‹ Pour mieux connaitre HomèreChapitre 4 sur 72 · Pisislrale, 561 av. J.-Ç. — Cyrus, 560-529 av. J.-C · texte numérisé non relu

Pisislrale, 561 av. J.-Ç. — Cyrus, 560-529 av. J.-C

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observer qu’il ne s’agit pas de manuscrits répandus dans le public et mis à la disposition de chacun. Des siècles devaient encore s’écouler avant que l’écriture fût appelée à ce rôle de vulgarisation. Il s’agit d’un manuscrit seul de son espèce, d’un archétype possédé par une communauté, servant à la célébration d’une solennité, et conservé et augmenté pour le service de solennités semblables. Admettre l’écriture en ces limites restreintes n’a rien que de possible; pour ne point l’admettre, il faudrait supposer que le monde hellénique ignorât ce qui était connu, ce qui était déjà pratiqué depuis longtemps chez les nations avoisinantes.

Je dirai ensuite qu’aujourd’hui nous savons un peu mieux, grâce surtout au folk-lore, ce qu’on peut attendre de la seule propagation orale. Elle ne conserve rien, mais elle défigure tout. Il suffit d’une séparation de quelques années pour que les fragments d’un même poème ne puissent plus se rejoindre. Elle change les mots et les faits, et jusqu’aux noms propres — surtout les noms propres, car les dénominations peu connues sont remplacées par d’autres plus familières; les gloires locales, les héros indigènes se mettent à la place du personnage authentique. La propagation orale est capable peut-être de transporter à travers les âges la vague tradition de quelque grand événement : mais un poème épique, une œuvre harmonieusement ordonnée, des milliers de vers d’une facture

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irréprochable — on a peine à comprendre qu’une telle invraisemblance ait jamais pu être admise!

Nous arrivons maintenant à une question qui devrait— être la première de toutes, et que cependant la critique semble ne s’être jamais posée. Qu’est-ce au juste que l’Iliade? A quoi servait-elle? A quelle occasion, pour quel public devons-nous supposer qu’elle ait été composée? En quel milieu devons-nous la placer?

Les historiens nous donnent un renseignement précieux : ils disent que, quand ces poèmes furent apportés à Athènes, on décida qu’ils seraient publiquement récités tous les ans à la fête des Panathénées. C’était, selon toute apparence, leur rendre la destination qu’ils avaient dans la mère patrie. Rien n’est plus conforme aux idées des anciens peuples. En changeant de pays, les objets ne changeaient pas de rôle. Les choses consacrées gardaient leur sainteté. . C’est ainsi qu’au moyen âge une statue de la Vierge, enlevée de son sanctuaire, retrouvait ailleurs une place de consécration pareille. Les musées, la beauté artistique, le respect de l’œuvre ne sont venus que plus tard.

Entre l’épopée homérique et l’institution des Jeux publics (iyffiveç) le rapport est beaucoup plus étroit qu’on ne le suppose. L’idée des Jeux est familière à ces poèmes. Ils en donnent jusqu’à trois descriptions : aux funérailles de Patrocle, chez Ménélas, chez les Phéaciens. Nous entendons Nestor déduire avec d’amples détails le code des courses de chars. Évidem-

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ment il s’adresse à un auditoire pour qui la matière offre un vif intérêt. Mais ce n’est pas tout : comme il arrive aux amateurs, le souvenir des Jeux revient à tout propos et même hors de propos. Un guerrier qui s’avance fier et brillant est comparé à un coursier décoré des prix qu’il a gagnés (àsOXooôpo;). Quand Hector, dans la lutte où il va laisser sa vie, se sauve devant Achille, le narrateur a J’idée de dire qu’il court encore mieux que ceux qui se disputent le prix de la course (àéôAia).... Le nomd 'athlète se trouve en toutes lettres dans l’Odyssée.

Mais je veux appeler l’attention sur un indice un peu moins matériel : sur le constant retour de l’idée de gloire .

Quelle gloire ?. . . Les héros de l’Iliade sont si possédés de cette idée, elle leur est si présente, qu’elle les console de tout et qu’elle les accompagne jusqu’à l’heure de la mort. Le monde a vu, depuis, des soldats courageux, des capitaines à l’âme haute : mais où a-t-on vu des guerriers, je veux dire de vrais guerriers, passant leur vie parmi les fatigues, les privations, les dangers et les soucis de chaque jour, se préoccuper à ce point de leur réputation à venir? Ni Condé à Rocroy, ni Bonaparte à Arcole, ni Hoche et Marceau dans leur jeunesse pleine d’heureux pressentiments, n’ont autant pensé à la gloire qu’Achille et Hector, que Sarpédon et Glaucos : car il n’y a aucune différence, sous ce rapport, entre Grecs, Troyens, Myrmidons, Lyciens.

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Je ne sais si je me trompe : mais l’idée de cette gloire ne me paraît pas venir des champs de bataille. C’est l’idée amplifiée de la gloire qui se décerne, devant les peuples assemblés, dans les grandes fêtes du monde antique, aux vainqueurs du stade.

La langue elle-même décèle cette origine. La victoire, en grec, s’appelle nikê : il ne faut chercher dans ce mot rien qui fasse allusion aux luttes de peuple à peuple, ou qui rappelle les rencontres sanglantes des champs de bataille. Il désigne la récompense qu’on emporte (du verbe grec eneikai « emporter ».). La déesse Nikê, tant de fois représentée, tient toujours à la main cette récompense — la couronne de laurier, d’argent ou d’or — qu’emporte le vainqueur. Et encore aujourd’hui, en souvenir de cette lointaine origine, comme les Grecs disaient vixïjv çepsiv, nous disons emporter la victoire.

C’est là sans doute, c’est dans les Jeux publics, que le poète épique a pris son idée de la gloire, d’autant plus disposé à en mettre haut le prix que lui-même, avec ses chants, il en est le dispensateur. Le fait a une portée plus haute qu’on ne pourrait le supposer d abord : la Grèce s’étant pénétrée, s’étant nourrie des chants homériques, cette passion de la gloire est entrée dans les veines de la nation, est devenue l’un des ressorts de sa grandeur1.

1. Puisque je parle des jeux antiques, et du renom qu’ils avaient acquis même en dehors du monde grec, je veux appeler l’attention sur

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Je voudrais maintenant montrer que l’Iliade, une fois exécutée en son plan simple et grandiose, a reçu des agrandissements successifs, non point au hasard, non point par dilettantisme littéraire, ce qui serait prématuré, mais parce qu’à intervalles réguliers revenait la même solennité où avaient été données les premières productions. Les agrandissements viennent du même centre qui avait vu naître le thème primitif. Ainsi se trouvent réalisées les deux conditions sans lesquelles cette vaste composition ne se comprendrait point : d’abord un chantre inspiré, un grand poète dont on ne saurait se passer ; et ensuite, ce qui n’est pas moins nécessaire, un groupe d’hommes, une corporation ayant même esprit, mêmes traditions, et travaillant pour un même objet, toujours nouveau. Sans la corporation, nous n’aurions ni l’unité, ni la continuité ; sans le but défini et toujours renaissant, les apports ne s’expliqueraient pas.

L’Iliade est donc une œuvre collective, à peu près au même degré et dans le même sens que nos cathédrales du moyen âge.

le terme qui les désigne dans l’Inde. Ce terme est agi. On peut être tenté de reconnaître en ce mot, qui désigne soit les courses de chars, soit les autres concours gymniques, soit l’enceinte où ils se passent, une déformation du mot grec àyd)v. Je ne méconnais d’ailieurs pas les difficultés qui peuvent résulter de ce rapprochement pour l’histoire littéraire indienne, puisque le mot se trouve plusieurs fois dans le Rig-Véda. Je livre la question à l’examen de mes confrères les indianistes.

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A quels signes reconnaître ces parties additionnelles?

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup à faire état des particularités de grammaire et de métrique. Un trop court intervalle de temps sépare ces « ajoutés » du corps principal : d’ailleurs, étant des poètes et versi- ‘ ficateurs de métier, ayant la tête remplie de vers épiques, les continuateurs devaient s’entendre à éviter les innovations trop apparentes. Nous voyons la langue et la prosodie homériques se prolonger sans grand changement pendant des siècles : comment nous flatterions-nous de distinguer ce qui est presque contemporain? Mais il est des moyens plus sûrs. Souvent le continuateur se découvre par les conceptions de la vie et du monde qu’il apporte avec lui, alors qu’il croit copier simplement son modèle. C’est un critérium auquel on peut se fier, car il est involontaire. De même que nos peintres du moyen âge transportent sur leurs tableaux de l’Ancien Testament les costumes, les ameublements, les édifices de leur temps et de leur pays, de même ces chanteurs, invités à continuer une histoire héroïque et mythologique, y introduisent de plus en plus, à mesure qu’ils s'éloignent du thème primitif, la vie, les allures et les institutions de leur temps*. Quelques exemples vont mieux me faire comprendre.

Puisqu’il s’agit d’un poème de guerre, je commencerai par la façon dont le poète conçoit l’art militaire.

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Certains chants (et particulièrement les premiers) nous transportent à une époque où les personnages, — tous de sang illustre, tous plus ou moins princes ou rois, — occupent à eux seuls l’espace entier de la scène. L’art militaire consiste en une suite de combats singuliers entre guerriers ne se groupant pas, ne se soutenant pas entre eux, n’attendant aide ni secours de personne. Ils n’ont même personne pour les regarder, sauf le compagnon qui conduit leur char : aussi peut-on se demander de qui ils attendent cette gloire dont ils sont si avides. Ils ne reconnaissent aucun chef, se lancent à l’aventure et ont l’air d’obéir à une mission d’en haut. Dans l’imagination populaire, ils sont les remplaçants et les successeurs des Héraclès et des Persée. Ce qui ressemble le plus à ce genre de récits, ce sont les aventures de nos paladins du moyen âge. Je prends comme exemple l’épisode de Diomède et Glaucos, qu’on a eu grand tort de vouloir retrancher de l’Iliade, car il est caractéristique, et représente à merveille ce côté chevaleresque de l’épopée.

Le prince lycien Glaucos et le héros grec Diomède s’avancent l’un contre l’autre. A la vue de cet adversaire, le guerrier grec reste interdit. « Oui es-tu? s’écrie-t-il, car je ne t’ai jamais vu dans les champs où se récolte la gloire. Assurément tu dépasses en courage tous les mortels, puisque tu es venu attendre ma lance à la longue hampe (et non à la longue

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ombre, comme on traduit). Sais-tu qu’ils sont à plaindre, les parents dont les fils se trouvent sur mon chemin? Mais peut-être es-tu un dieu descendu de l’Olympe.... Mais je ne veux pas combattre contre les dieux. — Magnanime fils de Tydée, répond le Lycien, pourquoi t’informer de ma race? Les générations des hommes ressemblent à celles des feuilles, que le vent disperse, et après lesquelles il en naît d’autres quand vient la saison du printemps. Cependant, si tu veux savoir.... »

Vient alors un célèbre morceau, tout rempli de généalogie, dont il résulte que Glaucos et Diomède sont unis par les anciens liens de l’hospitalité paternelle. A cette découverte, ils sautent l’un et l’autre à bas de leurs chars pour échanger entre eux des marques d’amitié. « Nous aurons donc un ami, s’écrie Diomède, toi à Argos, moi en Lycie. Il reste encore assez de Troyens pour exercer ma vaillance, et toi tu ne manqueras pas de Grecs sur qui faire tomber tes coups, si quelque dieu veut t’assister.... Mais avant de nous quitter, échangeons nos armes, pour que tous voient cette amitié dont nous sommes fiers. » Sur quoi vient le proverbial échange d’armes entre le prince et le héros.

Nous avons ici une scène qui ouvre des perspectives sur une littérature toute d’imagination et de convention : car ce morceau n’est pas seul de son espèce. Au même genre appartiennent, quoique

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moins développés et plus intimement mêlés à l’action, les exploits d’Agamemnon, de Patrocle, de Ménélas, ce que l’antiquité appelle les aristies (àpicTsta) de ces héros, et ce qu’au moyen âge on aurait appelé leur roman . Pour cette partie, je soupçonne qu’il existait des modèlès dans la littérature des peuples voisins : car la différence des langues n’est pas un obstacle à la propagation des genres littéraires. La science est encore trop peu avancée pour permettre de noter avec détail dans les poèmes homériques l’influence des peuples de l’Orient : cependant, quand nous voyons dans l’Iliade que Zeus pèse les âmes, qu’Athèna et Apollon, pour assister au combat d’Ajax et d’Hector, se posent sur un arbre sous la forme de deux oiseaux, [il est difficile de méconnaître l’influence égyptienne.

Je passe maintenant aux parties additionnelles. En ces parties, nous avons toujours affaire aux mêmes héros, mais ils sont transformés. Ils portent encore les mêmes surnoms, ils reçoivent les mêmes épithètes, mais ils ne sont plus les mêmes. De personnages à moitié divins, ils sont devenus de simples hommes; de paladins, ils sont devenus chefs d’armée et chefs de peuple. Chose nouvelle, ils ont des soldats à commander. Ces soldats sont exercés aux manœuvres, marchent en rang, connaissent les divers ordres de bataille (^aXayy tjoov, Trupy^Bov, u7ra<77noia). Ils savent bivouaquer (cinquante hommes rpar feu). Ils se for-

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ment en colonnes d’assaut. Nous trouvons, pour les encadrer, des institutions militaires : une amende frappe les manquants, des secours sont promis aux veuves, des médecins accompagnent l’armée.

Comme ce sont les mêmes qui figurent en cet appareil nouveau, il en résulte de curieux contrastes, qui rappellent les anachronismes de Shakespeare. Agamemnon, visitant le campement de ses troupes après une journée qui n’a pas été à son avantage, adresse à chacun des chefs quelques paroles d’encouragement. Il loue les uns, stimule les autres. Il serre familièrement la main à Idoménée comme au compagnon de maint combat et de maint banquet. « Encourage les autres, lui réplique le chef des Crétois. De moi, de mes Crétois tu peux être sûr. Et que la mort écrase les Troyens, puisqu’ils ont manqué à leurs serments! » Avec les deux Ajax, Agamemnon se contente d’un mot : « Ah ! si toute l’armée était comme vous !... » Avec Nestor, il n’a qu’à laisser couler le flot des souvenirs et des conseils. Chemin faisant, il lui arrive de froisser un capitaine par des recommandations qui pouvaient paraître superflues. Après son départ, celui-ci en exprime quelque mauvaise humeur ; mais son chef, lequel n’est autre que Diomède, remet les choses au point. « Moi, mon ami, je n’en veux pas à Agamemnon : il a raison de pousser de toutes ses forces. C’est vrai qu’il aura l’honneur, en cas de succès : mais à lui aussi tout le déboire, en cas de défaite» Nous

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autres n’avons qu’une chose à faire, qui est de marcher. » Il semble que nous entendions la sagesse d’un vieux condottiere.

Ces parties additionnelles, qui tranchent si fort sur le fond primitif, ne se trouvent pas exclusivement dans les derniers livres. Elles sont dispersées un peu partout. Ainsi cette visite d’Agamemnon au camp grec est dans le quatrième chant. Il en résulte une sorte de trépidation qui est l’une des causes pour lesquelles la science a été embarrassée pour dater l’ensemble de l’œuvre. L’énumération des vaisseaux, qui appartient à peine à l’Iliade, puisque tous les événements se passent sur terre, a été placée au second chant.... Mais continuons cet examen des anachronismes de notre poème.

Cette société homérique qui, au commencement, paraît se borner à des éléments très simples, se révèle, pour peu qu’on y regarde, comme plus compliquée et, pour dire le mot, comme plus moderne. Nous entendons parler d’un Sénat, d’une Assemblée où se produisent les orateurs et où se font les réputations : nous apprenons qu’être puissant par la parole n’a pas moins de prix que d’être fort par l’action. On nous laisse entrevoir que le Sénat où se décident les destinées de Troie est divisé en deux partis. Nous voyons Hector se plaindre d’un groupe de Troyens qui a toujours contrarié ses desseins, paralysé la ré-

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sistance, refusé les moyens nécessaires à la défense. Encore maintenant, ce parti n’a pas renoncé à son égoïsme. Cependant, la ville est bien appauvrie : ses. richesses sont parties, passées aux États voisins, Phrygiens, Méoniens. Ceux qui continuent d’amasser feraient mieux de penser au peuple, car ce qu’ils amassent, c’est autant de gagné pour les Grecs. Ces discussions ont l’air d’être prises dans la vie réelle. Le nom de l’État (tuoXiç) est déjà prononcé : il est dit que le premier des devoirs est de le défendre. Ceci est presque déjà la Grèce historique. On peut remarquer que les discours, qui sont nombreux, ont un air plus moderne que le reste, ce qui ne prouve pas qu’ils aient été ajoutés après coup, mais ce qui vient, sans doute, de ce que le poète n’avait pas, comme dans la partie narrative, d’anciens morceaux lui servant de modèles. Tel discours d’Hector à ses troupes est le même que prononcerait encore aujourd’hui le commandant d’une place assiégée.

La dualité n’est pas moins sensible dans la partie où il est traité des choses divines.

A première vue, l’on penserait que l’Iliade prend au sérieux ses dieux et ses déesses. Mais on commence à en douter quand on voit la nature des actes qui leur sont prêtés. Ces divinités, au fond, sont d’une moralité fort inférieure à celle des simples humains : elles n’hésitent jamais devant la fourberie et

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le mensonge. Kronos, le propre père de Zeus, est régulièrement désigné par son esprit tortueux. On nous montre Apollon tuant Patrocle par trahison, la déesse Athéna usant, pour perdre Hector, d’un stratagème qui déshonorerait un simple soldat. Les déesses ne sont guère respectables. Hélène est bien supérieure à Aphrodite : dans l’explication extraordinaire qu’elle a avec celle-ci, elle insinue que la déesse dispose d’elle pour récompenser ses anciens amants. Les dieux ne s’épargnent pas entre eux : Fléau des hommes, souillé de meurtres, brigand de grand chemin, ainsi est apostrophé le dieu Arès par un de ses collègues célestes1. L’anecdote de Vénus surprise par Vulcain est tellement populaire qu’elle revient deux fois dans les chants homériques. Tout nous donne l’idée d’une religion qui, depuis de longues années, fournit à la poésie des épisodes amusants et piquants, mais n’intéressant en rien la religion ni le culte.

En regard de cet étrange Olympe, nous voyons que l’Iliade célèbre la fidélité à la parole jurée, l’amour de la famille, le respect de la vieillesse, la pitié pour le malheur. En colligeant un certain nombre de vers, on pourrait composer une morale homérique un peu courte, un peu terre à terre, mais encore suffisante pour le commun des hommes, la même que chez les poètes gnomiques. La contradiction devient flagrante quand

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