Eschyle, Euménides
LEXÏLOGUS.
Mépoirsq « les hommes ».
Mépoîceç avSptoTïoi, on a traduit « les hommes qui ont un langage articulé », à cause de p époç <( partie » et oi « voix ». En réalité, pipoTOç et àvGpwTiot. sont de purs synonymes, le poète, fidèle à sa manière redondante, ayant mieux aimé deux substantifs qu’un seul.
Dans la première partie du composé nous avons les débris d’un vocable signifiant « mortel, homme ». La racine est mar « mourir ». En sanscrit, le substantif est mrïta , en grec il est jâpoTOs. On sait que les mots se ressemblent très peu à eux-mêmes, quand on rapproche la forme qu’ils prennent en composition de celle qu’ils ont à l’état indépendant. Deux autres anciens composés de même sorte sont, comme on l’a vu, SptoA (pour àvSpcoA) et vsptoA (pour àvspavi). V. plus haut àvSpco TCOÇ.
MspoTrsç comme àvÔptoTrot. désigne donc « ceux qui ont visage d’homme », c’est-à-dire « les hommes ». Ces composés viennent en dernière analyse d’un certain besoin de grandiloquence : ce qui a visage d’homme, comme nous dirions : ce qui a nom d’homme.
La seconde partie du composé doit être rap-
LÉXILOGUS.
portée à la racine otï « voir », et non à la racine Atu « parler ». Nous avons ici un substantif oA « visage » qui n’est pas usité à l’état simple, probablement parce -qu’il se serait confondu avec oà « la voix ». (Voir ce mot.)
Méacfxx.
Dans pia-oa nous avons l’exemple d’une ancienne préposition signifiant « avec », à laquelle est venu se souder comme annexe un pronom dont la présence a cessé d’être sentie. C’est le même fait qu’on a dans le français avec , qui se compose de av (du latin apud) et de uec (latin hoc).
Cette ancienne préposition ps entre aussi dans p.£Ta, dans pi <to Ç. On la retrouve en grec moderne, où elle a survécu à ptETa.
Une soudure analogue s’observe dans voo-cpt. « sans », lequel se compose d’une particule négative et d’un pronom qui s’y est accolé sans rien ajouter à la signification.
Mr|xaviT«
Ce mot, qui a donné le latin machina et le français machine , a commencé par être une abstraction
LEXILOGUS.
signifiant « artifice, invention ». Son histoire est un peu celle du français engin. Ulysse porte le surnom de TtoXup^avo;, et Hermès celui de pyavuîiTa.
D’une situation sans remède on dit qu’elle est àpyavoç. On le dit aussi d’un caractère difficile à vivre. L’expression a dû être d’usage populaire, puisqu’on la rencontre non seulement dans la bouche des chefs se querellant entre eux, mais chez la nourrice d’Ulysse se lamentant de n’être d’aucun secours à son enfant :
"Q pot. èyw uêo, tÉxvov, àpyavoç.
(Od., XIX, 365.)
Il est une expression beaucoup plus moderne, pàyyavov « artifice, engin », qui appartient sans doute à la même origine. On sait que dans la basse grécité pàyyavov désigne les machines de guerre : de là le mot a passé dans les langues de l’Occident ( mangonneau ).
Mû0oç.
Ce mot, dont l’origine est inconnue, et qui ne se retrouve dans aucune des langues congénères, signifie chez Homère « parole, discours ». Il a
LEXILOGUS.
donné jujQeojjiai, qui signifie « parler, prononcer ».
« Je dirai toute la vérité, comme tu me l’ordonnes. »
Ilàcrav jrjQyja-OfAat., gjç jjls xèXe uaç.
(Od., XI, 507.)
« Moi aussi, je sais dire des railleries et des injures ».
oISoc xai ccot è?
ïljjisv xspTOjuaç r,S’ aiïuXa p.u97)<jaa-9au
Le sens « fable, mythe » ne se trouve pas dans Homère.
Dans la langue populaire [i.o9îÇw ou jiu9îÇop.ai a gardé le sens de « parler ». Dans la comédie de Lysistrate, la Laconienne Lampito dit en son patois : MuavôSé toi o ti tco9’ àpi, « dis-nous donc ce que tu veux ». Et plus loin, le héraut Spartiate : « Je veux te dire quelque chose de nouveau ». A w xi {Alarmai vsov1.
NqXEqç.
On peut citer ce mot comme un exemple de ces épithètes stéréotypées si fréquentes chez Homère.