bœufs, le soir (//., XVI, 779).

Ces expressions détonnent dans le contexte : mais le poète pensait encore moins à l’étymologie que l’historien grec qui désigne par TzkrfiowoL àyopà une certaine heure du jour.

’Avodvopou « refuser ».

Un verbe de la langue homérique qui a souvent attiré l’attention. Il signifie « refuser ».

Sè 3’ àvouvsToa v|8è <rà ôtopa.

(Il,, IX, 679.)

« Il te refuse, toi et tes dons ».

Ôn a voulu voir dans la première syllabe soit la préposition àvà, soit la particule négative à ou àv. Mais il est plus probable que nous avons ici le redoublement de la racine, comme dans Tcapicpodvto, yapyodpa), TcaTiTatvo), etc. C’est ce [que donne à penser l’aoriste r iv^và^v.

Quant à cette syllabe av ou aiv, dont le sens est

LEXILOGUS.

« refuser », je crois la retrouver, sous la forme aov, dans le verbe àpvéopat, « nier, refuser ».

'H S’ o ut’ àpvsÏTai oruyepov yauov oute tsXsuxtÎv tlowjam Sûvaxat

(Od., I, 219.)

« Hæc autemneque abnuit odiosas nuptias, nec

Facere potest... ». [lînem

Ceci peut nous mettre sur la voie d’une particularité phonétique de la langue grecque. Un p, dans certaines positions, engendre un >. devant lui, après quoi il disparaît. C’est ainsi qu’on a apvupia', et oavupat. L’inscription de Gortyne, au lieu de pt-apiu? « témoin », a régulièrement uatru;. Ce sont les preuves d’un grasseyement comme on le trouve dans certaines langues modernes1.

’Avayicr).

On fait quelquefois venir ce mot de àvâo-o-w « commander, gouverner ». Mais cette étymologie convient peu pour le sens. ’AvàyxT) désigne, non le commandement, mais la nécessité, de àv privatif et ayxr; . On peut seulement se demander

1. En quelques dialectes espagnols, largo , serpenton , deviennent aigo, sëipenton. (Meyer-Lübke, § 475).

si l’image est empruntée à une règle qui ne saurait être « fléchie » (àyxï)), ou à un obstacle qui ne peut être tourné (àyxcov, àyx’JÀoç).

On connaît l’ordre de bataille indiqué par Nestor : il conseille de mettre au milieu les soldats les moins bons.

xa xobç §’ eç pi£<7<70v IXacra’sv , ocppa xal oux IQéXtov tlç àvayxavfl noXspuÇot.

(Il, IV, 500.)

« imbelles vero in medium coegit,

Ut etiam non volens quis necessitate pugnarit ».

Au lieu de àvàyxvi, Homère emploie ici l’adjectif : àvayxoav)*

’Avôpoucàç,

L ' Etymologicum Magnum explique àvôpaxàç par xoct’ avSpa, et c’est là en effet le sens. Alcinoüs invite les Phéaciens (Od., XIII, 13) à s’imposer, par homme , de la valeur d’une certaine pièce de monnaie pour aider Ulysse à s’équiper.

Non seulement àvSpaxàç équivaut à xoct’ avSpa, mais c’est exactement xoct’ avSpa, avec la seule différence que la préposition est placée après son régime. On sait que beaucoup de prépositions ont

commencé par être construites de cette façon. Pour xa xà en particulier, nous trouvons dans Homère : IIûXov xaTa, §op.ov xa/ua, tioXw xaTa, ôaijjia xaTa. Ici xaxà a fait corps avec son régime, parce que nous avons affaire à une locution usuelle. La forme xaT pour xaTa ne doit pas faire difficulté : on a de même xauuia-crov pour xaT piovrov, xarcTwSO'lov pour xaT TisSfov, xàp poov pour xaT poov, xày yovu pour xaT yovj, xàS S’ àp’ axTr^ç pour xaT 8’ ap’ àxTÎjç. Le t de xaT, étant final, s’est changé en ç1. La préposition est accentuée, comme cela est de règle quand elle vient la dernière.

KaTa avec l’accusatif a le sens distributif. Cette préposition a donné non seulement en grec les locutions comme xaQ’ êva, xaQ’ yjp ispav, xaTa arjva, xaT’ £vt.a’jTov, xaTa xcopaç, xaTa cpGXa, mais elle a passé au même sens en latin, et du latin dans les langues romanes. Dans le Pèlerinage de Silvia aux lieux saints, on lit : Cata singulos hymnes fit oratio . L’italien a caduno, l’espagnol cada uno , le roumain ccite unul , le vieux français kiede , chaün , cheün . Cette singularité d’une préposition passant d’une langue dans une autre a pour cause là difficulté qu’il y avait à exprimer par un mot l’idée distribu-

1. On demandait jusqu’à présent un second exemple d’une dentale finale changée en ç, le premier exemple étant les adverbes grecs comme aoepw;, xaXOç. A ce point de vue, dvôpaxàç, èxàç comblent une lacune de la phonétique.

LEXILOGUS.

tive. L’expression une fois créée, d’autres idiomes s’en sont servis.

C’est cette même préposition qui se trouve à la fin de sxàç (v. ce mot). On peut seulement se demander si àvSpa est un accusatif ou une forme non fléchie, comme dans àvopâiroSov. L’accusatif est plus probable.

’Avôpcmoôov « l’esclave ».

Ce nom de l’esclave ne se trouve qu’une seule fois dans Homère, en un passage déjà suspect aux anciens (VII, 475). L’expression elle-même a quelque chose de moderne.

On en a donné des explications inacceptables : àTtô tou àiro86<r9ai. (à cause de la vente), àuo ty|ç TCîOïjç (à cause des chaînes aux pieds). Citons, à titre de curiosité, cette explication récente : Der mit menschlichen Füssen versehene Theil des itpoëaTov.

Ce composé s’explique de lui-même si on le replace dans la série dont il fait partie.

Le grec avait un vocable pour désigner le sol : oaTOSov. Ce fut une première forme de la propriété. Une autre sorte de propriété, ce que nous appelons aujourd’hui la « propriété bâtie », c’est olxô-rcsSov. Enfin l’esclavage étant dans l’antiquité une troisième forme de la propriété, l’esclave

LEXILOGUS.

s’appela àvSpdwtoSov. Nous disons en langage administratif : les biens meubles et immeubles.

niSov ou tïôSov [est donc devenu une sorte de suffixe, à peu près comme les syllabes -tum, - heit , schafl, en allemand.

Le terme ancien pour marquer le serviteur ou l’esclave est opuôç.

’Avqp. ”Av0pOÛTTOÇ.

Dans la langue d’Homère, àv-/) p signifie « homo ». L’opposition qu’un âge postérieur a mise entre àv?îp et av9ptoTO<; n’existe pas encore : les Éthiopiens, qui habitent l’extrémité de la terre, sont appelés ec^aTot. àvoptov.

"AvôpwTïo? est proprement un adjectif, et signifie littéralement « qui a visage d’homme ». Il est devenu synonyme de àvïîp comme en français on dit les humains au même sens que les hommes.

"AvQpwîtoç, à cause de la fréquence de son emploi, a été diversement défiguré. On a 8pw<j;(Hésychius) pour avSpwjq vÉpcotJ/ pour àvépwtj/, etc.

Une autre expression pour désigner les hommes est pipoTC; (v. ce mot).

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"Avecoç, avso

Ce mot, sur lequel il existe une dissertation de Buttmann, mais qui n’aboutit à aucune conclusion, signifie « muet, privé de la parole ».

On a cru devoir chercher après l’a privatif une racine signifiant « parler ». Mais c’est vouloir prêter au mot trop de précision : le langage n’a pas l’habitude de tant appuyer.

Voici les trois passages où nous trouvons le mot :

En présence d’un prodige, Calchas s’écrie (IL, II, 523) ;

Tforr’ av£w lyévscyQê, xapyjxogowvTsç ’Aya'.oi ;

Sur un ordre d’Agamemnon d’arrêter le combat, il est dit (II., II, 84) :

0'. o’ iuy 0770 y àyY| ç xvît» t’ sysvovxo.

A la vue de son époux, qu’elle n’est pas sûre de reconnaître, Pénélope reste interdite :

'H £’ avsio Srjv v^xo, xatpoç ôéoL -rçx op tlxavev.

(Od., XXIII, 93.)

En ces trois passages il est question d’un mo-

LEXILOGUS.

ment de stupeur plutôt que d’une incapacité radicale de parler.

Je crois qu’il faut voir dans àvswç un doublet de avoue. On peut comparer la double forme de nom propre Ilstpooç et ndpscoç, ou bien le rapport de Ip-TüXswç avec ttXoütoç. Pour cette exactitude relative dont se contente le commun usage, stupide et muet sont synonymes. L’anglais dumb est le même mot que l’allemand dumm.

Quant à la question sur laquelle il a été beaucoup discuté entre éditeurs, s’il faut mettre un i souscrit sousl’w de avsto, elle se résout par l’affirmative partout où l’adjectif est au pluriel. Cf. TrXscp, nominatif pluriel de tîXscoç.

Il faut sans doute voir une autre altération de avouç dans l’adjectif posthomérique svsoç1, qui est expliqué tantôt par £jj^/]ç9 àxocxoç, tantôt par acptovoç.

Le déplacement de l’accent montre que et èveoç sont devenus étrangers l’un à l’autre.

3AvvÉ(f)eXoç.

La composition de cet adjectif, qui sert d’épithète à aïGpy], ne peut donner lieu à aucun doute.

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