V. fycoç
’Eyyûç.
La dernière syllabe de eyyûç « auprès » est la même que dans pso-riyu; « au milieu ». Il faut y voir un complément qui a cessé d’être senti, comme il est arrivé dans àvrwptiç (v. ce mot).
Mais lequel? On peut hésiter entre yri « la terre » et ytnov « membre » .
Il faut renoncer, en tout cas, au rapprochement avec àyyyj , lequel vient de ayyco « serrer ».
’Eyxscdpcùpoç.
C’est une bien vieille observation, que le trop fréquent emploi d’un mot en affaiblit l’énergie ; mais l’observation n’est jamais plus vraie que quand le mot, placé à la fin d’un composé, est en voie de passer à l’état de simple suffixe.
Pour marquer le goût ou la passion que nous pouvons éprouver pour certaines choses, la langue homérique forme des composés en pwpô;. C’est
LliXILOGUS.
ainsi que, de nos jours, nous disons d’un amateur qu’il est fou de peinture, fou de musique. Mais cette façon de s’exprimer est déjà devenue tellement ordinaire dans la langue homérique, que utoooç, dans « fou de javelots », i6p.wpoç
« fou de flèches », remplit à peu près l’office d’un suffixe. Les Myrmidons èyye oriatopoi., entendez (( les belliqueux Myrmidons ».
Cette façon d’exprimer la propension ou l’habitude est d’une littérature assez avancée.
ElicoaivqpiTa.
Ojo’ eï XcV 3 sxàxiç ts xal £W(mv7]pcu’ airowa
« Non : quand on m’apporterait comme rançon dix fois et vingt fois autant.... »
C’est Achille, au moment de tuer Hector, qui, entre autres paroles d’orgueil et de colère, lance cet adjectif qu’il vient probablement de créer, car nous avons affaire, à un ohra!- sipr^évov.
Devant ce sesquipedale verbum , les interprètes sont demeurés embarrassés. On voyait bien le nom de nombre « vingt » : mais on avait peine à distinguer de quoi était formée la seconde partie.
LEXILOGUS.
Les anciens pensaient y voir le verbe spi£to « se disputer », et voici comment ils en expliquaient la présence. « Vingt fois autant, c’est une estimation. Or toute estimation est voisine de dispute (è'pt.ç) — » Nous ne nous arrêterons pas à discuter cet ingénieux commentaire.
C’est aussi le verbe èptÇco que reconnaît Doderlein : mais il suppose un adjectif wipt/roç (pour vYi-bsp^to) « dont on ne peut disputer, incomparable, immense, infini ». Malheureusement il n’existe aucun exemple de cet adjectif vrjpuoç.
Duentzer propose le substantif vv^poç « amas », dont l’existence n’est pas moins problématique; j’en ai vainement cherché la trace dans les dictionnaires.
Les linguistes modernes ont tort de ne pas lire les scoliastes grecs qui pourraient quelquefois leur donner d’utiles avis. Ainsi il est dit expressément que le v appartient à sl'xcmv.
IlapacpuXocxTsov oti 6 sïxo< nv apt.6p.oc; elq v xaTaV/jçaç C7UV8T éSrj * to yàp v to*j eîxoaiv sari.
Avant de continuer et de dire comment il convient, selon nous, d’expliquer ce composé, nous demandons la permission de faire passer sous les yeux du lecteur un certain nombre de mots en 7)p*/}ç. On verra tout à l’heure que ce n’est
LEXILOGUS.
pas une digression. L’adjectif el xoc-^p^ç viendra prendre sa place au milieu d’une série bien connue.
Movvjprjç. Solitaire. On a, par exemple : jjiov^pTis (3toç, p.ovr4p7]ç Starac. Hérodien est l’auteur d’un traité Ilspi pWipouç léÇetoç « De dictione singulari ».
’Apicp^priÇ. Euripide (Ion, 1127) applique cet adjectif au territoire sacré qui, des deux côtés, doit protéger le sanctuaire du dieu.
Su piv VUV, 7£XV0V, à[i.cp7]p£t,ç [iivtOV SxTjVOCÇ àvWTTj.
Le Dictionnaire de Henri Estienne cite, en outre, àp.cpr[p£ç <jz6y.oc — ay.<forépxt.ç y vàQois £a-0tov, et
àpi(p7]p7j'ç aù)v6ç = £xaT£poaç-y£pai xaT£r^6pi£V0ç.
Av/]pyiç. Une maison à deux étages. Un siège à deux places. Un vêtement double.
Tpivipriç. La trière étant une galère à trois rangs de rames, on a souvent expliqué le second terme de ce composé comme venant de £p£<7<rco « ramer ». C’était peut-être l’impression que le mot faisait déjà aux anciens. On a de même pour « navire à un, à deux, à sept, à dix, à trente rangs de rames » les expressions £V7)pY|Ç, Swjp7)Ç, £7TT7]p TiÇi §£X7}p74Ç, TptaXOVTT^Ç.
Mais si plausible que paraisse cette étymologie, je crois que ce serait une erreur. Tpw5pr4ç n’appartient pas nécessairement à la marine. C’était, par exemple, le nom d’une certaine espèce de vase à boire. Hésycliius : eÇc o t7\; v£coç xal puxov Tt ixncoy.a.
Il faut donc expliquer -yjp rtç par quelque chose
LEXILOGUS.
de plus général que l’idée de ramer. Il est naturel de penser à àpap'crxw, verbe extrêmement ancien, qui se retrouve dans toute la famille, et qui signifie « arranger, adapter ». Il a dû exister anciennement un substantif neutre a poç signifiant « agencement ». Tpr/jp-r^ est un navire à triple agencement. Le sens de cet apoç, qui est entré dans ce composé ainsi que dans les autres que nous venons de citer, a naturellement pâli : on n’en sent pas plus la signification dans pLovr^ç, Sw{p7|ç, qu’on ne sent celle d’un mot signifiant « pli » dans le latin simplex , duplex , ou d’un mot signifiant « compartiment » dans l’allemand einfach , mannigfacli .
Pour revenir maintenant au composé homérique, un adjectif eixo<uv-75p7)ç signifie « vingtuple ». De là le poète a tiré son adjectif eUovwripvzoq. Le suffixe est le même que dans Xiqïtoç venant de Xaoç.
Les composés en -Y)p7,ç ayant cédé la place aux composés en -TuXao-ioç ou en -tu tu^oç, l’adjectif homérique, sans cesser d’être intelligible, a peu à peu perdu sa transparence grammaticale1.
1. Il XXII, 349. Nous n’avons mentionné que les composés dont le premier terme est un nom de nombre. Si nous en avions cité d’autres, la présence du verbe àpapi'o-xo) deviendrait encore plus sensible. Je rappelle l’adverbe épftqpeç qui signifie « étroitement » :
Mupjuôôvsç TaxÛTTwXot, êpioi èpimr\ pe; èxatpot.
LEXÏLOGUS.
Eï ic co « ressembler ».
Ce verbe, qu’il ne faut pas confondre avec un autre verbe sl'xto « céder », est un de ceux pour lesquels la présence d’un digamma est le plus surabondamment démontrée. Sans parler du substantif sixtov <( portrait », que nous trouvons souvent, dans les inscriptions, orthographié FEIKQN, le digamma est attesté par le parfait êotxa (féFoixa) et par des faits de prosodie comme :
'Htck [jisv Tay’ qtuwQs Mayàovi TïàvTa eoixev.
Cependant, même pour ce mot, le digamma manque quelquefois, ce qui dénote soit une différence d’époque, soit l’affaiblissement de cette articulation (le w anglais), qui finalement [devait disparaître de la prononciation et de l’alphabet.
Le parfait souca a passé du sens « ressembler » à celui de « convenir », surtout avec une négation, comme quand nous disons en français : « C’est une action qui ne lui ressemble pas ». De là le sens de « convenable » qu’a pris le participe soixcoç, féminin elxuia :
... Mv^cTTTjV aAoyov, slxuiàv a xoitiv.
JLEXILOGUS.
et le sens de « naturel, vraisemblable » qu’a pris le neutre sixoç.
De sl'xw « ressembler » viennent les adjectifs eïxeXoç, ixeloç, OeoetxsXoç, £7 ziéixe'koç, emeiX7}ç, àsix7].ç.
Il faut remarquer le sens très énergique qu’ont pris les mots négatifs comme àeuc7]ç, àëtxetT), àewcéXtoç, ainsi que l’adverbe de forme déjà plus moderne quoiqu’il se trouve une fois dans Homère, aixojç. On peut comparer, quoiqu’il soit plus faible, le français inconvenant .
EiX<xmvr|.
Il existe des symptômes d’après lesquels on peut inférer soit la jeunesse d’un idiome, soit son âge mûr, soit sa vieillesse.
Un symptôme qui annonce l’âge mûr est le suivant.
Pour créer un dérivé, au lieu de s’adresser directement à la racine, la langue emprunte quelque forme de la conjugaison. Le verbe qui veut dire « boire » fait au parfait TusTitoxa, à l’aoriste passif stïoQ^v. La racine est donc tco ou tcot, Mais la langue homérique, par une création qui sent déjà son âge mûr, ayant à dire « festin,