‹ Pour mieux connaitre HomèreChapitre 8 sur 72 · IL X · texte numérisé non relu

IL X

LE TEMPS ET LE LIEU

note exacte de l’époque, il faudrait avoir oublié les enseignements de notre propre littérature. En tout temps, en tout pays, l’amour de l’églogue est un produit de l’excès de civilisation. On a pris pour des renseignements historiques ce qui n’a aucun droit de figurer en cette qualité. Quand on relit l’épisode de Nausicaa, si ingénieusement amené par le poète, le bain dans la rivière, les jeux sur le bord de l’eau, la rencontre avec Ulysse, on a l’idée que cette princesse phéacienne avec son chariot de linge, ses servantes et son jeu de balle, ne serait déplacée dans aucun des jardins où les princesses, depuis les contes de fée jusqu’à YAstrée, et jusqu’à Trianon, s’adonnent aux mêmes occupations et aux mêmes amusements.

Il en est de ceci comme d’Achille qui prépare luimême, dans sa tente, avec l’aide de son compagnon Patrocle, les repas qu’il offre aux envoyés d’Agamemnon. La scène, en sa simplicité, ne manque pas de grandeur : mais elle ne serait point présentée de cette façon, tout serait dit en un mot, s’il ne s’agissait d’un passé légendaire.

On a fait l’observation qu’en ces quarante-huit chants il ne se trouve ni une idée basse, ni un mot grossier. Pour dire qu’une chose est contraire aux bonnes mœurs ou à la générosité, la langue homérique a déjà cette expression : où 8’ Ion es « cela ne convient pas ». Hélène, faisant l’éloge funèbre d’Hector, déclare qu’elle n’a jamais entendu de lui une parole

LE TEMPS ET LE LIEU

de mauvais goût (àdücpY|Xov). Nous apprenons que .ee farouche Achille a reçu dans sa jeunesse les leçons d’un précepteur....

On aimerait placer dans quelqu’une des colonies grecques d’Ionie, à Smyrne, à Milet, à Phocée, à Halicarnasse, cette floraison de politesse et de poésie. L’histoire nous parle de républiques marchandes qui n’ont eu rien à envier aux cours les plus policées. Mais si nous nous laissons guider par Homère, il ne nous dirige point de ce côté.

Nous trouvons des réflexions et des conseils qui, à tout le moins, manqueraient d’à-propos ailleurs qu’auprès d’un prince. Il est dit que c’est une chose honorable pour un roi de reconnaître ses torts, de ne pas refuser une réparation à l’homme qui par lui a été offensé. Dans la façon dont le roi des rois se réconcilie avec son offenseur, on sent comme une illustration de cette maxime. Il est dit et répété que les rois sont les pasteurs des peuples, qu’ils sont comme un bon père (ttoctyio >j7uioç) pour ses enfants, qu’ils font prospérer les peuples et régner l’abondance1.

Le roi des Phéaciens, avec son épouse incompa-

1. Il est vrai que la contre-partie ne manque pas : le roi des rois reçoit l’épithète de BiQpLo6dpoç, c’est-à-dire mangeur de son peuple. Mais celte' contre-partie est en son genre une indication de plus.

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rable, fait l’impression d’un portrait idéalisé de la royauté. Celui qui parle mal des rois est un blasphémateur et un malheureux qui ne tarde pas à recevoir son châtiment: voyez plutôt Thersite. Un autre symptôme est l’horreur exprimée pour la guerre civile. Cette horreur est marquée en termes si énergiques1 qu’on y sent comme l’impression d’événements réels, tels que les monarchies d’Asie, avec leurs révoltes de gouverneurs et leurs guerres de succession en ont de tout temps présenté le spectacle. N’oublions pas enfin la maxime qui se passe de commentaire,

oux àya6ov TuoXuxoïpavnr}, etç xotoocvo; s^tco.

Il reste à expliquer ces mots d’allure plus libre et plus fière qui tranchent sur ce fond féodal et monarchique, et qui frappent d’autant plus le lecteur qu’ils sont plus inattendus et en petit nombre. J’ai déjà cité la maxime que le premier de tous les présages, le seul qui compte, est de défendre sa patrie. D’un homme qui vient de trouver la mort en combattant il est dit qu’il était le soutien de l’État (iWa 7t6Xtjoç}. Hector, après une explication pénible, déclare qu’il faut remet-

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