‹ Pour mieux connaitre HomèreChapitre 52 sur 72 · V. cstiop · texte numérisé non relu

V. cstiop

utmuxa), mais qui, dans le principe, s’ajoutait à certaines racines pour former des conjugaisons entières (vptw, oXsxw, èpuxw). Au sujet de ce x qu’on retrouve en latin ( fado , jacio , etc.), v. Curtius, Bas Verbum , II, p. 227.

’IvôàXXopoa «paraître».

Nous avons ici une forme de la racine F'.S « voir » qui fait supposer un adjectif FivSaXoç « visible », avec le même suffixe que xpo^aXôç, al'QaXo;. ’IvSàXXw, de son côté, a donné îvSaXpa, IvSaXyo; « image, figure ».

Ceci peut nous renseigner sur la formation du substantif ocç9aXp.6ç, dont on ne voit pas du premier coup le rapport avec la racine ou « voir ». Il faut supposer un verbe otïtoXXw, qui a donné oTrraXpoç. Il existe, en effet, un mot béotien oxxaXXo; « œil ».

"iCTTCOp.

"Ia’vwp, du verbe Ft.§ « voir, savoir », désigne le témoin, celui qui sait. De là le dérivé 'wxopîa. D’après l’étymologie, ces mots auraient dû avoir un F, qui régulièrement serait devenu un esprit

LEXILOGDS.

doux. Au lieu de quoi nous avons l’esprit rude. Il y faut voir un effet de la prononciation attiquë, laquelle affectionne l’aspiration. Aussi avait-on qualifié les habitants de l’Attique 8«<nrmxoî.

D’autres mots, qui commençaient par un F, y ont renoncé et ont pris l’aspiration rude : ea-rapoç,

. éaria, evvujn, s toc, t.à'.oc, etc. Il faut remar-

quer que plusieurs de ces mots sont de la langue de tous les jours, et très usités. L’aspiration paraît donc être due à l’influence de la prononciation populaire.

C’est encore ainsi que sans raison d’être étymologique on trouve l’esprit rude sur certains mots, comme mctcoç, txvéopwu, Ÿ,ycoya'., riyeïç, lesquels commençaient par une voyelle.

Il y a un point par où le dialecte homérique a l’air de surpasser notablement en antiquité le grec des époques suivantes. Il a l’air de posséder dans la désinence ai ou <piv un cas qui manque au grec classique. Le fait serait capital. Il importe donc de le regarder de plus près.

Cette désinence ai ou œtv est certainement ancienne : elle est apparentée au datif pronominal

IÆXILOGUS.

latin (tibi, sibi ), ainsi qu’au datif pluriel ( nobis , navibus , dicbus ). Mais ce qui fait la vie d’une désinence, c’est l’emploi plus ou moins libre qui en est fait. Pour qu’elle soit considérée comme vivante, il faut qu’elle puisse s’adapter à des séries entières de mots, comme expression d’un certain rapport grammatical. Mais ce n’est pas ce que nous observons pour la désinence cpt., qui s’ajoute seulement à un petit nombre de mots, où elle se maintient par tradition (v. ôeÇiocpiv). On en doit conclure que cette désinence était déjà pétrifiée.

En ce qui concerne qui est un cas dépareillé du mot U « la force », nous le trouvons dans l’adjectif ftptoç « vigoureux » (t®ia pjXa) et dans les noms propres ’lcpiyéveia, ’lcpiàvao-a-a, "Içitoç. En tous ces mots, il est traité comme adverbe.

’lcoicf] « la poursuite ».

A côté de Suoxto on trouve une forme ubxto qui a le même sens « poursuivre » , et qui a donné uoxrj « la poursuite », « la mêlée », TraXùoi-t.ç

retour « offensif ». Au fond, c’est le même verbe que Subxco. Le S a été assimilé par le j dont il était suivi. C’est ainsi qu’en latin Diovis est devenu Jovis et qu’en français diurnum a donné jour.

LEXILOGUS.

KaXuipci.

La déesse Calypso, qui reçoit une fois l’épithète de SoXôso-a-a, a toutes les apparences d’une divinité malfaisante. Semblable aux Sirènes, à Circé, elle trompe et retient de force les navigateurs.

On peut interpréter son nom comme celle qui s’enveloppe de brouillards {•Kcà.ùmetca) , à moins que, plus significatif encore, son nom ne doive être rapporté au verbe xXstctc.iv. L’u serait alors une intercalation, comme dans yjXuOov.

KEipqXiov.

Ce nom désigne chez Homère les objets destinés à être gardés — à-rroOsTa yprj ya-ua — soit qu’ils doivent leur prix à la matière, soit qu’ils aient une valeur artistique. Le mot dérive — non pas précisément du verbe xsi^at., comme le dit YEtymo loçjicum magnum , et comme les dictionnaires le répètent, — mais d’un substantif inusité xeiu. a ou xsïp.oç, avec lequel il est dans le même rapport que ••au.-/, A'.a « les présents de noces » avec yàp.oç.

Ce substantif xet^Xtov est encore représenté

LEXILOGUS.

dans les langues modernes par les mots camaïeu ët camée. Comme d’autres termes d’orfèvrerie, il est probablement venu par la voie de Constantinople.

KspTÔpioc;, Kpfiyuoç.

Parmi les composés que présente la langue homérique, les deux qu’on vient de lire sont particulièrement expressifs.

Une parole moqueuse est appelée une parole qui blesse le cœur ou qui le perce (de xsp et TîL/.vo)). Une parole agréable, un encouragement, une louange est dite xp-/]yuoç « qui réjouit le cœur » (de xrjp et yséu))1.

Certains discours chez Homère sont, en effet, des spécimens de cruelle raillerie : quand Achille parle aux ambassadeurs de la muraille élevée par les Grecs, ou quand Athéna fait mine de s’étonner de la mésaventure éprouvée par Aphrodite, l’ironie est si mordante qu’elle peut bien être qualifiée de la sorte.

Une langue qui possède des composés de cette espèce n’en est pas à ses débuts d’expérience psychologique.

1. La différence de %sp et ne peut étonner. Les deux formes étaient usitées.

LEXILOGUS.

KscfxxXf).

Le substantif xssa/oj est un diminutif de même sorte que àyxàXvj « coude », piacryâXYi « aisselle », yuaXov « creux de la main », opupaXoç« nombril », etc. et comme en latin oculus, auricula, etc. On s’explique ces diminutifs si l’on veut bien se souvenir que le langage est une œuvre en collaboration où les mères parlant à leurs enfants ont leur grande part.

Quant à l’origine de xecpa X-/), elle est aussi prosaïque que celle du mot français tête. Comme nous l’avons montré ailleurs, le rapport avec xtipgyi « pot » est à peu près le même qu’ entre veylXr, et v'jptcT) (v. xup.ëayoç) .

Hésychius nous donne cette glose : xeêaXv) xsœaXvî • xéXtç.

Kqp « le cœur » .

Le substantif neutre -x^p, qui désigne « le cœur », fait au génitif x-^poç et au datif xf|pt,, en gardant le ton sur la syllabe radicale. L’accentuation est celle d’un ancien trisyllabe, car xrjpoç est pour une ancienne forme xsapoç.

LEXILOGUS.

Dans une période antérieure, ce mot a dû avoir le génitif xspSoç, le datif xspSL La déclinaison a été refaite sous l’influence des autres mots en 7)p, poç. Le primitif xsp o subsiste dans xpa5£y|. Cf. latin cor, cordis , anglais heart , sanscrit hrïd.

Je n’ai pas besoin d’ajouter que ce mot n’a rien de commun avec le substantif féminin Kfko, qui désigne une ou plusieurs divinités présidant à la mort, particulièrement la mort violente, la mort sur le champ de bataille. Ce mot Krjp, qui ne se retrouve dans aucune des langues sœurs, a l’air d’être un emprunt à une mythologie étrangère.

Kîpvqpi « mélanger ». Kqpôç « la cire ».

Ce verbe est toujours employé dans Homère en parlant de la préparation du vin : iapvàç oaGo-a olvov, xp7)Tï|pt, olvov êxtpva, etc. Il s’agit du miel qu’on ajoutait au vin pour en adoucir le goût.

Au lieu d’une racine signifiant d’une façon générale « mélanger », à laquelle se rattacheraient xtpvTjpu et xspàvvujM, il est plus vraisemblable de prendre pour point de départ l’objet qui servait au mélange. Je suppose qu’à la base de ces verbes se trouve le mot xvipoç qui désigne la cire. Ce mot est très ancien : il se retrouve en latin ( cera ) et dans

LEXILOGUS.

les langues sémitiques (araméen qirîtha , arabe qîr).

Nous nous éloignons de nos confrères les étymologistes, en ce qu’aux racines verbales à sens indéterminé nous préférons ces noms concrets. Les premiers éléments de la vie civilisée sont plus vieux qu’on ne suppose d’habitude : par ces noms anté-ariens s’établit la communication entre des périodes qui ont l’air de n’avoir point de rapport entre elles.

Voir aussi jj-sG-j.

Ku6i<7Tr|Tf]p.

KscpaÀT] étant un diminutif, il est naturel qu’on demande quel était le terme non diminué. J’ai déjà indiqué plus haut que ce terme était ou xü[ xërn qui signifie proprement << un vase, un pot ». Les Grecs se sont plu à la même comparaison ou à la même plaisanterie que les Gallo- Romains et tant d’autres peuples. Je ne crois pas qu’il faille voir là le souvenir de crânes servant comme vases à boire. Cette période de l’humanité a existé, mais elle était passée depuis longtemps.

De x'jy£rt » tête » il est resté « qui a la

tête en bas ». La différence pour les voyelles est la même que dans vép-cpi et vecp

LEXILOGUS.

On peut pousser plus loin les rapprochements et citer Hésychius :

Kucpepov r\ xu<p7)V xecpaX^v. Rpr/reç.

On peut citer également xuêv} « tête », conservé clans plusieurs dérivés : xuëiÇ co « se mettre sur la tête, se mettre la tête en bas ». De là xuéhgty) « l’art de l’acrobatie », xuëwràto « faire l’acrobate », ce qui est commenté par Y Etymologicum magnum , dq xeoaX^v Tr/iôco. Enfin l’on a xuêior/iT^p qui est le terme technique pour les saltimbanques.

Kùp6ocxoç, icûp6oç, K\3p6q.

Ku^Sa^oç est un adjectil signifiant « qui a la tête en bas ». Il est employé en parlant du guerrier tombant à bas de son char.

Cet adjectif nous a conservé un ancien nom de la tête, xtipiêoç, -X 6g.ë^ ou xuÊt].

A vrai dire, aucun de ces mots ne signifie proprement « tête ». Ils signifient « cruche, pot, écuelle ». Il y a des plaisanteries qui reviennent d’âge en âge. Le peuple les reprend, sans se douter qu’elles sont bien et dûment déjà fixées et enregistrées. De ce nombre est la plaisanterie qui consiste à comparer la tête à un vase à boire. Les

LEXILOGUS.

Germains, trouvant en latin le mot cuppa, jugèrent à propos d’en faire le substantif Kopf. Chez nous, on s’imagine être original en parlant de fiole.

On sait qu’il y a déjà des y.'j^rr-Si^zz dans Homère : ils égayent la fin d’un repas chez Ménélas, au quatrième chant de l’Odyssée.

Le ê dans ces mots tient probablement la place d’un cp, comme dans Xapëàvc o, IXaêov.

Kûôoç.

Parmi les noms exprimant l’idée de « gloire » (xXsoç, suyoç, etc.), celui-ci est l’un des plus fréquemment employés : il ne se trouve pas moins de quatre-vingts fois dans l’Iliade. Il a en outre, donné nombre de dérivés : xuoàXip.o<;, xuoodvw, xuo’.àw, . xuSipoç, xuSkttoç, xuûpôç, IpwuSvjç, œiXoxuSvjç, xuStàveipa, UTtepxûSaç

Il est dit, en manière de sentence, que les dieux donnent ou enlèvent la gloire à qui ils veulent, que la gloire vient en dernier lieu de Zeus, qu’un guerrier, en succombant, laisse la gloire à son ennemi, etc. Ce mot si important ne se retrouve dans aucune des langues sœurs. On ne peut donc dire quelle en était la signification primitive. Il

UÎXILOGUS.

faisait certainement partie de la terminologie spéciale du milieu social auquel nous devons les chants homériques.

A une époque beaucoup plus tardive, il est quelquefois employé en mauvaise part, comme synonyme de XoiSopia, xaxoXoyia. Mais c’est le même fait que pour fameux en français.

Atqv.

Il semble que Ida, après avoir désigné le butin, se soit peu à peu dépouillé des idées accessoires qu’éveille une telle expression, et ait désigné purement et simplement la richesse, sans aucun souvenir de rapt ni de conquête. Une telle généralisation ne peut étonner ceux qui se sont familiarisés avec les changements de sens que présente l’histoire des mots. Il suffit de rappeler qu’en français le mot gain vient de l’idée de pâturage, et que l’anglais fee est un parent du latin pecus. Comme on l’a vu plus haut, ’AysXsw], surnom d’Athéna, au temps où elle était déesse guerrière, a pris ensuite le sens pacifique « qui donne la richesse ». Pour la même raison, l’adverbe qui n’est pas autre chose que l’accu-

satif de Xela, a pris le sens de « beaucoup, trop ».

LEXILOGUS.

MàTr|v « vainement ».

On fait communément dériver cet adverbe du verbe podopat. « désirer », le simple désir (non accompli, par conséquent vain) étant opposé à la réalité. Mais je crois qu’on en peut donner une étymologie moins artificielle.

Je propose de rattacher cet adverbe au verbe podvopau Ce qui se fait en vain est considéré comme une chose faite follement. Pour la sagesse populaire, faire une chose inutile ou être fou, c’est tout un : Ulysse, qui ensemence le sable de la mer, en est l’exemple typique. Ce qui me confirme dans cette opinion, c’est le verbe paTat», qui s’emploie au sens de « aller follement, s’égarer ». Pandaros, dans l’Iliade, s’adressant à Enée, lui dit de conduire lui-même son attelage, de peur que ses chevaux, pris de crainte, ne s’emballent et ne veuillent l’entraîner loin du champ de bataille :

M r\ tco jjiàv SetaavTe paT7]<7£T0V, oùô’ eQéXïjTOV ’Excpspepsv TcoXénoto.

Ce verbe pxràto suppose un substantif par/j « égarement », dont pa^v est l’accusatif1.

Page 1