Op
LEXILOGUS.
la langue grecque avait donné au substantif vr\ un doublet arc lvyj, qui est resté dans s£amv7)ç. L’t est une insertion comme dans (pouràpOpoç),
'jxipitfoç (pour a-xàpcpoç).
A côté de è£amv7|ç on a s£at<pv7)ç, dont \\ peut s’expliquer soit comme un produit de l’épenthèse, soit comme dû au même fait qui, à côté de àyXaoç « brillant », a donné aly)^ « clarté », et à côté de ixiç « pointe » a produit alyjr/j.
La diphtongue oa est demeurée dans alAa.
Reste le problème sémantique. Commenta-t-on passé de l’idéed’abondance à l’idée d’instantanéité?
On pourrait alléguer l’exèmple de promere qui se dit des provisions et qui a donné in promptu, promptus. Mais je crois qu’il y a de ce fait une explication plus générale.
Par un remarquable transport d’un ordre d’idées dans un autre (le mot métaphore ne signifie pas autre chose), l’idée de richesse ou d’abondance a conduit à celle de grand nombre, de force et de vitesse, en sorte que apvw èst venu à signifier « subitement, tout à coup ». C’est ainsi qu’on a en latin magna vis argenti, vis ranunculorum. En sanscrit, sahasà signifie « avec force » et « tout à coup ». Nous disons en français il a force argent , on nous a donné force excuses . Le même mot ops qui a donné opes « les richesses » donne aussi, au sens de « force », omni ope anniti.
LEXILOGUS.
”Ai(j « en arrière, de nouveau ».
L'adverbe au, dont le sens primitif est « en arrière .», d’où il a passé au sens « de nouveau » (cf. les deux sens du préfixe re- en latin), a un congénère dont on n’a pas encore songé à le rapprocher. Je veux parler de l’adverbe a/t, qui a exactement les mêmes sens. Nous constatons ici un fait de prononciation qui est devenu fréquent en grec moderne, où pao-ùeûw fait à l’aoriste sëaatXs^a.
Le ç dont s’enrichit ai est le ç adverbial qu’on a également dans èq, àpuplç, pixP'-^ e^c-
La langue homérique ne craignant pas le pléonasme, au lieu de a nous trouvons au, au(Kç OU aù9(.ç aù.
BoukoXoç.
Quand on rapproche le bouvier pouxoXoç àvr’p de son frère le chevrier aiirôXo; àv/ip, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une seule et même formation, et que la différence vient d’un fait de phonétique : dans le premier de ces com-
LEXILOGUS.
posés, la langue ayant voulu éviter le voisinage des deux labiales.
Dans l’un comme dans l’autre, le premier terme a cessé d’être senti à part : de sorte qu’on a aliroXoç aiywv comme on a [3ouxoXstv.
La seconde partie toX o; est la même que dans o'.ottôXoç, o’uovotcoXoç. Le verbe ulXogai. a des sens variés qui l’ont fait employer dans divers noms de métiers et professions.
BouXutôç.
C’est l’action de délier les bœufs après qu’ils ont fini leur journée. Le mot est resté seulement comme une indication de temps : il désigne le soir. Sur ces expressions rustiques restées dans une langue où elles ne sont plus comprises, V. àij.oXyôç.
BpOTÔÇ.
Bpoxôç « mortel » est pour ppoTÔç, pop-uôç, par le changement de p en ë qu’on a dans paXaxô; j3Xà£, poXsIv jüXcoa-xco, piXi. PXittw. Il n’est donc pas nécessaire de recourir au composé àpêpovo;.
LEXILOGUS.
La même modification s’observe dans BeX-uspo; comparé au latin melior.
Cette manière de désigner spécialement l’homme, quoique tous les êtres dans la nature soient mortels comme lui, vient probablement de l’ancienne antithèse entre le ciel et la terre : on parlait des hommes en tant que « mortels » par opposition avec les « Immortels ».