VII
Il est vrai que la voyelle de la première syllabe fait difficulté, car on s’attendrait à tu yv/}, comme on a tstuxto, TSTuypivoç. On peut supposer une forme intermédiaire Tsuyvyj.
Pour Homère, Tsyyr, a déjà pris un sens général. Il s’emploie pour Fart de tisser la toile (lorov TsyvTiO-a!.) aussi bien que pour l’art du forgeron. Il s’emploie surtout pour les ruses et artifices de l’esprit :
TaÛToc 8’ sycov ocutoç Tsyy7)<70p.at. ïj8è vo/jO-oj.
La déesse Héra est appelée xaxoteyvoç (7/., XV, 14).
LEXILOGUS.
Tf)Xs;
La manière la plus simple de faire comprendre la situation des personnes ou des choses a toujours été de les montrer, ou de faire le geste pour les montrer. Un personnage de l’Iliade raconte comment une divinité l’a sauvé à la guerre, quand il était tombé là-bcts, c’est-à-dire au loin :
TÏ,Àî TOO-ÔVTa.
Cette origine pronominale de l’adverbe explique les divers rôles où nous le trouvons. Il est adverbe de lieu dans t/iXoü. Il est adverbe de manière dans les pronoms -r/paxo;, t/)Xixoutoç.
Il est adverbe de temps, signifiant « tard », dans le composé tv, a'j-'etoç, épithète de ttoù; ou inoç « né le dernier », et par conséquent « tendrement aimé ». Virgile fait dire à un de ses personnages (Æn,, VIII, 581) :
Care puer, mea sola et sera voluptas.
Quand les commentateurs traduisent : 6 tsXsutcuo; Ttj) TOcrpt ysvôgsvoç, ils traduisent la pensée, mais le rapport qu’ils veulent établir avec tsXsutt) n’existe probablement pas.
LEXILOGUS.
ToXpocw.
Nous avons l’habitude de distinguer entre le courage actif, qui va au-devant du danger, et le courage passif, qui consiste à supporter la mauvaise fortune avec égalité d’âme. Quoique pouvant exister chez le même homme, ce sont, au fond, deux sentiments différents, comme on peut le voir en observant où conduit l’exagération de l’un et de l’autre. Poussé trop loin, le courage actif aboutit à la témérité; le courage passif, porté au delà de la juste mesure, dégénère en apathie.
On s’attendrait à voir le langage reproduire dès les plus anciens temps une distinction si naturelle ; mais il n’en est rien. Dans la langue d’Homère, les deux idées ont l’air de se confondre, et le même verbe ToXpàw, qui veut dire « oser », signifie aussi « supporter ».
Au dixième chant de l’Iliade, Diomède, qui veut tenter une expédition contre les Troyens, fait appel à ses compagnons. Ulysse se déclare prêt à le suivre :
« Le courageux Ulysse consentait aussi à s'e jeter parmi les rangs des Troyens : car il avait toujours en lui une âme audacieuse ».
LEXILOGUS.
'H6£à£ S’ 6 t)c/]jjuov ’OSuo^uç xaTaôuvou o[uXov Tpcooj'v* alsl yàp ol ivi <pp£<rl 6 up.oç £ToXp.a.
Ici ToXp-àco, avec son congénère T)a-p.tov, marque le courage actif. Mais c’est le courage passif qu’exprime le même verbe dans le passage suivant, où Ulysse s’exhorte à la patience (OcL, XX, 19) :
« Souffre-le, ô mon cœur : tu en as souffert de pires quand l’invincible Cyclope dévorait mes nobles compagnons. Tu l’as cependant supporté (£ToXp.aç), jusqu’à ce que la ruse m’ait fait sortir de l’antre où je pensais mourir ».
TsT^aôt. §7j? xpaS ir\m xal xuvTSpov olW o tîot’ e'z'k 7)Ç,
'Hpum T(p, 07 S p.£VOs à(7^£T OÇ 7)0-6 LE Ki>xX(jl)^
’Icp6£p.ouç £Tapouç* où 8’ £ToXp.aç, ocppa a-£ jjiT|Tî.ç
’Eijàyay’ àvTpoto, oïop.£vov 6av££o-9a',.
C’est ce second sens qui, chez Homère, est de beaucoup le plus fréquent. Le courage des héros d’Homère est fait pour la plus grande partie d’endurance. C’est ce qu’exprime le verbe To^uàto.
Le même sens s’est conservé dans la poésie gnomique. Théognis (v. 591) dit :
(( Il faut supporter ce que les dieux envoient aux mortels ».
LEXILOGUS.
ToXfJiàv ypY) Ta St8ou<n 6sol 8v7)ToI<n.(3pOToI<nv, et ailleurs (y. 1029) :
« Sois endurante, ô mon âme, dans le malheur, alors même que tu souffres ce qui ne peut être enduré ».
ToXp.a, Ôupi, xaxolw, opuoç aT)^Ta ttsttovGcos.
Mais, dans la langue ordinaire, on sait que ToXp; et ToXiaàco ont changé de sens. Ils sont devenus les termes consacrés pour désigner l’audace, et une fois colorés de cette nuance, ils ont marqué un défaut plus encore qu’une qualité. « Il n’y a personne qui soit aussi audacieux et aussi éhonté », ouSsva out’ àvala-^uvTOv oiks TaXp^pov outcoç slvat, dit Démosthène, en associant les adjectifs àvabyuvTo; et ToXpipoç, comme ailleurs To),p.a est associé par lui à l’impudeur àv àdSeia.
Tuyxàvco.
La signification première de ce verbe si important paraît avoir été celle de « toucher », mais toucher comme quand nous parlons d’un coup de pistolet qui a touché le but. Il s’agit toujours d’une chose dépendant jusqu’à un certain point du hasard et de la fortune.
LEXILÜGUS.
Y)p.ëpOT£Ç, ouâ’ STUyeÇ'
<( Manqué! tu n’as pas touché »,
dit le héros Diomède à son adversaire, qui vient de lui lancer son javelot.
Des armes de jet, l’expression a passé à tout ce qui est incertain, tout ce qui est soumis à la fortune. De là ruyji. Nous disons encore : « un coup du sort ». Ta àîuo Trjç xaxà Ti>yr4v. On a re-
marqué que ce mot ne se trouve pas dans l’Iliade, ce qui ne doit point étonner, étant donnée la croyance à la continuelle intervention des dieux.
Yiôç « le fils ».
Ce mot peut être cité comme un exemple de la variété ou, comme on l’a dit plus haut, de la plasticité de la langue d’Homère — plasticité qui vient du mélange des dialectes et de la présence des formes appartenant à différents âges.
A côté de uloç (2e déclinaison) il y a un substantif se déclinant comme si le nominatif était ufofe. De là un génitif uUoç, un datif uLét. ou uu, un accusatif uta, un pluriel uUsç, uuov, ulà<n ou uUcrt, uîa^. D’autres dialectes présentent un substantif ul’Js ou uéç.
C’est une chose curieuse, qu’aucun représentant de cette racine su « mettre au monde », qui a donné uloç en grec et sûnu , suta « fils » en sanscrit, sunus « fils » en gothique, ne se soit conservé en latin.
CYlT£pCÛLOV#
Aux adverbes de lieu avw, xemo, ei-co, èa-co, Tcpoo-to, otuo-gj, Ton peut joindre un ancien uTuspw, qui s’est conservé dans le dérivé urapanov «. l’étage supérieur d’une maison ».
Nous avons ici le suffixe -10 employé comme suffixe secondaire, comme dans ovtoç, àsptoç. Il s’est joint à l’adverbe UTiepto, comme il s’est joint à l’adverbe Icpt « avec force » pour former l’adjectif t<ptoç « fort », à l’ancien locatif opuu pour faire opiouoç.
Pott et Curtius croient devoir rapporter la dernière partie de uTueponov à la racine vas « habiter ». Mais, en ce cas, la seconde syllabe serait longue à cause du v initial.
Ce que le grec homérique désigne par urapanov, s’appelle dans un âge plus récent àvtoy iov ou àvtoyeov. Le sens est le même : il s’agit de l’appartement d’en haut, l’adverbe ùnépco ayant été rem-
LEXILOGUS.
placé par àvco. Quant au y, on peut le soupçonner d’être sorti d’un y, comme dans ysvTo (y. ce mot). Il ne semble pas qu'il y ait lieu de penser à « la terre » (yri).
cbîXoc; comme pronom possessif.
On connaît l’emploi qu’Homère fait de cet adjectif. Placé devant certains noms d’objets, il équivaut à un pronom possessif. En premier lieu, devant les différentes parties du corps, comme YO’JvaTa, pXécpapa, arrosa :
os ol cpD^a youvaxa.
slcôx’ aÜT[i.YJ
’Ev ot7]9êo,o,i psvyi xod pot. cpCXoc youvoru’ opcopy4.
tco ù ap AfJr4V7)
'Ttcvov stï’ oppaa-t. ^sü’, ïva pt,v Tcaua-st.s Tamara Autttovsoç xapaTOt.0, cpO,a fü^scpap’ àpcpt,xaXuAaç.
Alsl yàp pot. 6üpoç svl (jT^Gecra-t, cp tXourLv
’Epptyei.
Le même adjectif se trouve devant les objets familiers qui sont à la possession de l’homme, tels que sïpaTa « les habits », Scopa « la maison », ospvt.a « la couche ».
LEXILOGUS.
Cet emploi de «pîXoç a été cause qu’on a voulu le rattacher étymologiquement au pronom de la troisième personne1. Mais il n’est pas nécessaire de recourir à cette hypothèse : l’origine s’explique pour quiconque a prêté quelque attention au parler enfantin de la nursery. En français, l’adjectif 'petit ou encore l’adjectifpawrre peuvent faire comprendre comment cptXoç s’est insinué dans le rôle d’adjectif possessif. Rien ne montre mieux comment le langage, même alors qu’il est au service de la plus haute poésie, n’oublie pas tout à fait ce qu’il a appris dans son enfance.
0uXa£.
Ce mot, dans Homère, est déjà bien déchu de son ancienne importance, ayant le sens de simple gardien ou garde. Les grand’gardes chargés de veiller sur la sûreté de l’armée sont appelés œûXaxeç. Cependant ce mot désignait à l’origine quelque dignitaire plus ou moins élevé de la tribu, étant un dérivé de «püXov. Le rapport grammatical est le même que celui de QàXayo; et 9aXàpa£.
La différence de quantité entre l’u long de cpOXov
i. Journal de Kuhn, XX, 42. La forme sva aurait donné sR, ofivo, cpivo, cptXo.
LEX1LOGUS,
et l’u bref de cptiXaÇ peut être rapprochée d’une différence toute pareille entre l’a long de Sx 7) et l’a bref de aTcar/j, aTsto1.
Notre langue militaire offrirait d’autres exemples de différences sémantiques semblables : je me contente de rappeler gendarme. Ces différences se présentent surtout s’il s’agit d’un ancien adjectif, comme c’est sans doute le cas pour çùXaÇ. On peut comparer ce qui s’est passé en latin pour tribunus , lequel est un ancien adjectif dérivé de tribus « la tribu ».
cbuXomç « bataille rangée ».
Les anciens reconnaissaient déjà dans cpuXomç (sous-entendu un dérivé de cpuAov. La tac-
tique de combat consistait à*se ranger par tribus et par phratries. Nestor recommande au commandant en chef de ranger son armée xaxa cpOXa, xaTa çpTyupaç. Quant au second membre du composé, il n’y faut pas voir le mot o<j> « voix, cri », comme on l’a quelquefois supposé, mais une de ces formations où la racine oiz « voir » joue un rôle presque explétif. C’est ainsi qu’on a avQptoTioç « qui