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V. le vocabulaire, au mot

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les deux conceptions se concentrent sur le même nom, comme c’est le cas pour Zeus. On a en lui, d’une part, un dieu tout-puissant, équitable, ennemi du mensonge, secourable aux faibles et aux malheureux. De l’autre, un despote capricieux et faible, prenant plaisir aux disputes, taquin, indifférent aux souffrances des hommes, joué par sa femme, ayant un passé obscur, — car, en des temps plus anciens, il a eu le dessous dans ses démêlés avec d’autres divinités, quand il a fallu que sa fille Thétis vînt à son secours : de là son indulgence pour la mère d’Achille.

Comment expliquer ces contradictions? — D’une façon très simple. L’un est le Zeus des poèmes d’aventures qui ont précédé et préparé l’Iliade. L’autre est le dieu suprême de la race indo-européenne, l’idéal de justice et de morale en qui elle a incorporé ses notions de droit et de devoir. L’Iliade réunit et confond les deux images, sans se préoccuper de la bizarrerie du mélange. Toutes les religions offrent des exemples d’amalgames semblables.

Si nous voulions, à l’exemple des érudits d’autrefois, et comme on l’a encore fait de nos jours, donner une théologie tirée d’Homère, nous trouverions tout au fond et en dernier ressort, une sorte de fatalisme. Rien ne peut changer la destinée. Zeus tient la balance, mais il voit descendre les poids sans y toucher. . . .

Le trait propre à cet âge de la pensée grecque, c’est le goût des moralités, goût qui se traduit fréquem-

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ment par l’allégorie. Les personnages de l’Iliade, quand ils ont à faire une harangue, inventent en manière d’ornement de leur discours quelque apologue ou mythe plus ou moins ingénieux. Il ne faut pas y attacher plus d’importance que le poète lui-même. Ces mythes sont des improvisations destinées à disparaître avec la' circonstance qui les a suggérées. C’est ainsi que Phœnix, s’adressant à Achille, invente l’allégorie des Prières (àitqu), les Prières qu’il faut accueillir avec piété, car à celui qui les repousse elles envoient le louche et boiteux Repentir. Agamemnon, au. moment de se réconcilier avec Achille, improvise l’allégorie de la Faute (vAtT|), invention qui nous paraît un peu longue, mais que le poète n’aurait pas ainsi développée si l’esprit de son auditoire n’eût été tourné de ce côté. Achille lui-même n’est pas ennemi des moralités. Il s’écrie : « Ah! la dispute, pourquoi n’estelle pas abolie à jamais parmi les hommes et les dieux! Au commencement, elle s’insinue plus douce que le miel : puis elle grandit au cœur des hommes comme un incendie ! » Le même Achille, pour consoler Priam, lui conte l’histoire des deux corbeilles placées à droite et à gauche de Zeus, où il puise à tour de rôle, pour répandre le bien et le mal sur les hommes. Ces moralités, il ne faut pas les retrancher : c’est la marque de l’époque, nous ne sommes pas loin de l’âge d’Hésiode. Il faut y joindre le goût des sentences : goût si prononcé qu’on en trouve au moment

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où Ton s’y attend le moins. Énée, prêt à se battre, répond à l’adversaire qui le défie : « Les injures ne manquent pas dans le monde: un vaisseau à cent rames ne suffirait pas à les porter. La langue est souple et le champ des discours infini. »

Mentionnons enfin quelques passages qui frisent déjà la libre pensée. Quand un devin ou le fils d’un devin périt dans la bataille, le poète ne manque pas de faire observer que sa prescience lui a servi de peu. Dans la bouche d’Hector, il met ces paroles : « Que les présages se montrent à droite ou à gauche, devant ou derrière, je n’en ai cure : le meilleur des présages est de combattre pour sa patrie. » Le vieux Priam lui-même, au moment d’aller exposer sa personne dans le camp ennemi, repousse rudement ceux qui veulent le retenir, et surtout les devins menteurs et imposteurs, toujours les premiers pour la danse et les chœurs ou poür dévorer la substance du peuple. — Conclusion qui répond bien au commencement du poème, où l’on voit Agamemnon déclarer au grandprêtre Calchas qu’il le tient pour un méchant homme, car il n’a jamais entendu de lui une bonne parole, ni vu une bonne action.

Je remarquerai à ce propos que les oracles, qui tiennent une si large place dans Hérodote, et qui, même aux meilleures époques, jouent un si grand rôle dans la vie publique et privée des Grecs, paraissent à peine dans l’Iliade. On a évidemment affaire à un

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public moins superstitieux. Cette société d’Asie Mineure qui, tout en s’amusant aux démêlés des dieux, s’apprêtait à donner au monde les grandes spéculations sur l’origine des choses, était en avance sur la Grèce continentale. Le voisinage des grandes religions de l’Orient, dont il est impossible que les symboles ne fussent pas familiers aux regards, invitait à la réflexion. On s’est quelquefois étonné de voir le génie grec atteindre du premier effort aux plus hauts sommets : c’est que les années d’adolescence sont cachées à nos regards, elles se sont passées par delà ce que nous pouvons voir, soit à l’école des sanctuaires d’Égypte, soit dans ces centres de la civilisation égéenne que la science commence seulement à interroger.

Il resterait à étudier la langue et à examiner le côté grammatical des chants homériques. J’y reviendrai plus loin. Je me contenterai ici d’une remarque générale. Cette langue d’Homère est la même que nous retrouvons chez Apollonius de Rhodes, chez Quintus de Smyrne, beaucoup de siècles plus tard. Nous l’appelons langue d’Homère, parce que nous la trouvons chez Homère et que nous ne connaissons rien de plus ancien. Mais un doute se présente à l’esprit : puisque cette langue a continué d’être employée pendant des siècles, par imitation et èn vertu delà tradition épique, on peut se demander si, dès l’Iliade, la tradition épique n’avait pas déjà commencé. Les choses ne dé-

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butent point nécessairement dans le moment où nous pouvons les observer pour la première fois. Ce que nous attribuons en propre à la langue homérique pourrait bien être en partie le legs d’une période antérieure. On s’expliquerait dès lors l’existence de désinences grammaticales anciennes en concurrence avec les désinences plus récentes, et au milieu d’un vocabulaire archaïque la présence d’expressions singulièrement modernes.

Il en est de tellement modernes que nos philologues ont préféré ne pas les reconnaître. Au vingt-troisième chant, Achille parle d’un monument qu’il a fait préparer sur le rivage pour Patrocle et pour lui-même : à ce monument il donne le nom de -Jjpiov. Malgré la double et triple altération que la prononciation populaire a fait subir au mot, le sens est tellement clair qu’on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il est question d’un 7]po>Vov (en béotien Tjpoiov), c’est-à-dire d’un de ces temples que la Grèce se plaisait à construire pour honorer ses héros. Il est même probable que nous avons ici une allusion à un certain édifice connu des auditeurs, et habituellement désigné dans l’usage sous cette forme altérée.

Par un scrupule pareil, les linguistes ont refusé de reconnaître un autre mot, non moins corrompu. Celui qui porte secours, qui vient à la rescousse, s’appelle ào<7(7Y|T7jç. On a été demander jusqu’au sanscrit l’étymologie de ce vocable, qui est une forme populaire pour

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au!*7}T7]ç (en latin auxiliator). Encore aujourd’hui, nos populations du Midi ne prononceraient pas autrement....

Tout porte donc à penser que l’Iliade a été précédée d’une longue série de poèmes semblables. Certains de ces poèmes concernaient précisément les mêmes personnages. Une lecture attentive suffit pour le prouver. Le poète suppose connues les positions prises par les dieux dans cette querelle qui divise le ciel comme la terre : la haine de Junon pour Troie, la faveur d’Aphrodite pour Pâris, Thétis mariée, quoique déesse, avec un mortel, tout cela n’a plus besoin d’être dit. Agamemnon, Achille, Ulysse, Priam se présentent comme de vieilles connaissances. Il suffit au poète de les nommer. Au contraire, quand il introduit une figure nouvelle, il sait très bien faire précéder son nom du commentaire convenable : c’est le cas, par exemple, pour Dolon, pour Thersite. Il s’adresse à un auditoire parfaitement préparé et qui connaît même des choses que nous ignorons : le vieux Nestor, roi de Pylos, est ordinairement surnommé « le cavalier gérénien ». Pourquoi cavalier? Pourquoi gérénien? Rien ne nous en instruit. Mais il est à croire qu’il en était question dans des poèmes plus anciens. Le vieux Priam a été autrefois en ambassade chez les Thraces :

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on le rappelle en passant . Qu'allait-il faire en Thrace? Le poète suppose que nous le savons.

Ce public instruit auquel s'adresse le chanteur a des goûts distingués en fait d'art. Quand on lui parle d'un sceptre, d'une coupe, d'un casque, on peut lui en détailler les mérites, et même, comme avec des amateurs, lui conter quels en ont été les possesseurs successifs. Quand il s’agit de décrire quelque chefd’œuvre de sculpture ou de ciselure, on voit le poète multiplier les épithètes descriptives et entrer en lutte avec l’artiste. Le bouclier d’Achille sert de prétexte à de petits tableaux de genre comme un connaisseur seul peut en imaginer. Vénus allant trouver Vulcain au milieu de ses ouvriers, parmi ses forges en mouvement, est une idée déjà digne du second ou du troisième âge de la peinture.

L’art du conteur est si anciennement pratiqué qu'il y a des thèmes déjà passés à l’état de lieux communs : par exemple, la querelle entre deux chefs, origine d’une longue guerre1, ou encore cet autre dont nous avons jusqu’à trois variantes : un chanteur étant invité à se faire entendre, le hasard fait qu’il choisit précisément les aventures de son interlocuteur, qui ne peut l’écouter sans verser des larmes. Fénelon, qui, par ses lectures comme par le tour de son esprit, est

1. C’est ce qu’a récemment montré M. Paul Girard, dans la Revue des Études grecques .

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tout plein de la poésie homérique, a reproduit cet épisode dans son Télémaque.

Non seulement il y avait des thèmes qu’on ne se faisait pas scrupule d’emprunter et de reproduire, en un âge où l’idée de la propriété littéraire n’existait pas, mais pour les principaux actes de la vie, pour les situations ordinaires du corps et de l’âme, il existait des formules toutes faites, qu’on ne jugeait pas nécessaire de remplacer par d’autres. De là cette unité de style qu’on trouve d’un bout à l’autre, même alors que le niveau de la pensée a baissé. Certains morceaux, surtout dans les derniers chants, sont l’œuvre de simples versificateurs, assez semblables à ceux qui rimèrent nos poèmes du moyen âge; avec cette différence que le chantre grec est toujours soutenu par deux choses : la beauté de la langue et la supériorité de la tradition épique.

Il ne semble pas qu’entre l’époque où ont été composés les derniers morceaux et celle où le poème a été apporté à Athènes, il faille mettre un long intervalle. La popularité qui accueillit ces vers se comprendrait difficilement s’il s’agissait de l’exhumation d’une œuvre vieille de deux ou trois siècles. Quand Athènes leur faisait une place dans la plus importante de ses fêtes, elle prétendait sans doute continuer une insti-

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tution vivante, elle ne ressuscitait pas un cérémonial mort. Les dates de Pisistrate étant 561-528, nous pouvons mettre au commencement du vie siècle les derniers enrichissements qu’a reçus l’Iliade. Quant à la limite supérieure, après tout ce qui vient d’être dit, l’on ne sera pas surpris si nous ne partageons pas le sentiment de ceux qui voudraient la mettre aux ixe, xe, et même au xie siècle.

L’élaboration d’une œuvre littéraire ne dure pas si longtemps. L’Hector des derniers chants ressemblerait encore moins à celui des premiers. Des personnages nouveaux seraient venus demander une place. En supposant pour la formation et le développement du poème (nous ne parlons pas de la légende, mais de la composition poétique, telle qu’elle nous a été transmise), en supposant une durée de cent cinquante ans, c’est, à notre avis, le maximum de ce que comportent les vraisemblances. Nous arrivons de la sorte aux premières années du vne siècle, c’est-à-dire à l’époque où les colonies, riches et prospères, indépendantes et libres, n’avaient pas encore été aux prises avec les grandes monarchies voisines. Ainsi les poèmes d’Homère sortent du lointain fabuleux où on les reléguait. Ils ne sont point à part; ils tiennent d’une façon étroite à une institution du monde hellénique : ils se rattachent aux solennités des fêtes, comme s’y rattacheront les odes de Pindare, les drames d’Eschyle. L’ampleur de ces compositions s’explique par le retour des

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mêmes fêtes, retour qui permettait, qui appelait les agrandissements.

Par leur âge, ces poèmes font partie de la grande époque d’éclosion, étant de peu antérieurs à Thalès, à Mimnerme, à Alcman. A travers l’appareil mythologique, imposé par le sujet, nous sentons la raison humaine qui s’éveille, nous recevons les premiers rayons de la sagesse hellénique.

A ceux qui trouveront que l’épopée avait plus de grandeur quand on nous disait qu’elle s’était faite toute seule, nous répondrons qu’Homère a déjà trop servi de prétexte à des affirmations difficiles à comprendre. On peut l’aimer sans en faire un phénomène inexplicable. Les considérations sur la littérature inconsciente ont, depuis cent ans, failli égarer l’histoire littéraire. Déjà, il y a un demi-siècle, Sainte- Beuve protestait : « Croirons-nous qu’il y a eu une telle époque où le génie homérique, indépendamment d’un Homère, était dans l’air et roulait çà et là, à l’état de divine tempête? » Déjà Gœthe, en écoutant derrière un rideau, dans une salle de l’Université de Halle, Frédéric-Auguste Wolf, qui développait ses théories, répondait avec le poète comique : « Même en me persuadant, tu ne me persuaderas pas1.... »

En écartant le merveilleux dont depuis trois âges d’homme on entoure la genèse de l’épopée grecque,

1 Ou y b. p icetffeiç, oô5’ Ttstcnrjç.

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nous croyons rester fidèle aux devoirs de la critique; elle est naturellement ennemie du demi-jour, et surtout elle ne doit pas laisser s’introduire le mystère dans ce pays grec où l’on a toujours adoré la lumière et la raison.

LE TEMPS ET LE LIEU

Ceux qui parlent de la simplicité des mœurs homériques ont assurément lu ces poèmes d’un esprit distrait ou préoccupé. Comment parler de simplicité quand, à toutes les pages, il est question de l’or, de l’argent, de l’ivoire, de la pourpre, dans le costume, dans l’armement, dans les meubles, dans les ustensiles ordinaires de la vie? Agrafes d’argent servant à attacher les épées, à soutenir les cnémides, ornements d’ivoire rehaussant les rênes des chevaux, cithares à la monture d’or, coupes d’or et d’argent, le parquet même sur lequel on marche est doré!

L’idée de richesse et de luxe est partout. Comme la poésie homérique suppose de continuelles communications entre le monde des dieux et celui des hommes, c’est sans doute aussi pour les hommes que Vulcain est occupé dans ses ateliers à fabriquer sans relâche agrafes, bracelets, chaînes et colliers :

TUOpTTOCÇ T£ yva[Jl7UT <XÇ 6’ êXwCOCÇ, xàXuXOCÇ T£ XOU OpjJlOUÇ.

L’or et l’argent ne sont point vantés pour eux-

LE TEMPS ET LE LIEU

mêmes, il y faut l’embellissement des arts. « Parmi les trésors d’art (xet^Xta) qui reposent dans ma maison, dit Ménélas à son hôte Télémaque, je te donnerai ce qu’elle a de plus beau et de plus précieux : une coupe ciselée. Elle est toute en or, avec les bords en argent, chef-d’œuvre d’Héphaestos, qui me vient d’un roi de Sidon. »

Nous constatons ici quelque chose de plus que l’amour du luxe, savoir le goût des belles choses et l’instruction de l’amateur. On nous apprend en même temps à connaître d’où viennent ces objets de prix : la source est Sidon, la capitale des Phéniciens; Homère confirme ici ce que nous ont appris depuis vingt ans les recherches archéologiques. Pour savoir enfin jusqu’où allait cet art, il faut se rappeler la description du bouclier d’Achille, où l’on voit représentées les scènes variées de la vie aux champs ou dans la ville, en temps de paix ou en temps de guerre : un cortège de fiançailles, la bataille de deux peuples, une séance de l’agora, le travail des vendanges... Les fouilles de ces dernières années ont prouvé que cette description n’est pas de pure fantaisie. Quel plaisir d’ailleurs les auditeurs de l’Iliade auraient-ils pris à ces vers, s’ils n’avaient pas éveillé dans leur mémoire le souvenir d’objets plus ou moins semblables qu’ils avaient vus en réalité?

On a objecté que ces parties du poème sont modernes : c’est la réponse ordinaire à tous les passa-

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ges qui contrarient les idées préconçues. Nous la rencontrerons encore plus d’une fois...

On peut découvrir dans la poésie même d’Homère, et sans qu’il le dise, des réminiscences de modèles sculptés ou peints. Zeus pesant dans la balance la destinée de deux guerriers, la déesse Atê qui ne touche pas la terre et marche sur la tête des hommes, Arès assistant du haut des airs au combat de Diomède et d’Aphrodite, — « le dieu assis sur la gauche, sa lance appuyée sur un nuage, ses coursiers au repos » — tout cela ressemble fort à des souvenirs de scènes figurées. Peut-être en est-il de même pour cette conception si familière aux poèmes homériques, d’un héros accompagné en ses exploits par le dieu ou la déesse qui le protège.

Chaque fois que se montre le héros troven Pâns, et qu’il s’attire, comme à l’ordinaire, des reproches sur sa mollesse, on peut s’attendre à voir signaler farrangement de son costume et tout l’extérieur de sa personne. La première fois qu’il entre en scène, il est décrit avec sa peau de léopard sur les épaules, son arc recourbé, ses deux javelots qu’il balance à la main : image de jeune guerrier comme la sculpture en a produit beaucoup depuis l’époque homérique, et comme sans doute elle en avait déjà produit beaucoup avant les vers d’Homère. Parmi les reproches prodigués au divin Alexandre, outre les autres griefs, on ne manque pas de lui parler de sa coiffure, qui a

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quelque chose de particulier, car on la compare à une corne (xspxç)1. Les commentateurs ont beaucoup discuté sur cette corne, qu’ils ont voulu entendre de la corne de son arc. Mais il est plus probable que nous avons ici un terme technique de sa coiffure asiatique, de même ordre que le bonnet phrygien.

Comme ces bijoux, ces objets de toilette — diadèmes, boucles d’oreilles, bandeaux de métal — que des fouilles en ces vieilles contrées font sortir de terre, certains mots dits en passant, certains adjectifs échappés à la conversation, nous laissent entrevoir un long passé de vie élégante et mondaine. Pour un seul et même défaut la langue a été enrichie à la fois du composé 7uxp0evo7«7C7|ç « lorgneur de jeunes filles » et 7)7T£po7r£UT7]ç « faiseur d’yeux doux »2. Cette synonymie nous transporte dans une cour de vie aimable et facile.

Depuis longtemps de bons juges en ont fait l’observation. « Le sentiment du beau et de la poésie, dit le romancier Tourguéneff, ne peut naître et se développer que sous l’influence delà civilisation. Ce qu’on appelle œuvre nationale et spontanée n’est que niaiserie et absurdité. On distingue jusque dans Homère les germes d’une civilisation riche et raffinée. »

A ce témoignage j’en ajouterai un autre, tout récent:

« Les poèmes homériques, dit dans son Histoire de

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