IL, II
etc. On en doit conclure que ce w ne s’entendait plus d’une façon très distincte, et qu’à l’occasion il pouvait déjà être omis, comme il l’a été tout à fait un peu plus tard. Nous pouvons nous faire une idée de ces sons intermittents et facultatifs par notre e muet. Une chronologie des chants homériques établie sur ces signes aura toujours quelque chose de douteux.
’Epivüç «la malédiction».
En une dissertation fameuse, Adalbert Kuhn, le fondateur des études de mythologie comparée, a cru retrouver ’Epiviiç dans une divinité du panthéon védique, la déesse Saranyu, personnifi-
LEXILOGUS.
cation, selon les uns, de l’orage, selon les autres de l’aurore. Le progrès des études pourra avoir pour effet d’infirmer ce rapprochement, ainsi que plusieurs autres du célèbre mythologue, sans pour cela rien enlever au mérite de son initiative. Nous allons dire sur ’Epivüç ce qui ressort pour nous de l’étude d’Homère.
’Epivuç est un nom commun dans Homère : il signifie « malédiction, imprécation ». C’est ce que nous voyons entre autres par deux passages où l’on a le pluriel eptvtieç employé exactement comme dans la langue ordinaire àpod. Ce mot spivusç esLaccompagné du mot p)Tpoç. Il s’agit de la malédiction qui poursuit le fils coupable d’ingratitude envers sa mère
oütco x£V tgç priTpoç Ipivéaç sÇotnoTWOiç,
7) toi ycoopivvj xaxà jjlt^Sst oa, oüv£x’ Ayoaouç xaXhneç, a uxàp Tptoaiv UTcepçtàXoto’tv àfrjvsiç.
La même expression, p^p oç epivu.eç, se retrouve dans l’Odyssée (XI, 280), en parlant d’OEdipe,qui a souffert toute sorte de maux, comme les produisent les erinyes d’une mère :
tw V aAyea xaÀÀtTr’ otuo-o-co 7i oXkb. p.àV, oWa te p.yjTp oç èpwôsç exTs'kéoiHTW.
LEXILOGUS.
Il y faut joindre un vers de l’Odyssée (II, 156), où Télémaque dit qu’il ne peut songer à renvoyer sa mère :
eirei [v/jTsp oTuyepaç ap^o-sT’ ep wüç, oîxou oiTzepyop.èyr^ • V£[i.s<7t.ç Si àvQpwTutov
eWsTa'..
On doit remarquer cette expression àp^o-cT’ èpt.vuç. Expression du même genre que TcoXepiov Tcoleuslv, TîTWuia m7creiv. Entre àpà et èpivôç il y a une étroite parenté : à côté de àpàop.a', on trouve àpsvvupv, qui nous rapproche déjà. Hésychius a la glose : ’ApàvTWiv * sptvu<n . MaxsS oveç. Eschyle emploie indifféremment ’Apalet’Epivusç. Pausaniasrapporte que chez les Arcadiens èpwvueiv signifie simplement « se mettre en colère ». On peut rapprocher certains sens qu’a pris chez nous le verbe jurer.
Il faut donc placer les Erinyes en dehors des phénomènes atmosphériques, et leur assigner une place à côté de ”Att \ et de Népieo-tç. Elles représentent la réprobation qui s’attache à toute mauvaise action ou à tout acte contre nature.
Quant au substantif féminin àpà, ionien àpr4 (avec a long), il ne signifie pas seulement « imprécation », il signifie aussi « prière », et c’est là, probablement, le sens originaire. Nestor (//., XV,
LEXILOGUS.
578) demande à Zeus d'épargner l’armée des Grecs, et Zeus écoute sa prière :
''QçscpaT’ eù^o^vos * piya 8’ sxtütts |À7)Tt£Ta Zeuç,
’Apàtov àtwv NrjXïiïàSao yépovTOç.
Cf. IL, XXIII, 199.
L’origine de ce substantil àpà est inconnue.
' Ep^a.
Le substantif neutre eppa (pour epSjxa) signifie « appui, base, soutien », du verbe epsCSco « appuyer, soutenir ». "Ep^a-a v^wv, ce sont les pierres qui servent à caler les navires. Par une métaphore très naturelle un homme utile à la cité a été nommé sp ua izôl^oq. Mais il est arrivé à cette métaphore ce qui arrive aux images en vieillissant : elle s’est usée. Elle est alors devenue un mot abstrait. Homère, en parlant des flèches qui apportent de noires douleurs a pu dire jjifiXaivstov epp.’ oSuvawv. On a donné pour cette expression de subtiles explications : les douleurs, a-t-on dit, élisent domicile dans 'cette flèche, s’y appuient (IpdSovTou). Si nous appliquions la même rigueur étymologique à nos expressions cause, source, principe,
LEXILOGDS.
base, fondement, nous devrions recourir à des subtilités du même genre.
L’esprit rude vient probablement d’une confusion avec le suivant1.
“Ep porta « boucles d’oreille ».
Le pluriel l'puata « boucles d’oreilles » est un dérivé du verbe eîpw « attacher », qui correspond au latin serere (même sens). L’esprit rude est le représentant régulier d’un ancien s.
Un autre dérivé de la même racine est oouoç « boucle d’oreilles ».
‘ExÉpCdBl..
Un emploi curieux du suffixe -(h se trouve dans l’Iliade (V, 551). Diomède, au cours de ses invectives contre Aphrodite, qu’il vient de blesser à la main, lui dit que désormais elle aura soin de se tenir loin de la guerre. Mais le poète emploie une forme beaucoup plus énergique. « A l’avenir, fait-il